Nous ne mangeons pas de viande pour ne pas tuer d'animaux

 

  

nous ne mangeons pas de viande

pour ne pas tuer d'animaux

 

mai 1989 – novembre 1992 – mai 1999

ISBN 2-9509735-0-X

 

 

 

 

3-4 Notre propos

 

Cette brochure parle essentiellement de la viande, et à travers elle, des attitudes qu'ont presque toujours les humains envers les animaux. Ce ne sont là qu'une petite partie des misères du monde... mais finalement pas si petite que ça. Rien qu'en France, près d'un milliard d'animaux servent chaque année de nourriture à des humains. Jamais massacre planifié aussi massif n'a existé, et si les animaux n'étaient pas tant méprisés, la consommation de viande apparaîtrait alors telle qu'elle est : abominable.

 

Mais justement, elle ne suscite que rarement l'indignation. C'est plutôt l'indifférence qui est reine en ce domaine, alors même que les conséquences sanglantes du viandisme [[[1. Terme que nous utilisons par commodité, de préférence à zoophagie, carnivorisme ou omnivorisme, qui font essentiellement référence à un régime alimentaire , alors que pour nous le mot « viandisme » réfère aussi à une idéologie.]]] s'étalent au vu et au su de tout le monde dans le rue, sur les étales de bouchers, dans les pubs, les films, mais aussi dans les prés ou dans les élevages en batterie. Et dan les assiettes. L'attention des hommes se limite trop couramment, lorsqu'elle daigne se pencher sur le sort d'animaux, à la vivisection, la chasse ou la fourrure.

C'est que l'utilisation des animaux comme nourriture prouve aux humains, de façon pratique, quotidienne, infiniment répétée, leur différence, leur supériorité sur les « bêtes », leur propre valeur. C'est pourquoi ils tiennent tant à la perpétuer.

Tout le monde sait que les animaux souffrent, éprouvent la douleur au même titre que les humains. C'est pour nous la raison de cesser de les manger ou de les vivisecter (etc.). Nous intéresse qu'on cesse de considérer leur vie (et son contenu) comme insignifiant, et qu'on leur prête la même attention, la même considération qu'on le fait (du moins au niveau du discours) envers les humains. Tant que l'on considérera que « les humains d'abord » est une affirmation qui va de soi, il ne pourra y avoir que totale déconsidération des intérêts des animaux. En ce qui concerne la viande, il devrait être clair que les intérêts du mangeur et ceux du mangé sont immensément disproportionnés.

 

Cette indifférence à l'égard de tous les animaux non humains, et tout particulièrement des animaux « comestibles », est due en partie, justement, au fait que tout et tout le monde nous renvoie sans cesse à cette réalité. La pression sociale qui s'exerce sur chacun et par chacun, la volonté de consensus, la peur des conflits jouent un grand rôle dans cette acceptation. Car si l'opposition à la chasse ou à la vivisection est une opposition à un adversaire lointain, clairement décelable, et a priori totalement étranger à soi, il n'en va pas de même pour la boucherie : nous avons presque tous été amenés à manger de la viande, et presque toujours notre entourage en mange...

A travers l'opposition à la vivisection (ou à la chasse, ou à la fourrure...), on peut se permettre d'éprouver des émotions vis-à-vis des animaux et de les prendre en compte partiellement, parce que cela remet peu en cause notre mode de vie ni notre univers mental, parce qu'on ne brise pas le consensus avec le voisin (au contraire, on l'affermit ; ce n'est pas lui non plus le « monstrueux » vivisecteur) et parce que l'antivivisection trouve aussi appui sur  une peur diffuse, et donc sur des oppositions supplémentaires, « légitimes  », elles : opposition au profit (au capitalisme), à la technologie « démoniaque », à la démiurgie de l'« Homme »...

 

Mais la consommation de viande, si elle est la forme d'oppression qui concerne de loin le plus d'animaux, est aussi et surtout le principal verrou psychologique et symbolique garant de la pérennité du spécisme, c'est à dire avant tout, et par delà les simples avantages matériels que les humains en retirent, de notre identité sociale d'humains, de notre vision de nous mêmes en tant qu'Hommes (avec tout ce que la notion d'Homme véhicule toujours de noblesse, de supériorité de naissance, de position aristocratique dans l'« ordre » du vivant...). C'est ce rôle de verrou, et cet enjeu identitaire, qui pour nous expliquent que les hommes refusent si généralement avec tant d'énergie cette si petite chose que serait la remise en cause du viandisme.

 

               Si presque tout le monde critique (purement verbalement d'ailleurs) la forme actuelle que revêt le viandisme, c'est-à-dire l'élevage concentrationnaire et l’abattage en masse, c’est bien d’une part encore parce que des raisons « annexes » (rejet du profit encore, et de la technologie capitaliste, et du caractère massif et automatisé qui rappelle les camps d’extermination...) permettent de prendre en compte cette autre raison qui pour nous est suffisante et première : ___la viande est un condensé de souffrance et de mort, auquel renoncer ne cause pas (ou peu) de souffrance, ni n’enlève beaucoup de plaisir___ (puisqu’on mange alors d’autres aliments bons). Mais c’est aussi parce que la lutte contre cet aspect « circonstanciel », précis et limité du viandisme - du spécisme-, vise à l’épurer de son caractère le plus atrocement criant, et ainsi à le sauvegarder sous une forme émotionnellement plus acceptable.

               Une lutte contre tel ou tel aspect de l’oppression des animaux qui ne remet pas en cause le spécisme dans sa généralité, c’est à dire le fait que les animaux sont opprimés (par les hommes) ___parce qu’___ils sont non humains, ne peut avoir pour effet que de reconduire cette oppression sous une forme paternaliste, « humaine ».

 

               En élevant les animaux pour en faire de la viande, on ne les considère dès le départ que comme des objets ou des produits, puisqu’ils sont destinés à devenir des produits (marchandises ou non ). Il serait étonnant alors qu’ils ne soient pas maltraités, ou mal soignés, et encore plus qu’ils bénéficient de tendresse... Qu’on puisse élever les animaux avec tout les soins nécessaires à leur bien être, puis les tuer pour les manger, cela reste hautement improbable (et ce n’est pas ce qui se passe à l’___heure actuelle___). Quant aux animaux sauvages tués pour la chasse (ou autres), leur souffrance est vraisemblablement moindre, c’est vrai, mais loin d’être inexistante pour autant, et nous ne voulons de toute façon pas ___tuer qui que ce soit___ pour si peu.

               Et c’est parce qu’à l’heure actuelle, la production des œufs et laitages est elle aussi étroitement liée à la mort d’animaux, à leur absence de plaisir et à leur souffrance, que nous évitons d’en consommer, à des degrés divers.

 

               Le rapport de force entre humains et animaux, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, fonde l’attitude courante à leur égard. Les animaux s’opposent bien à ce qui leur arrive, mais ils ne peuvent jamais que glapir, ruer, tomber malade ou mourir ; cela ne change pas le rapport de force, et il reste toujours en leur défaveur.

 

               Le problème de l’exploitation des animaux, pas plus qu’aucun autre, n’est un problème juridique. Nous ne nous adressons particulièrement ni aux bouchers, ni aux éleveurs, ni aux industriels de l’agro-alimentaire, ni aux responsables d’abattoirs, ni aux pouvoirs publics. Cela ne nous intéresse pas, n’aurait pas de sens, serait du temps perdu, et serait méprisant pour les gens. Nous voulons nous adresser directement à ceux qui détiennent les clefs du changements que nous cherchons : à tous ceux qui mangent de la viande, et qui supportent différentes autres formes de souffrance d’animaux. C’est à la portée de chacun d’agir à ce sujet, dans sa vie quotidienne même, en cessant d’abord de les manger.

 

               Chamfort disait en 1791 que tant qu’il verrait des carrosses et des cabriolets écraser des gens dans les rues de Paris, il ne croirait pas à une quelconque révolution.

Ce qu’il a dit il y a deux siècles reste d’actualité. De la même façon, nous ne croyons pas à un effectif changement de notre vie à tous si l’on continue à tuer des animaux, comme ça, pour les manger ; si l’on continue à tant ___baser___ notre vie sur les rapports de force (ou sur des rapports de droits, car le droit n’est jamais qu’une institutionnalisation de la force). Nous ne pouvons pas imaginer que le monde devienne jamais aimable tant qu’à chaque instant la souffrance immense de milliards d’êtres est encouragée et se développe au lieu de cesser ; tant que nous ne cherchons pas, chacun, à réfléchir nôtre vie, à déterminer ce que nous voulons vivre et refuser, et surtout, tant que nous n’en tirons pas des conséquences pratiques, en acte.

 

4-5 Souffrance, vie, mort.

              

               Je suis sensible, de façon plus ou moins limité, à ce que vivent les autres, par projection sur les autres de ce que je peux vivre et ressentir, et par re-projection sur moi-même de ce que j’imagine qu’ils vivent. Et d’autre part, je n’aime pas ce qui s’oppose à moi, à ma volonté. Et pour peu que je veuille vivre, la mort est ce qui s’oppose à moi de la façon la plus absolue, la plus définitive, et en fin de compte, la plus terrifiante. La souffrance est elle aussi terrifiante, quand on ne peut pas l’écarter, qu’on ne peut s’y soustraire, enfermé alors sans recours dans l’instant torturant ...

 

               Je ne fais pas de différence quant aux vies d’un humain et d’un animal que je ne connais ni l’un ni l’autre. La mort d’un animal m’a parfois causé une plus grande peine que celle d’humains. Il n’y a là rien de spectaculaire, c’est sans doute le cas de tout le monde. Mais on évite généralement de comparer entre elles des choses déclarées incomparables, et accorder ___a priori___ une même attention aux vies, morts, émotions, souffrances... humaines et animales, c’est censé être de la provocation. On me dira même que je suis misanthrope ...

               J’accorde une certaine importance à la vie de tout être, du fait même que lui même lui en accorde une. Elle ne m’est pas sacrée pour autant. Elle existe. Point. Je n’aime pas voir mourir ni imaginer quelqu’un mourir. Je préfère ne pas me placer en spectateur qui regarderait une scène de l’extérieur ; je ne veux pas vivre coupé des autres alors que j’ai la possibilité de ne pas l’être entièrement.

 

 

               Les souffrances que nous infligeons à des animaux n’ont aucune nécessité, on les crée pour en retirer des avantages qui me paraissent terriblement dérisoire au regard de ce qu’ils doivent vivre, comme au regard d’autres jouissances qui nous sont tout aussi accessibles. Alors que le plaisir de la bouche ne change guère, qu’il y ait ou non de la viande au repas, nous ne pensons jamais à l’animal derrière le morceau de viande, à l’être qui fut tué.

 

               Et justement, ce qui me rend plus atroces encore ces atrocités, c’est qu’on les crée en faisant tout pour se les nier. On a là une relation d’oppression, de torture et de meurtre d’un être envers un autre, et justement, cette relation semble ne pas exister. On n’a qu’un morceau de viande dans son assiette, qu’un objet neutre.

               Je veux avoir conscience de ce que je fais.

               Le bonhomme qui tue son voisin de pallier (ce que les gens appellent « crime ») a le mérite de savoir qu’il tue et d’avoir pris cette décision parce qu’il la trouvait être la moins pire ou la meilleure pour lui.

               Que l’on tue en toute conscience ou non, cela importe peu à la victime. Pourtant, si je déplore a priori tout autant la mort naturelle ou accidentelle que celle imposée par quelqu’un qui assume ou non son acte, il reste que je ne considère pas que le fait de tuer soit anodin et que je préfère qu’il y ait conscience de causer la mort chez celui qui tue. Puisse cette conscience réduire le nombre des morts imposées !

 

               Je disais que la vie ne m’était pas sacré. J’éprouve parfois de la jouissance à faire mal (il m’est plus dur de voir souffrir que de faire souffrir moi-même ; c’est que je suis émotionnellement impliqué dans ce cas), et tant que je tiendrai à ma vie, je serais peut-être au meurtre pour la défendre, ou pour satisfaire ma colère, ou que sais-je... d’animaux ou d’humains. Mais je ne veux pas tuer quotidiennement en toute insensibilité ou inconscience, et qui plus est, pour me maintenir des illusions. L’illusion qu’on maîtrise la mort (sa propre mort) parce que l’on tue, et l’illusion qu’on est un  qu’un veau. Seul un mépris poussé à l’extrêmel’indifférence – rend un tel carnage possible.

 

               Je suis assez content de vivre et n’aime ni la mort ni la souffrance.

               Généralement les gens veulent se prouver qu’ils aiment la vie, en essayant d’adhérer à l’idée virile qu’ils s’en font : celle d’un combat perpétuel, qui exige de tuer pour ne pas être tué, qui exige de la dureté (ou plutôt, d’___être___ dur)... Et aussi en essayant d’adhérer à l’image qu’ils se font de ce que c’est qu’aimer la vie : ne pas craindre la mort. Et comment se donner l’impression que l’on ne craint pas la mort, sans administrer la « preuve » ? En flirtant avec elle d’une part, en fonçant en bagnole... Et d’autre part, en tuant, en donnant la mort, en se donnant ainsi l’impression de la maîtriser, de ne plus la craindre, puisqu’elle peut être là sans nous affecter : elle semble alors ne plus avoir d’importance.

               Que vivre implique souvent de se battre, de se montrer dur, de tuer aussi, c’est vrai, mais les gens ne le vivent pas comme une simple constatation, mais ont un rapport d’ordre mystique, religieux, à cette représentation de la vie (qui devient « la Vie »), puisqu’ils ont alors l’impression de ne plus vivre « véritablement » s’ils cessent de tuer ! S’ils cessent de cultiver la dureté...  S’ils commencent à avoir peur de la mort ! Tout comme bien des hommes croiraient ne plus être des « vrais » hommes s’ils cessaient de cultiver leur virilité ! Ce combat pour la vie par le meurtre est purement symbolique et imaginaire, d’autant plus que ne sont mis à mort et mangés que ceux qui sont « prévus » à cet effet, que ceux dont la mort est permise ! Que l’on ait la possibilité de se nier « illusoirement » sa propre mort en tuant les autres est une chose. Que l’on ne puisse vivre que par cette négation en est une autre, et la volonté de ___se prouver___ que l’on aime vivre laisserait plutôt penser que notre rapport à notre vie est loin d’être simple.

               Quant à l’orgueil d’être humain (ou blanc, ou mâle, ou « bon », ou riche, ou svelte...), il est dénué de sens. Cela n’empêche nullement de s’y cramponner avec la dernière énergie, manifestement. S’honorer d’être ce que l’on est (ou plutôt, en fait, s’honorer de posséder telle ou telle « caractéristique », qui est de plus généralement indépendante de nous), c’est s’honorer à bon compte. il y  faut certainement un grand mépris de soi et une grande insécurité. Non pas que je ne connaisse ni mépris de moi ni insécurité, mais je n’ai guère intérêt à m’en cacher, et autant qu’il ne passent pas par le mépris des autres. Les problèmes qui s’imposent à moi sont concrets et me suffisent largement pour que je n’en superpose pas d’imaginaires qui me les masqueraient.

 

               Toujours est-il que j’aimerais vivre dans un monde où de telles souffrances seraient évitées, avec des gens qui essaieraient de créer leur monde et de refuser réellement ce qui s’oppose à eux, et à la joie et au plaisir en général, au lieu de le nier et de chercher à se rassurer absurdement.

 

Yves

 

5 Définitions :

 

Végétarien : qui a décidé de ne pas manger de viande y compris de poissons, escargots, crevette, etc.

Végétalien : qui ne mange pas non plus de lait ni d’œufs, ni aucun produit d’origine animale, y compris, pour certains, de miel.

Viandiste : qui, en plus des végétaux, mange de la viande.

Spéciste : qui accorde un poids différent aux intérêts des êtres sensibles en fonction de leur espèce (presque toujours en faveur des membre de l’espèce humaine ___Homo sapiens___).

 

5 Statistiques :

 

Animaux vivisectionnés

               Chaque année dans le monde : 800 millions dont USA + de 60 (75 % de souris et de rats) ; France, + de 5. Les laboratoires détiennent 4 500 000 souris et rats, 300 000 cobayes, 150 000 lapins, 50 000 chiens, 8 000 chats, et 6 000 singes. 30 % servent à la recherche biomédicale, 70 % aux industries (pharmacie, chimie et cosmétiques pour tester la toxicité des produits). Env 85 % des expériences se feraient sans anesthésie.

 

QUID 86

 

 

6 Déclic ?

 

Il est évident que la chair des animaux comestibles appelée communément viande est une partie d’un animal conçu, élevé et tué spécialement pour nourrir de nombreux humains. hormis les enfants qui se posent des questions sur l’origine de la viande à un certain âge, et qu’on désinforme souvent grossièrement, tout le monde connaît l’origine de la viande.

 

               Pour atténuer toute sensiblerie et toute interrogation, pour aseptiser les animaux et les rendre plus proches dans l’esprit des gens des objets que des êtres vivants, on a différencié les animaux selon l’usage qu’on leur réserve : animal domestique, animal de compagnie, animal sauvage, animal de boucherie, animal de laboratoire, etc.... Ces différenciations sont commodes car elles déterminent à l’avance le comportement que l’on aura à leur égard ; elles sont aussi pratiques car elles déculpabilisent en compartimentant un peu plus les êtres vivants : il y a les espèces, puis les races, puis l’usage. La boucle est bouclée. Chaque groupe d’animaux, soigneusement étiqueté, avec une fonction propre et un statut particulier, sera, selon les cas, choyé, mangé, traqué... C’est d’abord cette différenciation arbitraire et culturelle qui commandite nos comportements vis à vis des animaux et qui nous empêche de raisonner et d’agir selon des situations pourtant claires : les animaux sont des êtres vivants que font souffrir et que tuent des humains.

 

               On pourrait penser que ces évidences sont faciles à formuler, mais il n’en est rien. Du regard que l’on porte aux animaux jusqu’à nos schémas d’analyse, le poids social normalise nos comportements vis à vis des animaux jusqu’à ce qu’on les trouve « acceptables », voire même « justes ». Mettre en cause tout cela, pour l’analyser avec un regard neuf, avec sa propre conscience, relève malheureusement autant de l'exploit que de l’aléatoire. En effet, à la base de toute prise de conscience se trouve le déclic (à la suite d’une lecture, d’une situation vécue ou rapportée, d’une discussion, etc.). C’est cela que nous aimerions suggérer à votre esprit : pour que vous lisiez cette brochure avec attention et curiosité, avec ___votre___ ressenti et ___votre___ intellect, sans écarter par avance nos propos parce que « c’est normal que les animaux soient traités ainsi ». Effectivement, il est malheureusement « normal » que les animaux souffrent puisque les humains en général exploitent au lieu d’aider, tuent au lieu de prendre en compte et de reconnaître les autres. Reste à savoir si vous acceptez cela...

 

 Martial

 

 

7-9 Les réactions que nous rencontrons

 

               Quand on remet en cause leur comportement à l’égard de certaines catégories d’animaux, la plupart des gens sortent toute une batterie de réactions et d’arguments basés sur des idées hélas communes.

               Si nous abordons le sujet de cette brochure au cours d’une discussion toute bête, nous sommes le plus souvent tournés en ridicule, attaqués en plaisanterie. Parfois les gens se contentent d’un simple gloussement ou de nous retourner un petit sourire en coin. Ces rires ne sont-ils pas signe que l’on a la force derrière soi, l’affirmation du droit du plus fort, plus fort parce que l’écrasante majorité des gens pense pareil que soi, et que cela confère une légitimité à ce que l’on pense ? On peut aussi s’interroger sur ces quasi-inévitables réactions qui visent à rejeter certains problèmes en leur déniant toute importance (et n’est-il pas anormal que ce soient pour nous des problèmes ?), en en faisant un sujet de plaisanterie qui évite de s’appesantir sur le sujet.

               Je donne ici un échantillonnage limité de ce que j’ai pu entendre.

               En ce qui concerne les arguments que les gens nous opposent, il y a d’abord toutes les opinions relatives aux relations que ___doivent___ entretenir l’homme et l’animal, et les hommes et les animaux avec la Nature.

 

               - « ___Les animaux se mangent entre eux, c’est là une loi naturelle ; et l’Homme non plus n’échappe pas à cette loi »___ : j'en parle plus en détail dans le texte de cette brochure « L'Animal, l'Homme, la Nature, la Société... » (p. ____).

 

               - « ___Les animaux ne souffrent pas, n'ont pas de conscience. ___» Rien ne prouve que ce n'est pas aussi le cas des autres humains. Je me base sur des ressemblances avec moi même pour penser qu'ils ont une conscience, et je ne m'appesantis pas sur l'aspect machinal de la vie civilisée. Si j'étais extraterrestre, j'aurais apparemment de solides raisons de douter que les humains sont conscients. De la même façon, je ne me place pas en extraterrestre par rapport aux animaux. De toute façon, conscient ou pas, les animaux éprouvent la douleur, et c'est ce qui importe ici.

 

               -« ___Si on ne tuait plus d'animaux, il y en aurait trop et cela déséquilibrerait la Nature et entraînerait la mort des écosystèmes ___» : Les écosystèmes ne « mourraient » pas (ne disparaîtraient pas), mais se transformeraient comme ils l'ont toujours fait, et c'est d'ailleurs parce qu'ils ont été au préalable saccagés que « on » pense maintenant « devoir » les réguler. Et on nous parle aussi parfois des écosystèmes, non en pensant aux animaux sauvages qui ne seraient plus chassés, mais aux animaux d'élevage, qui cesseraient subitement d'être mangés et qui « retrouveraient » leur liberté. Que cela se fasse très rapidement, ce n'est pas la peine d'y songer. De toute façon, les élevages industriels ou non ont déjà des retombées sur l'environnement, de même que toutes les autres industries.

               D'autre part, et ce n'est pas un hasard, nos interlocuteurs réagissent souvent en utilisant le pronom indéfini « on », alors que c'est généralement à quelqu'un de bien déterminé que nous nous adressons. Et répondre « on », c'est déplacer et esquiver le problème posé initialement ; c'est substituer « innocemment » une responsabilité collective indéfinie à une responsabilité (au sens de causalité, et non de culpabilité) individuelle bien définie, elle. Trop, sans doute, pour ceux qui préfèrent alors « on » à « je ». C'est ce : « Ce n'est pas moi, c'est nous ! » qui a servi à justifier beaucoup d'atrocités à travers l'Histoire, quand il ne les a pas, souvent, rendues possibles !

 

               - A propos justement de ces élevages industriels, on nous dit souvent que « ___les animaux en batterie n'ont jamais connu autre chose, ne savent donc pas ce qu'ils perdent, ne se rendent pas compte de leur situation et n'en souffrent donc pas___ ». C'est contradictoire avec ce que dit bon nombre de gens qui ne veulent pas consommer de viandes industrielles mais sont prêts à manger leur cochon fermier (alors qu'en fait, c'est leur seul santé personnelle qui les préoccupe). C'est pourtant sans doute partiellement vrai : incapables que nous sommes souvent d'imaginer autre chose que ce que nous vivons, ne subissons-nous pas nous-mêmes très facilement, résignés, une somme considérable de contraintes ? Mais cela ne nous empêche pas de ressentir quand même des souffrances que nous n'arrivons pas à nier-banaliser. Sans compter les souffrances « corporelles » que l’on ressent toujours (être à l’étroit, avoir trop froid, être égorgé...). Il est vraisemblable, par contre que les animaux ne peuvent pas jouer comme nous avec la souffrance, l’escamoter selon leur bon vouloir.

               Dans un ordre similaire d’idée, on nous dit souvent que « ___ces animaux sont faits pour ça___ ». Cela exprime l’opinion obscène qu’ils ont été conçus dans leur être même, spécialement pour ce destin, et qu’ils ne peuvent donc pas décemment souhaiter autre chose.

 

               Il y a aussi les raisons basées non plus sur une irréelle « essence » de l’Animal mais sur une irréelle « essence » de l’Homme, et sur le plaisir et la nécessité « naturelle » de la viande :

 

               - « ___La viande est vitale___ » : c’est ce que croient (veulent croire) beaucoup de gens. Nous en parlons plus abondamment dans le texte « Santé » (p. 23).

 

               - « ___Je donne la priorité aux problèmes des humains, après je me poserai la question___ ». C’est là une manière de dire qu’on s’en fiche éperdument. Toujours cette volonté de donner la priorité aux humains ! Mais pourquoi aux humains spécialement, pourquoi pas aux français, ou aux coiffeurs ? C’est qu’en donnant une valeur particulière, sacrée même, aux autres humains, on a l’impression de s’en donner une à soi même. C’est en fait, dans un contexte de magnification de l’Humanité et non de la France ou des coiffeurs, d’auto-valorisation qu’il s’agit.

 

               - « ___La viande donne des forces, elle est utile___ (entendez : nécessaire) aux sportifs et aux bûcherons___ » : il ne nous semble pas que la viande donne plus de force que n’importe quel légume tout mou. Ce sont en général les hommes qui disent ça, et manger de la viande les renvoient sans doute à l’image vivifiante de l’homme viril qui se bat pour survivre et nourrir sa femelle et ses petits. L’idée que la viande donne des forces (jusqu’où ne conforme-t-on pas la réalité à ses désirs !) viendrait de cette croyance ancienne et un peu magique que manger de la cervelle, par exemple, rendrait plus intelligent, ou que consommer de la poudre de corne de Rhinocéros (avant d’être réduite en poudre, elle était dure et pointait vers le ciel !) décuplerait la virilité.

 

               - « ___La viande est bonne, meilleure en tout cas qu’un légume tout mou, tout flasque, tout fade !___ » (cf. les textes « Santé » et « La valeur sociale de la viande »). Mettre en balance ce bon goût avec des vies entières de souffrance montre précisément à quel point les animaux sont méprisés, niés.

 

               - « ___Et puis, de toute façon, je n'en mange que très peu___ » : nous avons fait un débat sur le thème des animaux, étaient présents essentiellement des militants progressistes, et tous, en guise d'introduction à ce qu'ils allaient dire, nous on sorti ça. Nous ne voyons pas bien en quoi cela signifie être sensible à la souffrance d'animaux, en quoi ils avaient conscience du problème qui nous intéressait. C'est vrai que manger de la viande une fois par semaine tue sans doute moins qu'en manger tous les jours. Les animaux vivent sans doute plus cette différence que nous. Quelle réaction auraient-ils si quelqu'un leur disait qu'il bat peu sa femme ?

               Par ailleurs, et puisqu'on parle de militants, il semblerait qu'il y ait chez eux une gêne parce que les animaux ne sont pas une cause révolutionnaire, qui puisse en tant que tel déboucher sur un changement radical de société. On ne peut pas faire de démagogie aux animaux, alors que si on se lamente sur le sort des ouvriers ou des enfants, on espère qu'en retour, par gratitude ou par conscience de classe ou autre, ils nous construiront le monde idéal dont on rêve.

 

               - Et on nous a aussi dit, encore dans la série « relativisons » : « ___tout ce que nous mangeons est obtenu dans ce système par l'exploitation des hommes, des animaux ou des plantes ; on ne s'en sortirait pas si on voulait faire attention à tout et il faut bien manger...___ » : il n'y a pas que les solutions « tout ou rien »... Beaucoup disent préférer s'abstenir plutôt que faire quelque chose qu'ils jugent imparfait. Ils ne se rendent pas compte qu'ils font quelque chose en mangeant de la viande (c'est aussi un choix ; ce n'est aucunement une abstention), et ils ne réalisent pas que ce qu'ils font, ils ne le font pas de façon parfaite non plus, et qu'ils pourraient faire mieux là aussi : manger encore plus de viande, tuer des animaux dans des conditions plus dégoûtantes encore... Pour moi, il ne s'agit pas d'essayer d'être parfait dans telle ou telle direction, de rechercher un absolu quelconque, mais d'essayer de déterminer la « solution imparfaite » qui me contente le plus (ou mécontente le moins) parmi l'éventail des choix que je perçois.

 

               Enfin, et un peu pêle-mêle :

 

               - « ___C'est un luxe de nanti de se poser le problème. Ne faites pas le difficile, il y en a beaucoup qui aimeraient en manger et qui n'ont pas cette chance ! ___» ; alors qu'on est nantis, qu'on s'adresse à un nanti, et pas au squelette moribond dont il parle. Dans un ordre d'idée approchant, on nous a parfois dit : « ___tu ne serais pas là si tes ancêtres des cavernes n'avaient pas chassé ! ___» Sans doute... mais les choses n'ont jamais de sens que dans une situation donnée, et c'est de la situation présente que nous parlons.

 

               - Et on nous parle souvent de liberté personnelle : « ___je vous respecte, je suis tolérant, respectez moi, soyez tolérants ___». Je ne suis pas prêt, pour respecter la liberté personnelle d'EDF, à la laisser construire librement des centrales nucléaires. Là, ce sont mes intérêts personnels (encore que pas uniquement) qui interviennent, ce qui n'est pas directement le cas lorsque je me sens concerné par les souffrances d'autrui. Mais ce n'est pas pour ça que j'accepterais et supporterais quelque chose qui me fait mal, même indirectement. Les « choix personnels » des gens ne touchent pas qu'eux et je ne m'interdis pas de m'en mêler.

 

               - On nous dit aussi parfois que renoncer à la viande causerait un chômage massif. Je ne suis guère plus sensible à cet aspect du problème qu'au chômage des fabricants d'armes  ou de centrales nucléaires (ou autres, je verrai bien que chacun cesse de travailler et fasse ce qui l'intéresse, la vie serait plus vivable, peut être...).

               Toujours, toujours cette disproportion effroyable entre les intérêts des uns et des autres. Les animaux ne comptent pas.

 

               Voilà donc un bref panorama de ce que j'ai entendu le plus fréquemment jusqu'ici, assorti de mes commentaires.

 

La plupart de ces affirmations sont liées, se renvoient dos à dos, procèdent des mêmes visions du monde. Si nous infirmons un de ces arguments, les gens passent à un autre. Ce qui montre bien qu'il ne s'agit là que de rationalisations, de justifications et de légitimations de comportements dont la motivation est autre. Si on réussit à infirmer toutes ces bonnes raisons (c'est épuisant, répétitif et il faut n'avoir rien de plus pressé à faire), les gens sont décontenancés mais se refusent tout de même le plus souvent à chercher ce qui peut les motiver. Ou, dans le meilleur des cas, ils disent qu'ils mettent leur plaisir en avant sans ses soucier des autres sans pour autant réfléchir à la nature et au pourquoi de ce désir, et sans sembler étonnés de n'avoir un tel comportement qu'envers les animaux. Car il me paraît énorme de ne jamais être écoeuré de tuer de façon si massive, et pour des motifs à première vue si dérisoires. A moins de penser que la majorité des gens aiment tuer et faire souffrir et le font lorsque aucun tabou ne s'y oppose. Mais en fait, relativement peu tueraient aujourd'hui de leur propre main quelqu'un qui leur serait indifférent, me semble-t-il, s'il n'y avait pas un impératif, un intérêt fait nécessité. Et cet intérêt existe bel et bien, même s'il est purement « socio-psychologique ». Ce n'est pas le bon goût de la viande qui est la cause du carnage ; il en serait plutôt la conséquence, d'autant plus qu'il n'y a pas à se forcer pour trouver bien des végétaux aux goûts autrement plus divers que « la » viande. Ce n'est pas non plus son caractère vital, car tout le monde pratiquement connaît aujourd'hui des gens qui n'en mangent pas et se portent très bien.

               Tout laisse croire que c'est la volonté de mépriser les animaux, de se distinguer d'eux, c'est à dire la volonté de les tuer pour un plaisir éphémère, pour très réellement trois fois rien, pour les manger, qui fonde cet attachement très fort à la viande.

 

               Sous-jacent, souvent implicite et cependant clairement décelable, il y a ce fameux fossé qui sépare l'Homme de l'Animal : l'Homme est plus intelligent, plus évolué, est conscient de son existence, est capable d'abstraction... L'animal est prisonnier de ses instincts, réduit à ses instincts, animal machine... La signification des mots « intelligent », « évolué » ou « instinct »... est un peu vague à mon goût et ne laisse pas place à beaucoup de certitudes. Et il est significatif que les critères de distinction sélectionnés sont justement favorables à la gent humaine, et aient aussi une valeur positive entre les humains dans notre civilisation. On ne crée pas une différence aussi démesurée, ce me semble, entre les chats (ou les chouettes) et les hommes, parce que les premiers sont plus silencieux, plus rapides et voient mieux dans l'obscurité ! Si on renonce à toute distinction générale, ce qui est le plus sensé, on s'aperçoit aussi qu'il y a des hommes qui sont sans doute « moins intelligents », « moins évolués », que certains autres animaux. Mais attention, ceux là, en tant qu'hommes, ont droit au label Homme et ne sont donc ni mangés, ni vivisectés !

               Et ce fossé ne justifie aucunement la mort et la souffrance. La souffrance ne dépend ni de l'intelligence ni de la capacité d'abstraction des êtres, mais de l'existence ou non d'un système nerveux, que tous animaux possèdent (mais pas les plantes). Et de plus, il n'y a peut-être pas besoin de système nerveux central pour posséder cette sorte de « volonté de vivre », « d'élan vital » qui fait que tout animal (et les plantes ?) cherche à échapper à la mort ou à la souffrance.

               Ce fossé auquel chacun se cramponne comme à une bouée de sauvetage (et manger de la chair animal, et tuer des animaux, n'est-ce pas démontrer par l'action la réalité même de ce fossé, n'est-ce pas se convaincre de sa réalité, tous les jours, deux fois par jour ?), ce beau fossé est à la base du sentiment d'appartenance à la communauté humaine. Toute communauté ne se définit-elle pas en opposition avec l'autre communauté, et en montant en épingle sa différence ? Ah, mais c'est réconfortant d'appartenir à cette communauté, on se sent tout de suite moins seul de vivre en société et sous le protectorat des Droits de l'Homme ! De se mouler dans une place précise et déterminée !

               A quel point la sensibilité des hommes se trouve couramment être sous la dépendance de leur adhésion à des groupes, voilà qui m'effraye vraiment : les grecs appelés barbares les non-grecs et les mettaient en esclavage et les humains d'aujourd'hui se sentent membres de l'Humanité et ne font généralement aucun cas des non-humains (ou des sous-humains, au sein d'autres idéologies : les noirs, les juifs...).

 

               Manger de la viande, tout comme la quasi-totalité de nos comportements, nous est initialement tout aussi étranger que n'en pas manger. C'est que les enfants de la viande, de gré ou de force, et petit à petit s'approprient cette coutume, l'intériorisent. Et l'acte de manger de la viande devient une habitude que l'individu ressent alors comme constitutive de sa personnalité, comme étant une des choses qui lui permettent de se définir (mais, encore une fois, ce n'est pas la une explication suffisante de l'attachement à la viande, car l'attachement aux autres sortes d'aliments est bien moindre).

 

               On mange aussi de la viande tout simplement pour faire comme toute monde - tout le petit monde humain s'entend. (Si on tient à parler en terme d« instinct » à propos des animaux, alors il faut bien admettre, pour l'adulte humain comme pour le petit enfant, qu'il existe un « instinct » d'imitation, qui n'est d'ailleurs pas propre à l'espèce humaine. On s'aperçoit alors que ce qu'on appelle « instinct » n'emprisonne nullement l'être humain ni animal dans des déterminations, puisqu'ils peuvent aller « contre son instinct »). Si une communauté se crée en opposition avec les autres communautés, elle se crée aussi sur des modes de vie, des rituels, des normalités et des conformités communs à ses membres. Ce sont ces normes qui fondent le sentiment d'appartenance, l'adhésion au groupe, qui le cimentent et qui assurent la cohésion de la Société. Là encore, faire ce que fait le voisin, c'est se le rapprocher, créer un lien, une communauté (la mode est à la communauté humaine maintenant, après avoir été et être encore aux communautés nationales, ethniques, religieuses...). L'objet de ce sentiment d'appartenance ne semble pas aller de soi, si on en juge par tous les rituels compliqués qu'il faut mettre en oeuvre pour se sentir adhérer. Mais se sentit rattaché à quelque chose de plus vaste que soi a tout l'air d'être un besoin généralisé (cf. a propos du rôle de l'éducation et de la socialisation : ___Insoumission à l'école obligatoire___ de Catherine Baker, éd. Barrault, 1985), qui implique par contre de renoncer à ce qui en soi ou chez les autres, justement, peut s'avérer passionnant.

 

               C'est en tout cas cette « renonciation de soi », qui est avant tout acceptation et adhésion à un « ensemble », qui génère les masses et leurs cortèges : les consensus divers qui fondent l'ordre social, l'enfermement en masse (élevages, écoles,bureaux, prisons,hospices...), l'isolement et l'ennui généralisés, les massacres en masse (guerres, génocides, viandisme...), etc.

             

Yves

 

9 ENCADRE

 

Aujourd'hui, on commence à parler des Droits de l'Animal qui vont jusqu'à stipuler que l'Animal doit être abattu « humainement » pour être mangé. Car il ne s'agit pas de réduire ou combler ce fameux fossé (ou mieux, le mettre à la poubelle et considérer le monde autrement) mais de définir encore plus précisément la place des animaux en société humaine. Eux ne s'en soucient pas, on s'en soucie pour eux ! Droits de l'Homme et Droits de l'Animal. Et ces Droits qui ne remettent pratiquement rien en cause qui puissent intéresser les animaux, sont des pures déclarations de bonnes intentions où l'on ne parle de respect et de droits que pour finir son repas avec meilleure conscience. Les animaux ne sont plus seulement différents, ils sont aussi proches (l'Homme n'est-il pas un animal ?), et ils deviennent « nos amis les bêtes » ou « frères inférieurs ». Attention, chacun reste à sa place, seulement ,l'Homme se paternalise. « Nos frères sauvages » et « leurs frères civilisés », main dans la main, quoi que les uns dans l'estomac des autres...

 

FIN ENCADRE

 

 

9 Huile camphrée :

               Pour que les insectes ne viennent plus se coller à la peinture fraîche, incorporez quelques gouttes d'huile camphrée au pot de peinture (glycérophtalique ou à l'huile).

 

 

10 À propos du Tiers-Monde

 

               Quand on dit qu'on ne mange pas de viande pour ne pas tuer d'animaux, les gens nous rétorquent souvent agressivement « vous êtes des enfants gâtés, les gens du Tiers-Monde, eux, n'ont pas ce ___luxe___ de pouvoir faire la fine bouche ». Argumentation bizarre, de gens qui souvent ne font pas grand chose pour le Tiers-Monde, mais qui font dans l'indignation morale face à nos motifs. Ils seraient au contraire pleins d'admiration pour nous si on ne mangeait pas de viande ___pour servir le Tiers-Monde___.

Mais, si on ne disait rien, si on mangeait notre viande comme tout le monde, sans faire d'histoires, sans nous préoccuper du Tiers-Monde, ils ne trouveraient rien à nous reprocher.

 

               Sans que ce soit notre motivation principale, nos sommes contents que notre non-viandisme aille dans le sens de l'amélioration du sort du Tiers-Monde, ou au pire ne va pas contre. Je vais l'expliquer ici sans grands raisonnements économiques, dont je serais incapable. J'ai seulement cherché dans ___L'état du monde 1984___, éd. La Découverte, quelques statistiques. Ils y indiquent pour 1983 la population humaine mondiale, et les quantités produites de soja, blé, riz, maïs et des autres céréales. J'en ai déduit la quantité de protéines disponible par humain sur Terre à partir de ces seuls produits : 98 g par jour. Largement assez ! En terme de calories, les quantités disponibles sont encore meilleures. il faudrait y ajouter les productions non citées, non négligeables, et peut être aussi les productions vivrières non commercialisées, si elles ne sont pas comprises dans ces chiffres. Il faudrait en retrancher les pertes inévitables au stockage et à la cuisson. Mais au total, on voit bien que la production végétale mondiale actuelle faite par les humains suffit pour les nourrir tous.

                Alors pourquoi la faim dans le monde ? Deux raisons liées : d'une part, même si la nourriture existe, beaucoup de gens n'ont pas les ___moyens___ de l'acheter ; d'autre part, le surplus qui résulte de ce manque de demande solvable est gaspillé par les gens qui en ont les moyens, à savoir les mangeurs de viande des pays riches. En effet, la transformation des aliments végétaux en viande (et en lait) se fait toujours avec des pertes considérables en protéines et encore plus en calories.

 

10 ENCADRE

 

GRAS___Source d'énergie et perte de protéines___FIN GRAS : La surface des terres utilisées pour produire des aliments consommables directement par l'humain permet de nourrir 14 fois plus de gens que la même surface utilisée pour faire pousser de l'herbe destinée à l'élevage des animaux de boucherie. L'animal représente une très mauvaise source de calories pour l'alimentation humaine ; il ne rend que 15 % des calories qu'il reçoit sous forme de lait, 7 % sous forme d'œufs et 4 % sous forme de viande de bœuf. A cette perte importante de calories s'ajoutent d'importantes pertes protéiques : de toutes les protéines que l'animal consomme, 23 % seulement sont rendues à la consommation humaine sous forme de lait, 12 % sous forme de viande de porc et 10 % sous forme de viande de bœuf.

 

___Viande et Santé___, éd. Soleil

 

FIN ENCADRE

 

               Alors deux choses sont claires :

               - il est impossible que tous les humains mangent à leur faim en mangeant autant de viande que le français moyen ;

               - cela serait par contre possible si personne ne mangeait de viande.

 

               Contrairement à certains, plus optimistes que nous, je ne suis pas du tout sûr que si tout le monde devenait végétarien, les problèmes de faim dans le monde seraient automatiquement réglés. Les circuits économiques savent très bien gaspiller ou réduire la production quand il n'y a pas de demande solvable. Simplement, celui sui tient à manger de la viande a lui-même intérêt à ce que les choses restent en l'état. Il peut bien lutter par ailleurs contre la faim dans le monde, il peut vouloir que les humains soient égaux, ce qu'il veut pour lui il ne peut pas le vouloir pour tous. 50 millions de consommateurs de viande, c'est autant de gens qui font pression, même sans le savoir clairement eux-mêmes, sur leurs dirigeants pour qu'ils fassent le sale boulot de maintenair le Tiers-Monde dans la dépendance, dans la non-solvabilité.

               Nous, nous ne sommes pas mouillés dans cette affaire, ou alors bien moins si nous mangeons des œufs ou du lait.

               Nous sommes libres, au moins sur ce chapitre, pour lutter si nous le voulons contre la faim dans le monde. Ça ne nous gênerait pas, nous, si le soja servait à nourrir des humains plutôt que des poulets destinés à l'abattoir. Nous sommes contents de cette liberté. Nous préférons que les ressources de la planète servent à nourrir des êtres, humains ou non, non opprimés et heureux de vivre.

 

               Je reviens maintenant à l'argumentation qui nous traite d'enfants gâtés. Elle me semble fondée sur un double mépris. Le mépris de nos motivations d'abord : on ne nous reproche pas de ne pas manger de viande, on nous reproche de le faire pour des motifs pas sérieux. Illustration donnée : « Si tu étais un paysan du Sahel, tu ne ferais pas la fine bouche pour manger ta vache quand tu en as besoin ». Peut-être. Si ma vie en dépendait, j'abattrais peut être 15 personnes pour me sauver. Peut-être pas. Je me vois mal le dire d'avance. Mais ça ne prouve ni qu'abattre 15 personnes ne soit pas grave, ni que tuer une vache n'est pas grave. Je ne suis pas paysan du Sahel (et les gens en face de moi qui s'indignent en leur nom non plus), ma vie n'est pas en danger, et dans mon existence quotidienne j'évite d'abattre des gens et de faire tuer des vaches.

 

               Deuxième mépris : celui contre les gens du Tiers-monde eux-mêmes. A force de savoir qu'ils ne mangent pas à leur faim, on finit par croire qu'ils ne sont que des ventres affamés. C'est un effet pervers du tiers-mondisme. on fait abstraction de leurs pensées, de leurs différences individuelles, de tous leurs désirs autres qu'alimentaires. on ne s'attend pas à ce qu'ils puissent dire : « Nous avons faim mais ça nous gêne de manger de la viande ». On ne comprend pas que certains indiens refusent de manger de

 

10 ENCADRE

 

GRAS___L'eau___FIN GRAS : L'eau, au niveau planétaire, à tendance à se raréfier ; l'irrigation consomme beaucoup d'énergie. Il faut 25 fois plus d'eau pour produire 500 g de viande que pour produire 500 g de légumes. Dans certaines parties du monde, cette raison, à elle seule, suffit pour déconseiller fortement la consommation de viande.

Viande et santé, Ed. Soleil

 

FIN ENCADRE

 

la viande ; les gens affamés ne sont pas censés réfléchir à un niveau moral ou philosophique. Et si on « respecte leur culture », c'est un peu comme on respecte la nature, les animaux dans les réserves. Ils sont « comme ça », une bonne fois pour toutes, il ne faut pas intervenir, ce serait ajouter un « élément artificiel », ou « occidental ».  Ne pas parler aux Papous de la souffrance des animaux[[[Certes, je passe du Tiers-Monde aux Papous, ce qui n’est pas la même choses, mais dans la tête de beaucoup de gens, Tiers-Monde = sous-développés = peuples primitifs = Papous.]]], les observer simplement, écrire éventuellement une thèse dessus, échanger un peu de nourriture contre une sagaie à mettre dans nos musées exotiques (je ne sais pas en fait si les papous mangent de la viande et font des sagaies ; ce qui m'intéresse ici est de dénoncer ce qui se passe dan la tête des gens). Respecter les coutumes, même s'il s'agit de la chasse ou de l'excision du clitoris (Ah non ! l'excision su clitoris, ça touche aux Droits de la Femme, sujet sérieux ![[[L’excision du clitoris, c’est une pratique très répandue dans beaucoup de pays africains, qui consiste à mutiler les filles avant ou au moment de leur puberté. Il y a des variantes, certaines horribles, d’autres plus horribles encore. Beaucoup de gens dans le monde ne trouvent pas ça horrible, comme beaucoup de gens ne trouvent pas la chasse horrible.]]]). Ne pas leur demander de penser, ne pas penser avec eux

               Manque de chance, on ne voit pas bien en quoi prôner le végétarisme serait une intrusion de la culture occidentale, vu que ça ne semble pas faire partie de la culture de beaucoup de Français ; et c'est justement dans des pays qui sont aujourd'hui du Tiers-Monde que l'on trouve le plus souvent des philosophies ou religions qui disent de ne pas manger de viande pour ne pas tuer d'animaux. Pas partout, loin de là. J’aurais sans doute à peu près autant de mal à convaincre la plupart des Berbères que la plupart des Français de ne pas manger de viande pour les animaux - mais pas forcément tous, certains y ont peut être pensé avant moi. Ça n’interdit en tout cas pas d’en parler.

               Penser, demander aux gens de penser, c’est toujours considéré comme un luxe artificiel. Réservé aux riches oisifs. On peut voir dans le Tiers-Monde des ventres qui ne pensent pas. Les occidentaux tombent en fait eux aussi sous le même mépris : consommateurs affamés de fric, de bagnoles et de sports d’hiver. Tant qu’on participe au gueuleton, on échappe aux critiques de ceux qui nous font les reproches dont je parler, car on se montre pauvres aussi : pauvres en pensée. On se demande après ça où est la supériorité supposée de l’Homme, qui ___justement___ est censée justifier son carnivorisme ! Et sous couvert de leur « indignation morale », les gens qui nous font ces critiques ne montrent qu’une chose : leur désir de ne pas remettre les choses dont ___ils___ bénéficient en question.

David.

 

11 Handicapés contre la recherche et l’exploitation animales  

 

               Les handicapés contre le recherche et l’exploitation animales (Disabled Against Animal Research and Exploitation, DAARE) est une organisation nationale de gens qui sont handicapés ou qui ont une maladie chronique et qui croient qu’il est de l’intérêt des handicapés de mener campagne pour l’abolition de l’expérimentation animale.

               Les gens en bonne santé qui luttent contre l’expérimentation animale se voient souvent dire que s’ils étaient handicapés et condamnés au fauteuil roulant ils verraient les choses autrement. Sue Croshaw, fondatrice de DAARE, handicapée depuis l’âge de deux ans et demi par de l’arthrite rhumatoïde, a du ressentiment contre cette façon d’exploiter son handicap.

               Elle considère qu’aucun moyen de guérison ne sera trouvé maintenant pour son mal et pense que les vastes sommes dépensées dans l’expérimentation animale pour chercher des médicaments pourraient être utilisées pour soulager sa vie quotidienne en lui fournissant des équipements et services adaptés.

               Elle dit que les animaux ne sont pas comme les humains et que l’expérimentation animale est le plus souvent trompeuse et parfois dangereuse. L’Opren, un médicament utilisé pour essayer de soulager sa condition, a causé plusieurs morts avant d’être retiré du marché.

               L’emploi de certains médicaments utiles pour les humains a été retardé en raison de leurs effets nocifs sur les animaux.

               La digitaline, utilisée pour les maladies cardiaques, fut trouvée dangereuse pour les chiens sur lesquels elle fut testée.

               La pénicilline, l’antibiotique si utile, est mortelle pour les cochons d’inde mais ne fut heureusement pas testée sur eux.

               L’usage du chloroforme fut longtemps retardé en raison de sa grande toxicité pour les chiens.

               La morphine est un calmant pour les humains mais produit un état d’excitation maniaque chez les chats.

               L’aspirine, d’usage si courant, produit des malformations foetales chez le rat.

 

               Les handicapés sont très conscients de la souffrance engendrée par le confinement, la douleur, l’isolation et la peur. Ils ont une perception très particulière des sentiments que peuvent éprouver les animaux maintenus en cage et soumis à la douleur. Il ne voudraient pas que leur propre condition soit infligée à quelqu’un d’autre et désirent étendre leur compassion à tous les êtres vivants.

 

Traduit de Vegan Views numéro 44 (décembre 1988)

 

12 Une certaine image de la réalité

               Les gens ne voient pas dans un animal un être vivant singulier, un individu qui existe, vit, souffre... Ils déguisent la réalité, et la neutralisent, en ne voyant en lui qu'un représentant d'une catégorie. Un veau sera un animal de boucherie, un chien un animal de compagnie, un renard un animal sauvage, un lièvre un gibier, une poule une volaille... L'individu animal existant sera réduit à être une composante d'une généralité, ce qui lui dénie de fait une importance propre.

 

               C'est le même procédé avec les individus humains : on a jamais en face de soi un patron ou un manar, mais des gens qui sont entre autres patron ou manar, mais aussi bien plus que cela : ils sont plus ou moins jeune, intéressant ou pas, homme ou femme, noir ou autre, fatigué ou joyeux... : ils sont une infinité de choses diverses (si je peux m'exprimer ainsi) et ne peuvent se réduire à être englobés dans une ou plusieurs catégories. Mais la plupart du temps, notre attitude à leur égard sera fonction de leur statut social, c'est à dire de la généralité sociale à laquelle on les restreint. On réagira différemment face à « un patron » que face à « un manar », à « une fille » qu'« un garçon », « un immigré » qu'« un européen », en restreignant chacun à une petite partie de lui-même, en ne prenant que celle-là en compte. C'est le même processus qui est à la base de toute discrimination. On prêtera en général moins d'importance à ce que dit un manœuvre qu'un patron (dans certains milieux ça peut être le contraire) parce qu'on n'a pas en face de soi des êtres singuliers mais des statuts. Et ce d'autant plus d'ailleurs que beaucoup de gens répondent à ce qu'on attend d'eux, endossent leur rôle, se définissent, se comportent en fonctions de leur statut... Mais bon, c'est là une parenthèse.

 

               Pour les animaux, cela se passe selon le même processus, mais de façon évidemment pire parce qu'ils sont situés au bas de l'échelle des statuts sociaux. Bien que vivant, sentant le soleil sur leur corps, sensibles à la tendresse ou souffrant, ayant des perceptions plus ou moins similaires aux nôtres et en tirant plaisir ou déplaisir, on ne leur accorde que le minimum d'existence propre possible : ils souffrent, oui, peut être, mais ce n'est pas important, ce ne sont que des animaux. Les rois de France disaient : « ils souffrent, oui, peut être, mais ce ne sont que des serfs ». Quand ils ne pensaient pas que leurs sujets étaient inaptes à ressentir la douleur !

 

               Un animal n'est qu'un animal et personne ne s'indignera que son maître donne un coup de pompe à un chien, de la même façon que personne ne réagira lorsqu'un mère collera une beigne à son gamin. Il faudrait d'ailleurs voir la fureur du maître ou de la mère en question si c'était quelqu'un d'autre qui endommageait leur propriété ; mais là, c'est déjà une autre histoire. De toute façon, ce n'est que « son » enfant (ou « son » chien), et ce qu'il pense ou ressent est vraiment indifférent.

 

               Il faut bien voir que le processus du racisme, du sexisme... et celui qui fait des animaux des êtres inférieurs exploitables à merci est le même : c'est celui de toute discrimination en général, qui consiste à réduire l'individu (quand il ne s'y est pas réduit lui-même) à ce qu'il représente au niveau social, symbolique ou autre. Lorsque les nazis tuaient un juif, ce n'était pas un individu avec ses particularités, son vécu personnel, son envie de vivre qu'ils massacraient, mais un juif parmi les juifs.

 

               Eh bien, lorsqu les gens tuent un animal, ils ne tuent qu'un animal. Un animal parmi les animaux.

 

               Il ne nous intéresse pas de proposer un statut plus favorable aux animaux (vouloir les considérer comme ayant les mêmes droits que les humains par exemple). Nous ne voulons pas vivre ni percevoir ni penser en terme de statuts, et voulons cesser de coller des étiquettes sur tout ce qui bouge. Que chacun se retrouve face à un animal, et pas face à un animal de boucherie ou de compagnie, avec toutes les fonctions, droits, devoirs qui s'y attachent. Pareil pour les humains, bien évidemment.

 

Yves.

 

12 Pigeons citadins

 

A propos de la « surpopulation » des pigeons citadins : « les campagnes utilisées jusqu'ici pour éliminer ces oiseaux ont échoué. Qu'il s'agisse du tir à la carabine, de l'utilisation de pièges ou de répulsifs, de la capture au filet, tous ces procédés se sont révélés aussi inutiles et coûteux que barbares. Après quelques succès (sic) le nombre de pigeons remonte en flèche, et tout est à recommencer (sic) ». Il existe pourtant un moyen contraceptif pour les pigeons : omistéril.

(source : comité d'action pour la défense des animaux en péril)

 

13 Un seul problème

               Quel que soit celui qui subit la torture, être humain ou animal, quelles que puissent être les circonstances, le problème de fond est le même. Problème habituellement faussé, puisque l'on met l'accent d'importance sur les tortures infligées à des êtres humains, tout en négligeant celles qui sont infligées aux autres animaux.

               Quelle différence entre le prisonnier, la prisonnière que l'on brûle avec une cigarette et la guenon que l'on place sur une plaque chauffante avec son petit pour observer si elle se laissera griller les pieds en tenant son petit dans les bras ou si elle mettra ses pieds à l'abri en montant sur son petit ? Quelle différence existe-t-il entre le chien, le chat que l'on met vivant dans un four à 80 degrés et la parilla, cette torture uruguayenne où la personne est attachée sur un grill sous lequel on a placé des charbons ardents ?

               Quelle différence entre les expérimentations du professeur Jouvet, de Lyon, et de bien d'autres, sur des chiens, des chats, des primates chez qui on provoque des privations de sommeil longue durée, et la torture qui consiste à altérer les rythmes biologiques en réveillant sans arrêt les prisonniers humains, jusqu'à la provocation d'hallucinations ? Ils sont identiquement prisonniers, séquestrés dans une situation sans issue, sans recours, avec aucun autre interlocuteur que leurs tortionnaires, réduits à l'état d'objet dont la destruction s'opérera sans bruit, sans vague.

 

               La torture, c'est la pesée écrasante d'une volonté de faire souffrir et de tuer sur des êtres humains ou animaux enfermés dans un espace vidé de toute résistance possible.

               Le corps de l'animal de laboratoire est confisqué au nom de la science, le corps du taureau, du cheval dans l'arène est confisqué au nom d'une tradition, le corps de l'animal de boucherie est confisqué au nom des protéines, etc., comme au cours des guerres, où comme le corps des hommes est confisqué au nom de la patrie, où comme le corps des hommes torturés est confisqué au nom d'une idéologie, d'une religion, de n'importe quoi.

               On en dit autant aujourd'hui sur l'expérimentation sur les animaux, sur la corrida, l'élevage en batterie, etc., que Jousse, en 1771 dans son ___Traité de l'administration de la Justice criminelle en France___ à propos de la torture par la Question, en usage sous l'Ancien Régime. Il se contentait d'affirmer qu'elle reposait sur des « raisons solides » qu'il serait trop long d'examiner.

               Le but initial de la torture c'est d'extorquer des renseignements, punir ou établir une preuve. Ce but dévie souvent dans l'esprit des tortionnaires pour céder le pas à la seule volonté de triturer de la substance humaine.

               Le but de la torture des animaux, c'est la jouissance de faire souffrir ou de voir souffrir et mourir et mourir (corridas) ; c'est la jouissance de tuer (chasse, pêche) ; c'est la jouissance d'extorquer des renseignements scientifiques faussés, intransférables à l'humain ; c'est la volonté de promotion, de se faire valoir, de garantir un emploi et des crédits (expérimentation) ; c'est la jouissance dans cette course effrénée au profit (élevages en batterie).

 

               Les masses humaines ont un regard tronqué : elles ne voient qu'un endroit factice, elles ignorent et s'efforcent d'ignorer l'envers réel des choses et des évènements. L'endroit est toujours merveilleux, digne d'une civilisation délicate, mais l'envers, c'est l'horreur. Mais combien le voient, acceptent de le regarder en face ? Combien s'en soucient ?

               On sait que des populations entières meurent de faim mais on engloutit des sommes fabuleuse dans des conflits incessants. On sait que le veau, le porc, le poulet sont torturés par les conditions mêmes de leur élevage, mais on savoure leur viande ; on sait que les œufs sont pondus par des poules torturées, devenues folles par leur séquestration ; on sait que la chasse à courre, la corrida sont des assassinats délibérés, froidement exécutés... On sait tout cela et bien d'autres choses encore, mais ce n'est que l'envers de choses. On ne dispose pas l'envers sur la table des « gourmets », ni sur l'affiche des corridas.

               L'endroit est immaculé. Si l'envers est composé de tortures sales ou propres, évidentes ou masquées, reconnues ou contestées, de meurtres d'être humains ou animaux, que cela n'obscurcisse pas la lumière tremblotante qui éclaire l'endroit.

 

               Pas de différences non plus entre le médecin qui assiste à des tortures et le vétérinaire, lui aussi en blouse blanche, qui travaille dans des laboratoires de vivisection, dans des abattoirs pour protéger les animaux parait-t-il. Le premier n'a pas pour fonction de protéger le prisonnier, mais de veiller à ce qu'il ne meure pas trop vite, afin que la torture puisse être poursuivie le plus longtemps possible. Le second est là pour que les animaux soient le plus longtemps possible torturés dans les laboratoires, pour qu'ils atteignent le moment programmé où ils seront abattus dans les élevages ; pour dépister les viandes malsaines dans les abattoirs.

               Bien des tortures, bien des cruautés sont enveloppées comme un paquet-cadeau dans les étoffes rutilantes de la sacro-sainte Tradition. Tradition des corridas, tradition en Belgique où l'on tire à l'arc sur des rats fixés au sommet d'un mat, tradition où toute sorte de sévices sont infligées à des animaux pour la distraction.

               Existe-t-il donc réellement une différence entre un acte cruel, qui provoque des souffrances, qui maintient un être humain en état de détresse, et celui qui s'exerce pareillement  à l'encontre d'un animal ?

               Le degré et la forme de la torture peuvent varier d'un tortionnaire à l'autre, le sujet-support de la torture pourra être un humain ou un animal selon les circonstances, les possibilités admises par le groupe ou le système social, mais dans tous les cas, c'est une même logique qui conduit aux cruautés, aux tortures.

 

Corinne.

               Aidée par la brochure ___Torture sans frontières___ de J.Kalmar et J. Duranton de Magny, éd. Les Bardès.

 

14

GRAS___Nous essayons d'éviter le plus possible de faire souffrir les autres autour de nous, les humains et les animaux, sans distinctions ni préférences d'espèces. En particulier : nous ne mangeons pas de viande.---FIN GRAS

 

14-16 Pour ne pas tuer d'animaux

 

               D'autres n'en mangent pas pour leur santé, d'autres pour des raisons financières, d'autres pour soutenir le Tiers-Monde, et d'autres pour des raisons religieuses. Nous en sommes contents, ce sont déjà là plus ou moins directement des animaux qui ne sont pas tués pour la saveur, la valeur nutritive ou la texture de leur chair, pour sa dite vitalité.

 

               Des gens donnent de l'argent à la SPA (Société Protectrice des « Animaux » ou surtout des animaux de compagnie ?) ; d'autres à la Ligue Contre La Vivisection, organisme luttant contre les expériences de laboratoires faites sur des animaux vivants, souris, chats, chiens, singes et lapins essentiellement. Nous en sommes contents. Certaines personnes de la Ligue sont végétariennes pour ne pas faire souffrir et tuer d'animaux. Nous sommes très contents.

              

               Des gens font stériliser leurs chats et leurs chiens, pour des raisons diverses et assez rarement pour éviter des souffrances et des morts, ou alors pour s'éviter d'avoir à les faire eux-mêmes, ces meurtres, parce que c'est « chiant » (comme ils trouvent que ça doit être chiant de travailler dans un abattoir, ce qui ne les empêche pas de manger de la viande ; comme ils trouveraient chiant de ne pas manger de la viande). Nous en sommes contents quand même.

 

               Des gens font beaucoup de bruits autour des Coréens qui mangent des chats, s'en offusquent complètement et font circuler des pétitions contre, nous en sommes contents ; tout ça parce qu'en France (partout d'ailleurs) les chats sont des animaux familiers. Je pense très rares ces gens-là à avoir, à travers ça, remis en question le fait de manger de la viande, en général et pour eux-mêmes (en se disant par exemple que les animaux qu'ils mangent eux sont peut-être familiers ailleurs) ; au contraire, je les vois plutôt se conforter de manger, eux, des animaux « faits » pour ça, remettre en question les autres cultures mais pas la leur.

               Je vois bien les gens se précipiter sur ce genre de choses, se révolter contre le fait que les Coréens mangent des chats, pour justement qu'on ne puisse pas les accuser de ne pas être sensibles, et puis c'est facile, ça ne demande rien d'autre qu'une signature, et en plus ça occupe  cinq minutes d'une pause à leur boulot, et aussi ça fait un peu militant pour les amis, un peu mais pas trop, ce n'est plus à la mode maintenant, on peut se faire un peu mousser d'avoir eu cette info, être content de trouver ça dégueulasse. Comme les gens qui se précipitent sur les produits cosmétiques non-testés sur les animaux (seulement quand on leur en parle en leur parlant en même temps « de la viande » ; et en fait personne ne va jusqu'à en acheter, ce qui prouve bien que c'est une échappatoire), pour se prouver qu'ils ne sont pas cruels, et aussi qu'il y a des limites, qu'il ne faut pas tout mélanger, pas mélanger sensibilité et sensiblerie, cruauté et « nécessité »...

               Nous sommes contre que les Coréens mangent des chats, évidemment, aussi nous sommes contre que les Coréens mangent de la viande, aussi contre que la plupart des humains mangent de la viande, aussi contre que les animaux carnassiers (dits carnassiers) mangent de la viande.

 

               Beaucoup de gens sont contre la chasse et la pêche, principalement des écolos (tout le monde a un petit côté écolo mais bien choisi), parce que ces animaux-là sont sauvages, pour préserver un « équilibre » naturel, et certains parce que c'est cruel (sûrement parce que cette cruauté est en direct, car ils mangent tous de la viande où cette même cruauté est cachée ; à moins que les animaux sauvages souffrent plus que les animaux domestiques, et aussi (et contradictoirement) que les animaux élevés à la bio souffrent moins que les animaux élevés en batterie...). Cela leur permet de se cibler sur les chasseurs, alors que les abattoirs ce serait se cibler sur... sur...eux-mêmes ? Nous en sommes quand même contents.

 

               Des gens ne portent pas de fourrure pour ne pas tuer d'animaux, peut-être pour ne pas tuer ceux-là qui ont justement une si belle fourrure ! ou plutôt, parce qu'ils pensent la fourrure n'est pas vitale alors que la viande l'est, ou qu'ils peuvent facilement se passer de fourrure et pas de viande. Nous en sommes contents, ils s'impliquent un peu dans leur quotidien.

 

               Le phénomène des chats et des chiens, des lapins aussi, est bien connu, beaucoup de gens ne seraient pas contre la vivisection si elle ne touchait pas ces animaux-là. Un coup de pied à un chien ou même pour certains une laisse à un chien  fera plus bondir que le meurtre d'une poule.

               Les chiens et les chats sont des animaux qui ont un statut à part, un statut se rapprochant un peu de celui des humains, avec entre autre une reconnaissance de la personnalité de chaque chat ou chien (ils ont un nom, on leur porte de l'affection, on leur parle, on tient compte de certaines de leurs volontés...). Certains vont même jusqu'à préférer ou dire préférer les chats aux humains (ce qui ne les empêche pas de tuer les petits), espècisme (spécisme) translaté, alors qu'ils préfèrent simplement leur chat à la plupart ou à tous les humains (je ne veux pas dire par là que je trouverais normal que les humains aiment d'abord les humains, espècisme pur et dur).

               Le lapin, sans être un animal familier, est l'animal doux par excellence, le symbole de l'animal gentil pour les enfants (certaines familles ont effectivement un lapin albinos pour les enfants, c'est aussi plus smart qu'un vulgaire chat), la peluche classique (quelquefois d'ailleurs en fourrure véritable), le personnage sympathique dans les contes. Le lapin est vraiment l'animal siège à contradiction : on l'aime bien, on a envie de le caresser, on ne veut pas que les chercheurs lui mettent des gouttes de shampoing dans les yeux ; et on aime bien le manger rôti, c'est bon, on en aime bien la fourrure, c'est beau, chaud et doux, on aime bien y tirer dessus au fusil, c'est naturel, on en écrabouille quelquefois avec sa bagnole, c'est pas bien grave...

               Les limites sont bien partout, il faut bien en mettre partout , dès qu'on peut, pour se faciliter la vie.

 

15 ENCADRE

 

               Je ne mange pas                                           Ni jambon,

               de cadavres,                                                  ni crevettes,

               même bien                                                    ni poulet,

               découpés et bien                                           ni sardines ;

               présentés dans les                                         même crus,

               vitrines ou dans les                                       même à l'ancienne,

               rayons des                                                      même bio,

               magasins.                                                       et même bouillis

 

FIN ENCADRE

 

               Certaines personnes ne prennent en compte que leurs sensations (plaisir et souffrance), elles sont assez rares ; d'autres tiennent compte aussi de celles de leur famille ; d'autres aussi de celles de leur animal familier et d'autres de tous ceux de le même espèce que leur animal familier ; d'autres uniquement de celles des gens du même sexe, de la même race ou du même âge qu'eux ; et la plupart ne prennent en compte que le plaisir et la souffrance de ceux de leur espèce, des autres humains. Il est toujours question de priorité : à notre lutte contre la souffrance et la mort imposées à des animaux par d'autres, on nous rétorque tout de suite les problèmes humains, comme plus graves ; et ce sont plus souvent des gens qui « ne font rien » non plus pour les humains, pour des humains.

               Ne viendrait à l'idée de presque personne de tuer son fils ou son chat pour le manger, alors que vraiment presque tout le monde mange de la viande.

 

               Je ne peux rein faire pour beaucoup de problèmes humains, et non plus pour beaucoup de problèmes d'autres animaux (les humains étant, je le rappelle, aussi des animaux) ; mais on peut très facilement s'arrêter de manger de la viande, c'est très simple matériellement.

               En fait, ce n'est pas ce genre de simplicité qui est recherchée en général, la simplicité matérielle n'a pas de place face à la simplicité ambiante (« sociale»  de l'époque), les gens cherchent avant tout à ne pas changer les plaisirs de leur mode de vie, tout en s'en rajoutant ; et pour eux, ce serait s'enlever un plaisir que de ne pas manger de la viande (très souvent on nous demande si on ne « craque » jamais). il sera bien plus facile de donner du fric (phénomène connu pour se débarrasser rapidement souvent de certains problèmes, de certaines contradictions) ou de faire des réunions et des tracts (sans avoir forcément besoin de s'y impliquer beaucoup et même pour justement éviter de s'y impliquer trop, de s'y impliquer un peu...)

 

               Et pourquoi les gens s'occupent-ils d'abord des problèmes humains ? Parce qu'ils en attendent (de ces humains-là ou des humains en général) de la reconnaissance et de la considération, alors qu'ils n'auraient rien à attendre des vaches et des poules ? Je n'attends rien des vaches et des poules, je ne sais pas si je pourrais en attendre quelque chose (pas plus que de beaucoup d'humains d'ailleurs), et la question n'est pas là pour nous.

 

               Ne pas manger de viande pour ne pas tuer d'animaux est très souvent tourné en ridicule, ce n'est que de la « sensiblerie », une sensibilité tant naïve qu'inutile, cucu quoi... et il nous faut nous battre pour prouver que ce n'est pas mauvais pour la santé (se préoccupent-ils vraiment de notre santé ?). Notre but n'est pas de montrer que c'est meilleur à la santé, nous chercherions peut-être, même si c'était moins bon à la santé, des produits de synthèse ou autres nous permettant de nous en passer. Il nous faut nous battre aussi pour défendre notre vie contre ceux qui, ne pensant pas que nous puissions envisager nous nourrir d'aliments de synthèse, voudraient que, pour pouvoir revendiquer de ne pas manger d'animaux, nous ne mangions pas non plus de végétaux (on est souvent confrontés à des colles de ce style, censées nous donner tort et nous humilier, alors que ce problème est réel et que nous y pensons).

               Ne pas en manger pour sa santé est au contraire pris au sérieux, une telle privation demande de la volonté (comme s'arrêter de fumer), ce que l'on fait pour sa santé est toujours très respecté (que ce soit d'ailleurs objectivement bon ou pas pour la santé), c'est un problème personnel, une responsabilité bien côtée, et intéresse très souvent les autres (je pense que si je ne mangeais pas de viande pour ma santé, je pourrais « convertir » beaucoup de gens que je connais qui me voient actuellement un peu comme une bête rare, originale avant tout, un peu cucu et un peu impressionnante comme tous les gens un peu originaux, n'ayant pas peur comme eux d'oser des trucs bizarres..., qui me verraient au contraire réaliste et qui me feraient confiance, qui me demanderaient à ce moment-là comment je me débrouille pratiquement, etc.)

               Ne pas en manger pour soutenir le Tiers-Monde est aussi bien respectée, c'est une noble cause, une cause humaine

 

               Ne pas manger de viande, c'est s'impliquer directement dans une action qui est quelque part utile, non seulement peut-être directement sur le nombre d'animaux élevés et tués, mais aussi sur le fait de ne pas participer à ce genre de pratiques (boucher, abattoir, éleveur...). Huit personnes que nous sommes qui ne mangent pas de viande ne changera pas la production de viande de la région, mais quand c'est 5 % de la population en Grande-Bretagne, la différence est importante vu le nombre d'animaux tués par an pour la viande.

 

               Ne pas manger de la viande pour ne pas tuer d'animaux, contrairement aux raisons qu'ont la plupart des gens, n'est pas un problème personnel. Ce problème, si on peut appeler ça un problème, est celui des animaux. Si je ne mange pas de viande, ce n'est pas pour me donner bonne conscience, pas pour me blanchir dans cette histoire, c'est pour qu'il y ait moins d'animaux tués, moins d'animaux conçus pour fabriquer de la chair à manger, et pour ne pas cautionner directement ce commerce.

 

               Ne pas manger de viande pour ne pas tuer d'animaux, quand c'est accepté comme lutte, c'est accepté comme lutte de bas étage.

 

               Les gens qui ne mangent pas de viande pour d'autres raisons que nous, sont en général au courant (comme tout le monde ?) des mauvaises conditions d'élevage des animaux en batterie et de l'horreur des abattoirs ; ils sont quelque part contents de ne pas (plus) cautionner ça. J'en connais le disant assez souvent comme argument supplémentaire et j'en connais aussi beaucoup qui désireraient que les animaux soient traités et abattus plus « humainement » ! La guillotine ?

 

               Me fait chier de savoir qu'il y a des animaux élevés (tant en batterie qu'à la ferme, à l'ancienne ou à la bio) pour se faire tuer (tant à l'abattoir automatique qu'au couteau tenu par un homme, le regardant ou pas dans les yeux).

 

               Me fait chier de savoir que la plupart des gens bouffent de la viande, qu'il y ait de la viande dans le frigo et dans le ventre de la plupart des gens...

 

               Quelque part :

 

               Quelque part, je préfère savoir qu'il y a un végétarien qui l'est pour ne pas tuer d'animaux que deux qui le soient pour leur santé.

               Quelque part aussi, je préfèrerais qu'il y ait une ou des lois qui interdiraient de manger de la viande et qui puniraient ceux qui en mangeraient.

               Aussi je préfèrerais qui mangent de la chair mangent aussi de la chair d'humains.

               Quelque part aussi je préfèrerais que la viande soit bien plus chère.

               Je préfèrerais aussi que ne soient mangés que les animaux les plus gros.

 

               Me vient subitement à l'esprit qu'il me semble que l'on oublie très facilement que le corps des humains est aussi de la viande.

 

               La viande (en France et dans beaucoup de pays malheureusement, mais pas dans tous justement...), c'est en moyenne une fois par jour et par personne, c'est vraiment tout le temps.

 

               Ne pas manger de viande est très difficile socialement, ne pas en manger pour ne pas tuer d'animaux l'est encore plus. Même sans en parler, ne pas manger de viande se voit, se sait, se dit, très rapidement (particulièrement en France où la bouffe est bien sacrée, et sacrée surtout la viande dans cette bouffe), au premier repas ; au café devant un sandwich (c'est pas toujours évident de trouver des sandwichs sans chair d'animal entre autre), à l'école ou au boulot à la cantine ; aux échanges de recettes de cuisine (!)... Dire comme ça, tout simplement, qu'on ne veut pas faire souffrir et faire tuer, c'est tout de suite avouer une faiblesse, et se montrer faible n'est pas à la mode ; mais ça va être perçue comme faiblesse quand il s'agit d'animaux, alors que dans d'autres, ça va être perçu comme grandeur d'esprit ou de coeur.

 

               Je ne vois pas dans l'image que j'ai de quelqu'un qui mange de la viande, un seul être vivant, ou plutôt un seul être ; j'en vois deux, il y en a deux, un vivant et l'autre mort. La viande, c'est le corps d'un animal mort ; quelqu'un qui mange de la viande, c'est un animal qui en mange un autre, c'est quelqu'un qui mange quelqu'un d'autre (ou un morceau de quelqu'un d'autre).

 

Françoise

 

16 Fourrure

 

VISON

Teintes diverses obtenues des mutations suivantes :

- frappé de surdité totale (vison blanc)

- organes sexuels déformés (shadow)

Mise à mort :

- dislocation des vertèbres

- on tord le cou au vison

TIGRE-PANTHERE-ASTRAKAN

Pattes liées, leur corps est transpercé de l'anus aux poumons par une tige de fer chauffée à blanc. Ainsi leur peau n'est pas abîmée.

 

De nombreux autres animaux (bébés phoques, lapins, renards, loutres...) sont exterminés dans des conditions similaires pour leur fourrure.

(source :association pour la sauvegarde des animaux à fourrure et autres)

 

16 Les chasseurs

En France, on recense 1 781 195 chasseurs.

(source LIBERATION, 27-2-89)

 

                                    ATTENTION ! : CE

                       PRODUIT CONTIENT DE

                          L' ANIMAL MORT.

 

 

17 La viande

 

Les cochons

Les truies passent la majeure partie de leur vie enceintes. Elles ont deux portées par an soit environ 18 porcelets qu'elles allaitent pendant deux semaines (au lieu de huit semaines normalement). Une semaine après qu'on leur ait retiré leur portée, on les immobilise et on les met en présence d'un verrat. Elles restent dans des chassis de fer nuits et jours pendant 16 semaines jusqu'à ce qu'elles mettent bas. Le sol de la partie arrière est fait de lattes pour que les excréments et l'urine passent à travers, mais ça leur fait mal aux pattes arrières ; pour y échapper, elles sont amenées à se mettre dans des positions telles qu'elles boitent et ont des douleurs de colonne vertébrale.

À l'accouchement, elles sont transférées dans des cages spéciales dans lesquelles elles ne restent que 7 jours, après quoi c'est reparti pour un tour.

Les porcelets, eux, lorsqu'ils atteignent 2 à 3 semaines, sont transférés dans des cages en batterie sur trois rangées superposées. Ce sont de toutes petites boites où ils ne peuvent guère bouger. Selon certaines méthodes d'élevage, ils y resteront jusqu'à ce qu'on les convoie à l'abattoir.

Les cochons sont réputés pour être des êtres sociables, mais à cause des conditions de surpopulation, parce qu'ils sont privés d'espace suffisant, d'exercice et de confort, ils en arrivent à se mordre les uns les autres, la queue notamment. Alors on la leur coupe.

Ils souffrent de stress à cause du confinement, et souvent en meurent. C'est connu sous le nom de « syndrome de stress porcin » : rigidité, peau pustuleuse, halètement, anxiété et souvent - mort subite.

Point final.

 

Le transport

Les animaux de boucherie arrivent entassés par trains ou par camions jusqu'au lieu de sacrifice. Certains subissent de très longs temps de transport, avec tout ce que cela peut comporter de souffrance (être enfermés et entassés sans possibilité de se mouvoir, avoir chaud ou froid, faim et/ou soif, stationner dans les excréments). A titre indicatif, un bœuf perd en moyenne une trentaine de kilos pendant le transport et l'attente précédent l'abattage. Le déchargement des animaux se fait dans des conditions déplorables qui entraînent des fractures et des lésions diverses.

Pour leur éviter le stress qui agit négativement sur la qualité de la viande, on leur administre des calmants (ce n'est pas par soucis des animaux, il ne faut pas rêver !), ce qui exige un délai pour l'abattage de 24 heures... qui entraînent des frais et réduisent d'autant les profits. Et ici, comme ailleurs, le profit passe avant toute autre chose.

 

___D'après___ Dossier viande ___de G. Delteil et Y. Liégois Messidor, Ed. sociales. 1988___

 

L'abattoir

La loi fait obligation de tuer les « animaux de boucherie » dans des abattoirs (sauf dérogation pour les égorgeages rituels musulman - halal - ou juif - shechita -). Et aussi de les étourdir avant de les tuer (les animaux non tués en abattoir reçoivent 4 à 5 coups de bâton sur la nuque pour être « assommés »). Pour cela, on utilise le plus souvent des tenailles électriques de 90 volts (pour les porcs, les veaux, les moutons) ou bien encore un appareil électrique en forme de fer à cheval ressemblant à un gros aimant (pour les veaux, les vaches, les moutons) ou bien un « pistolet à retenue » où un cylindre de métal vient percuter très violemment la tête de l'animal.

Les animaux deviennent fous lorsqu'ils s'aperçoivent, quand ils le peuvent, que leurs congénères sont battus et électrocutés. Il est scandaleux que des personnes soutiennent que les animaux en abattoir sont tués sans souffrance.

Les animaux sont étourdis pour que leur coeur continue à battre et aide ainsi le sang à s'écouler après l'égorgeage. Il s'écoule alors par un conduit et est recueilli dans un bac - rien ne se perd. Les employés en tenue bleue ou blanche, selon leur poste, s'affairent sur des tables de travail, suspendent de viande à des crocs. Ils scient, découpent, désossent. Les ouvriers ne font même plus attention à ce décor. Ici, pas de sentimentalisme ni laisser-aller, c'est l'industrie et le travail à la chaîne.

Les boyaux sont traités à part, vidés. Les peaux sont étendues sur le sol et salées : elles seront transformées en sacs à main, valises et chaussures. Les os sont broyés pour faire - entre autres - des engrais. Tout cela a été organisé rationnellement avec tapis roulant, rails garnis de crochets. Les carcasses défilent à une grande vitesse. Direction : le frigo de stockage en attendant l'expédition. Certaines sont conservées entières, d'autres désossées. L'expédition des carcasses ne doit être faite qu'après le délai légal de réfrigération, appelé « ressuage » (24 heures).

L'abattoir est la machine la plus grosse à tuer des animaux, énormément d'animaux.

Mêmes sources.

 

 

18 La végétalisation de « l'animal de boucherie »

 

Les termes couramment employés dans les abattoirs obéissent à une logique précise.

Le sens général d'abattre est « faire tomber » ou « coucher ce qui est debout ». C'est d'abord un terme forestier : abattre des arbres ; il est ensuite appliqué au minerai, que l'ont abat, que l'ont détache de la paroi d'une mine.

Le travail de dépouillage et d'éviscération se nomme techniquement et couramment l'habillage. Ce terme a d'abord appartenu au vocabulaire des bûcherons au sens de « préparer une bille de bois » (abillier). Tout l'habillage est ainsi un déshabillage, non pas seulement en ce qu'il ôte l'enveloppe externe des bêtes (le cuir), mais surtout en ce qu'il dépouille la chair de son animalité, détache la matière organique de ses soubassements biologiques.

L'autre terme caractéristique est celui de « faire des fleurs » ou « fleurer ». Finition artistique pour la décoration, il s'agit d'ôter le cuir d'une manière précise de façon à obtenir un tracé abstrait. Esthétiser, c'est « arracher la nature à sa nature » ; c'est substituer l'artifice, entendu généralement comme l'ordre de l'humain, à l'ordre naturel. Esthétiser une bête (en la fleurant, etc.), c'est bien « faire une bête », une toute autre bête que l'animal sur pied ; c'est substituer à l'animal naturel une création humaine.

 

On s'aperçoit bien qu'à désanimaliser ainsi la nourriture carnée, on tente de la justifier, d'aligner l'abattage des animaux sur celui des arbres, d'aligner le régime carnivore sur le régime végétarien, et d'édulcorer le sang en sève.

 

Depuis le Moyen-Age au moins, il d'usage d'orner de végétaux les viandes exposées aux clients. Aujourd'hui une verdure artificielle perpétue cette tradition. On peut penser aussi aux pratiques culinaires, encore actuelles, qui associent étroitement la consommation de végétaux : les menus comportent rituellement viandes et légumes ; les recettes traditionnelles, dite « de grand-mère », font longuement mijoter ensemble l'animal et le végétal ; comme pour réaliser une osmose entre les divers composants.

On peut donc penser que la permanence du règne végétal fournit une dénégation adéquate de la mort des êtres animés ou encore que la substance végétale est une bonne image de la désindividualisation nécessaire pour faire d'un vivant une substance consommable.

 

Saigner un animal domestique est souvent acte délibéré de « désanimation » de l'aliment carné (du latin anima ou « souffle vital »). En effet, ôter le sang, c'est ôter la vie même, le principe vital ; désanimation donc, nécessairement radicale, incapable de degrés. C'est elle qui rend possible les métamorphoses ultérieures. A celles-ci, on pourrait réserver le terme de « désanimalation » ; en effet, elles ne touchent pas au principe vital, mais à la forme corporelle de l'animal, pour le re-former et en faire ainsi une substance comestible, tout autre chose qu'un corps animal.

Ainsi la viande n'est pas l'animal, ni même son cadavre. Après désanimation et désanimalation, la carcasse n'a plus rien à voir avec l'animal dont elle a été en quelque sorte extraite ; elle est une denrée consommable, une substance, dont toutes les attaches avec un corps naguère vivant ont été rompues. En particulier, cette substance a été séparée de tout ce qui rappelle trop évidemment l'animal lui-même : le cuir qui l'enveloppe, les excréments qui attestent crûment le physiologique actif, les abats qui évoquent son unité organique passée.

On ne veut plus reconnaître quelque rapport entre la viande et l'animal mort.

 

Corinne

 

___D'après___ Le sang et la chair ___de Noélie Vialiès, coll. Ethnologie de France, éd. Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1987.___

 

 

 

18-19 Qui tue ?

 

Au fur et à mesure du développement des villes et de l'augmentation de la consommation des viandes, les autorités locales ou nationales et plus particulièrement l'Empire prendront des mesures radicales pour imposer l'éloignement des « tueries » ou « écorcheries » (noms donnés aux abattoirs jusqu'au 19ème siècle). La principale est l'interdiction des abattoirs privés, assortie de l'obligation d'effectuer l'abattage dans des établissements municipaux, construits loin des centres villes : autrement dit, la dissociation abattage/boucherie. C'est elle qui « innocente » le boucher, c'est elle qui nettoie les rues, c'est elle qui ménage les nouvelles sensibilités en épargnant aux regards le geste fondateur du viandisme.

On ne peut que rester pensif en découvrant que les premières chaînes furent des chaînes d'abattage, dans les abattoirs de Chicago : on sait les effets de déconscientisation du « travail en miettes » ; sans doute n'y a-t-il pas de hasard dans son application à l'abattage ; chaque homme à sa tâche peut, réduit à quelques gestes, en oublier le sens. L'absence de pensée, d'identification à son travail, qui peut ailleurs être éprouvante, est au contraire ici une condition pour qu'« on s'habitue ».

 

Aussi les abatteurs disent indifféremment qu'ils « font une bête » ou qu'ils « tuent une bête ». En effet, tuer, c'est tout aussitôt habiller la carcasse ; on se contente de dire le geste essentiel, les autres s'ensuivent nécessairement et vont sans dire. « Faire une bête » déplace l'accent sur le travail d'habillage et fait au contraire silence sur le geste premier ce mise à mort.

En bonne logique, la bête que l'on tue n'est pas la même que celle que l'ont « fait », même si c'est, bien entendu, matériellement du même animal qu'il s'agit. La bête tuée ou détruite par sa mise à mort, et remplacée par une carcasse habillée, est comme créée de toutes pièces, par les gestes de l'habillage, à des fins alimentaires.

Voyons ce plus près comment s'effectue l'abattage d'un animal. Une fois introduit dans le piège, le premier homme « l'insensibilise », et un deuxième procède à la saignée. Dans ces gestes décisifs de la mise à mort, on observe donc une dissociation aussi fine que possible entre les actes, et entre les hommes ; même si elle n'a pas pour but et n'a pas eu pour motif de la créer, l'obligation de l'« insensibilisation » de l'animal avant sa mort a produit effectivement cette dissociation entre l'effusion de sang et la mise à mort.

 

Qui tue ? Celui qui assomme ? ou celui qui saigne ? Non seulement le doute est formellement possible, mais en plus il existe dans les faits. Interrogés, les uns jugent que seule la saignée donne la mort, ce qui est exact ; mais ils précisent tout aussitôt que l'animal, assommé, ne sent rien : « il est comme mort », et la saignée ne fait que parachever une mort qui, de toute façon, ne saurait tarder. D'autres estiment que l'assommage est décisif, et en donnent la même raison que les précédents : « il est comme mort », la suite des évènements ne peut plus lui importer.

A dissocier la mort de la souffrance, on produit donc ceci : l'« anesthésie » n'étant pas vraiment une mise à mort, on n'a plus de « vraie » mise à mort du tout. Si bien que plus personne ne tue « vraiment » : à séparer les tâches, on dilue totalement les responsabilités et les éventuels sentiments, fussent-ils confus et bridés, de culpabilité.

 

On peut voir là une analogie avec le sacrifice grec où c'est le couteau qui est déclaré coupable, et à ce titre exilé : on le jette à la mer. Plus près de nous, on trouve d'autres cas analogues, de dilution entre plusieurs de la responsabilité de chacun : dans un peloton d'exécution, un fusil au moins est chargé à blanc, si bien que chacun peut croire ne pas tuer à l'instant où il tire ; du moins aucun n'a la certitude absolue d'avoir accomplie un geste mortel.

Dans un local d'abattage des animaux, chacun peut dire ce qu'il fait : l'un « anesthésie », l'autre saigne. Il faut deux hommes pour qu'aucun ne tue vraiment.

L'esthétisation des carcasses, comme on l'a vu dans le texte précédent, et la division propre aux abattoirs industriels conspirent à la même fin : l'une et l'autre dérivent de l'exigence désormais impérieuse de désanimaliser toujours plus la chair consommée, parce que la consommation conduit aux abattoirs des masses considérables d'animaux et que, si l'abattage de quelques bêtes pouvait être festif pour certaines personnes, l'abattage massif est, lui, inquiétant ; il faut dès lors se donner les moyens de l'oublier.

 

Corinne

 

___D'après___ Le sang et la chair, cit.

 

19 Les poissons

 

La bouche déchirée par des hameçons ou emprisonnés dans des filets qui les blessent, les mutilent et les font souffrir (ils sont une peau hyper-sensible),  les poissons sont ensuite brûlés et asphyxiés lentement par l'oxygène de la surface. La fameuse expression « être serrés comme des sardines » est aussi applicable pour les poissons qui agonisent sur le pont des chalutiers. Les œufs des poissons, comme le caviar ou les œufs de lump, sont retirés des poissons tués.

Les écrevisses, les langoustes, les crabes et d'autres, eux, attendent, empilés, le moment où ils seront ébouillantés ou découpés vivants.

 

19 Le miel et les abeilles

 

Il y a une grande controverse parmi les végétaliens anglais au sujet du miel. Des gens prétendent qu'extraire le miel aux abeilles se fait sans cruauté quand on n'en prend « qu'un petit peu » et pour ce faire, certains élèvent leurs propres abeilles. Personnellement, nous ne savons pas quoi penser de ces « exceptions » mais pour ce qui est du miel couramment vendu, l'élevage d'abeilles est loin de se pratiquer sans cruauté.___ The Vegan___, le journal de la Vegan Society, a publié il y a quelques mois un article là-dessus (qui a ravivé la polémique dans la rubrique courrier).

Première remarque : la fabrication du miel est un gros business, dès lors, l'éthique est subordonnée aux motivations de PROFITS. C'est bien clair que business et éthique vont rarement ensemble !

 

L'élevage des abeilles dépend du climat. GRAS___Climat froid___ : durant les mois d'hiver il devient parfois trop cher de garder les abeilles qui n'ont pas assez de miel pour elles-mêmes. Alors on ___détruit___ les ruches. Pour cela on met du pétrole autour des ruches (les vapeurs de pétrole tuent déjà pas mal d'abeilles) et on y met le feu !! GRAS___Climat chaud___ :  les abeilles produisent plus facilement et alors, puisqu'elles sont si bon marché à remplacer, une fois qu'elles ont servi à la pollinisation on les abandonne et elles crèvent quand les arbres sont vaporisés d'insecticides... GRAS___Pratiques cruelles___ : certaines reines atteignent une valeur astronomique. Dès lors, on leur ___attache les ailes___ pour les empêcher de foutre le camp (ils prétendent que ça ne leur fait pas mal, ben voyons !). On pratique également sur les reines l'insémination artificielle ; il paraît que visiblement ça les fait souffrir. La Vegan Society compare ça à un viol. Il y a d'autres pratiques cruelles...

Et bien sûr, il arrive souvent que (soi-disant  quand le miel manque, on se demanderait bien pourquoi, hein ?) on leur donne du sucre à la place... les défenseurs prétendent que ces pratiques sont rares, etc., qu'un bon éleveur d'abeilles prend du miel mais en laisse beaucoup. Quoi qu'il en soit, nous pensons que dans le doute, nous préférons nous abstenir. Il existe d'autres excellents produits sucrés comme par exemple la mélasse (riche en minéraux). Nous pensons que l'humain n'est pas en mesure de décider si ce qu'il prend à un animal est cruel ou non.

 

manu et alain

 

20 Les œufs et les poules

 

En France sont consommés annuellement 14,6 millions d'œufs (90 000 tonnes), produits par 65 à 70 millions de poules pondeuses. 95 % de ces œufs proviennent de fermes concentrationnaires.

 

Les œufs fécondés destinés à la production de poules sont placés en couvoirs industriels. En ce qui concerne les poules pondeuses, les femelles représentent moins de 50 % des éclosions et ce sont donc plus de 60 millions de poussins mâles qu'il faut éliminer chaque année : ils seront jetés par milliers dans des sacs et écrasés au bulldozer ou enterrés vivants, ou bien jetés vivants dans un broyeur...

 

Les poules, elles, arrivent à l'âge de 21 jours dans les élevages, dont la capacité est passée de 10 à 30 000 poules il y a quelques années à 150 000 à 300 000 poules actuellement. Leur nombre par bâtiment peut aller jusqu'à 80 000. Elles sont logées en batteries dans des cages disposées les unes sur les autres, de faisant face sur trois rangées superposées et sur toute la longueur du hangar. Chaque cage grillagée de 40 cm x 40 cm contient quatre poules qui ne peuvent absolument pas bouger, pas déployer leurs ailes, rien (l'espace dévolu à chacune est de l'ordre des 2/3 de cette feuille !). Les pattes auxquelles on a enlevé les griffes sont à la longue mises à vif par les fils de fer. Aucun chauffage c'est prévu pour l'hiver. Elles sont éclairées 16 à 18 heures par jour pour augmenter la ponte (265 œufs par an et par poulette) ; les œufs descendent automatiquement dans une gouttière qui les canalise.

Dans un pareil environnement, elles prennent fréquemment des crises d'hystérie collective, s'agressent, échangent de furieux coups de bec, s'égosillent, se déplument... Pour éviter qu'elles s'entretuent, on leur coupe le bec (aussi sensible que l'épiderme) en le plaçant dans une sorte de guillotine ou avec un couteau chauffé.

 

Au bout d'un an de cette vie-là, elles seront abattues et leur chair servira aux potages en sachet et aux aliments pour animaux.

 

Alors que les poules pondeuses appartiennent à des souches légères sélectionnées sur leur taux de ponte, la taille de leurs œufs, etc. (la couleur des œufs aussi est génétiquement sélectionnée : les français préfèrent, paraît-il, les œufs roux), les volailles de chair, lourdes, sont sélectionnées essentiellement sur leur vitesse de croissance. Les poulets sont élevés en 7 à 8 semaines, au cours desquelles leur poids sera multiplié par 50 ou 60. De vivre dans de telles conditions, au Royaume Uni, 20 millions de poulets meurent « avant l'âge » chaque année, malgré l'utilisation intensive d'antibiotiques et d'antiparasitaires.

 

ENCADRE

[Au Royaume Uni, en un an, 200 000 animaux enfermés dans leur cage ont péri lors d'incendies d'élevages concentrationnaires.]

FIN ENCADRE

 

Ensuite, pondeuses comme poulets sont transportés jusqu'à l'abattoir, transport au cours duquel des milliers meurent de stress, de chaud, de froid ou d'étouffement. Une fois arrivés, ils attendent d'être tués jusque pendant 24 heures sans eau ni nourriture.

 

Ils sont alors pris par les pattes, 5 ou 6 dans chaque main, pour être suspendus tête en bas à des crochets. Souvent les os des ailes ou des pattes sont alors cassés. Puis ces crochets les convoient en file jusqu'à un bac dans lequel leur tête est plongée afin que le courant électrique qui passe dans la solution leur fasse perdre conscience. Un homme les égorge alors manuellement ou à l'aide d'une machine automatique, et une fois le sang ayant cessé de couler, ils sont plongés dans de l'eau bouillante pour faciliter le déplumage. Le tout prend un pue plus de 6 mn, et ceux qui « attendent » leur tout ont tout loisir d'observer ce qui se passe.

 

Mais, soit que les oiseaux sont trop petits, soit que le niveau du bac électrifié est trop bas, soit que le voltage utilisé est trop faible, un certain nombre sont égorgés conscients. D'autres, trop petits ou trop grands, seront tranchés au niveau des yeux ou du gosier. D'autres encore « ratent » simplement l'égorgeur automatique. Ce sont chaque jour des centaines d'oiseaux qui plongent donc vivants dans l'eau bouillante.

Voilà. Cela se passe bien entendu exactement de la même façon pour les canards, les dindes, les pintades...

Quand aux oies et canards qui fournissent le foie gras, une machine à gaver électrique qui leur blesse le cou leur enfourne 2 à 3 fois par jour une bouillie de maïs cuit, avec de l'eau aromatisée au bicarbonate de soude. Au bout de 4 mois, ils connaissent le sort décrit plus haut.

 

Un règlement de la CEE du 12/07/85 impose aux producteurs d'œufs de mentionner sur les emballages les renseignements :

- Œufs de poules élevées en plein air. Système extensif.

- Œufs de poules élevées en plein air.

- Œufs de poules élevées en volière.

Dans les autres cas, il s'agit d'œufs en batterie. Mais dans tous les élevages quels qu'ils soient, les poules sont tuées lorsque leur taux de ponte commence à décroître.

 

Ces informations sont tirées de :

- ___Science et Vie___ n°846, mars 88.

- ___L'enfer des animaux___ de Gilbert Picard, éd. Le Carroussel, 1986.

- Brochure ___The Slaughter of Food Animals___ du RSPCA, 1985.

- Tract ___What Happens to the Chickens___ de la Vegan Society.

- Tracts de l'Animal Aid Society.

 

 

21 Le lait, la vache et le veau

 

Pour pouvoir survivre, l'industrie laitière perpétue deux mythes.

 

Le premier, que l'on ne prend à la vache que le surplus de lait, lorsque le veau est rassasié.

Le deuxième, que le lait de vache est nécessaire pour la santé des humains.

 

Lait riche... pauvre vache

 

Pour fournir au marché non-végétalien le lait, le fromage, la crème et le beurre, on enlève le veau à sa mère à peine quelques jours après sa naissance, et parfois immédiatement. Souvent la vache pleure et cherche son veau pendant des jours (idem pour le veau). Mais après qu'on lui ait pris son petit, elle va devoir donner encore.

Si la vache fournit continuellement du lait, c'est parce qu'elle est soumise à une grossesse chaque année. La première a lieu à (plus ou moins) 2 ans, et chaque grossesse dure 9 mois. Après avoir donné naissance, elle sera traite durant 10 mois, mais dès le troisième mois elle sera de nouveau fécondée, le plus souvent par insémination artificielles (65 à 75 % des conceptions). C'est seulement 6 à 8 semaines après qu'elle n'ait plus de lait qu'elle devra de nouveau donner naissance. Donc, durant 6-7 mois chaque année, la vache traite est alors enceinte.

Véritable machine à lait, elle sera forcée à fournir jusqu'à 6000 litres par an, soit 5 fois plus qu'une vache dans les années 50. Traite 2 et parfois 3 fois par jour, ses mamelles pleines peuvent peser l'équivalent de 50 paquets de sucre, et dans les cas extrêmes il arrive qu'elles traînent sur le sol. Son estomac, conçu pour digérer de l'herbe, ne peut pas supporter les grandes quantités nécessaires pour un tel rendement, alors pour augmenter la production, on lui donne également des pastilles concentrées de protéines de céréales, importées ou non. Malgré cela, sa production risque de dépasser son appétit, et elle devra « prendre sur ses propres réserves », ce qui est souvent cause de maladies et de malnutrition On estime que 25 % des vaches sont traitées pour boiteries et maladies des pattes, causées par la mauvaise alimentation et souvent aggravées par l'environnement des fermes industrielles, où de grands troupeaux passent de longues périodes sur le béton, avec leurs pieds immergés dans les excréments. Avec 60-100 vaches (=troupeau « classique ») produisant chacune 40 litres d'excréments par jour, ils se crée un foyer d'infection et seule une grande quantité d'antibiotiques, drogues et suppléments nutritionnels permet d'éviter les maladies, fièvres, pneumonies, etc.

La vache laitière sera poussée jusqu'à sa limite. Quand, après des années de souffrance et d'exploitation, son rendement baissera, elle sera immédiatement envoyée à l'abattoir, et finira entre deux tranches de pain ou en boite.

 

Et que devient le veau ?

Certains veaux seront séparés de leur mère dès le premier jour de leur vie (dans la nature, le veau téterait pendant près d'un an, mais l'industrie laitière se fiche de cela), d'autres resteront quelques jours. Mais tous devront subir l'un des quelques sorts possibles :

- Les veaux les plus faibles seront abattus presque immédiatement : pour fournir de la viande pour animaux, et autres aliments ; ou pour extraire la présure utilisée pour fabriquer presque tous les fromages, et qui provient de l'estomac des jeunes veaux.

- Certaines femelles seront nourries de substituts de lait et subiront un développement forcé pour devenir à leur tour vaches laitières, et entreront à l'âge de 18-24 mois dans le cycle des grossesses continuelles.

- Certains seront destinés à produire de la viande de bœuf, envoyés dans des parcs à engraisser puis abattus après 11 mois, souvent sans avoir connu les pâturages. Beaucoup sont envoyés dès l'âge d'une ou deux semaines dans des unités d'engraissement intensif où ils seront gavés  principalement de céréales jusqu'à l'obésité et maintenus à l'étroit pour éviter la moindre perte de poids.

- Quelques-uns seront sélectionnés pour devenir des taureaux reproducteurs, et passeront leur vie confinés dans l'isolement, fécondant des vaches ou, plus probablement, des éprouvettes pour l'insémination artificielle. Les taureaux âgés sont souvent castrés avant d'être enfermés à engraisser pour le boucher.

- Les autres seront destinés à la viande de veau, passant leur misérable vie dans d'étroits boxes, sur des lamelles de bois, sans paille. Ils n'ont même pas la place pour se tourner ou se nettoyer. Ils sont exclusivement nourris d'un liquide à base de substitut de lait ; on leur crée volontairement des carences en fer et en fibres qui provoquent l'anémie, afin que leur chair ait la couleur blanche exigée par la mode ; pour chercher à satisfaire leur système digestif de ruminants, ils rongeront le bois de leurs boxes et mangeront leurs propres poils. On ne leur donne pas de paille car ils la mangeraient. On leur administre de grandes quantités d'hormones et d'antibiotiques pour accélérer leur croissance et prévenir les nombreuses maladies causées par le stress du confinement et la malnutrition, mais ils souffriront cependant de pneumonies, diarrhées, carence en vitamines, ulcères et abcès, teignes, septicémies. Après 14 semaines, les pattes à peine capables de les supporter, ils seront conduits à travers de longues et pénibles distances jusqu'à l'abattoir.

 

Nécessaire pour les humains ?

 

Si le lait apporte effectivement certains éléments nécessaires à la vie, tous ces éléments peuvent être trouvés dans les végétaux. L'humain est pratiquement le seul animal qui boive du lait après son sevrage. Il n'est pas très bien adapté à cette consommation, le lait restant peu digestible pour de nombreuses personnes.

Une étude de M. Tember et A. Tamm, ___Absorption de lactose et infarctus du myocarde___ (___British Medical Journal___, 9-1-88) a conclu que les gens qui boient 3 verres de lait par jour ont 4 fois plus de risques d'infarctus du myocarde (« crise cardiaque ») que ceux qui en boivent moins, indépendamment de l'hypertension, de l'excès de poids, du fait de fumer et des antécédents familiaux. Les acides gras saturés sont bien connus pour être néfastes (maladies du cœur, obésité, etc...) ; les produits laitiers constituent la moitié de l'apport en graisses saturées, l'autre moitié provenant principalement de la viande.

Les veaux et les vaches endurent toute cette souffrance pour produire pour les humains une nourriture qui ne leur est pas nécessaire. Si les bébés humains étaient nourris du lait de leur mère, les veaux pourrait l'être aussi ! Pour les enfants et les adultes qui le désirent, du « lait » végétal à base de soja est disponible.

 

___D'après The Vegan Society et P.E.T.A.___

 

 

22 La présure

 

Tous les fromages vendus couramment (à l'exception des fromages frais comme le yaourt et le fromage blanc) sont fabriqués à l'aide de présure ; cette matière est secrétée par le quatrième estomac des jeunes ruminants, appelé caillette, et contient une enzyme qui permet au lait de cailler.

En Europe, les coagulants les plus utilisés sont la présure de veau et les mélanges présure/pepsine bovine (autre enzyme sécrétée). La coagulation du lait est un stade essentiel de la fabrication du fromage. Pour l'obtenir, on découpe en minces lanières les caillettes qui sont mises à macérer pendant cinq jours dans de l'eau salée maintenue à 35°C, puis on filtre. On estime qu'il faut deux litres de coagulant pour produire une tonne de fromage.

Signalons pour les végétariens l'existence de présures végétales.

En Laponie et dans les villages des Alpes italiennes, on utilise les feuilles de la grassette vulgaire pour préparer le caillé. C'est une petite herbe vivace des tourbières et des régions montagneuses, assez commune en France.

Autre plante présurante très répandue en France, le gaillet vrai ou gaillet jaune, dit caille-lait jaune ; de plus grande taille, elle abonde dans les prés.

Aux Baléares, les paysans font bouillir le lait, et pendant qu'il est encore très chaud, ils le brassent au moyen d'une jeune branche de figuier fendue en croix. Presque instantanément, le lait se prend en une masse homogène, qui est mangée à la cuillère.

Aussi, peuvent être utilisées comme présure végétale la chardonnette (dont on trouve les fleurs en herboristerie ou dans quelques pharmacies), l'artichaut, l'ivraie enivrante, la luzerne, la garance..

Elles ont beaucoup de propriétés communes avec la présure animale, mais elles agissent à des températures plus élevées (entre 40 et 90°C).

 

___Sources : Présure Granday, Beaune, France & revue Ressources, n°1 d'avril 1982, Lait et laitages.___

 

22 Psychologie :

 

Lawrence Kohlberg, un psychologue à Harvard bien connu pour ses travaux sur le développement du sens moral, rapporte comment son fils, âgé de quatre ans, manifesta pour la première fois un engagement moral et refusa de manger de la viande, parce que, disait-il, « c'est mal de tuer les animaux ». Il fallut à Kohlberg six mois pour détourner son fils de cette manière de voir, qui, à son avis, était due à un défaut de distinction adéquate entre les cas où il est juste de tuer et les cas où cela est injuste, et qui montrait que son fils était encore dans un stade primitif du développement du sens moral.

 

___Animal Liberation___, Peter Singer.

 

 

22 La laine et les moutons

 

On se pose rarement de questions par rapport à l'élevage des moutons pour leur laine, on se dit qu'on leur rend service en les tondant de temps en temps, et on ne trouve pas non plus beaucoup d'informations sur ce sujet.

Actuellement, la plus grande partie de la laine est importée d'Australie où les moutons sont élevés à l'air libre mais de façon presque intensive. En moyenne, plus de 2000 moutons par éleveur, et des troupeaux de 8 à 10 000 ne sont pas rares (en Grande-Bretagne, ce nombre ne dépasse guère 500).

Les moutons ont beau évoluer sue de larges espaces, il y a tout de même surpopulation et impossibilité, de par leur nombre, de les surveiller, soigner, entretenir. Du coup, 20 % des agneaux meurent la première année.

Et puis, ils paissent dans les régions semi-arides de l'Australie centrale, où des pluies torrentielles succèdent à de longues périodes de sécheresse, avec de grandes variations de température. De nombreux fermiers entretiennent un troupeau trop important et lorsqu'une sécheresse advient, il n'y a pas suffisamment de nourriture ni d'eau, et ils sont donc laissés à eux-mêmes pour survivre ou mourir. D'où famine et longues agonies (même si c'était plus économique de tuer ceux qui agonisent, peu le feraient, car la pluie peut toujours tomber le lendemain et en sauver quelques-uns).

D'autre part, beaucoup d'opérations de « routine », comme la castration ou la coupe de la queue sont faites sans anesthésiques et sans soins particuliers.

Enfin, et toujours pour des raisons de profit et de facilité, les fermiers ont de plus en plus tendance à tondre au début de l'hiver, et beaucoup de moutons en meurent ; leur température normale est de 39° C, ce qui est un avantage lorsqu'il fait chaud, mais ce qui les rend très sensibles au froid. Les tondre en hiver signifie aussi qu'ils supportent leur épaisse toison tout l'été, car les variétés actuelles, contrairement aux moutons d'origine non encore domestiqués, ne muent pas.

Et lorsqu'ils cessent avec l'âge d'être productifs, les moutons sont transportés sur de longues distances vers les parcs de vente, où ils restent jusqu'à 2 jours sans nourriture ni eau, puis sont encore transbahutés jusqu'à l'abattoir.

Comme la production de lait ou d'œufs, la production de la laine est en l'état actuel des choses étroitement liée à celle de la viande. Cautionner l'une, c'est cautionner l'autre et c'est cautionner des souffrances et des morts machinales, de masse. Cela est valable non seulement pour les unités de production industrielles et/ou concentrationnaires, mais aussi pour toutes les exploitations artisanales, à « échelle humaine » qui, moins horribles dans le détail, n'en aboutissent pas moins au même résultat.

 

___Les informations sont tirées d'un article sur ce sujet paru dans___ Vegan Views, ___n°42, de printemps 88, lui-même condensé du livre___ Pulling the wool ____de C. Townend, éd. Hale & Inronmonger, Sydney.

 

 

23-28 Santé

 

La santé n'est pas notre motivation pour refuser de manger de la viande. Certes, si certains éléments nécessaires aux êtres humains ne se trouvaient que dans la viande, nous n'aurions peut-être pas choisi de ne pas en manger ; ou alors nous aurions cherché à utiliser la chimie pour créer ces éléments, comme cela se fait par exemple pour les chats. Mais pour l'homme il n'y en a pas besoin.

Beaucoup de gens mangent peu de viande. Non par conviction, mais parce qu'elle est chère, non rentable. Ils sont en bonne ou mauvaise santé, comme tout le monde, et s'ils n'en mangeaient pas du tout, personne n'y verrait de différence. Ne pas manger de viande n'a rien de dramatique. C'est seulement à partir du moment où on se dit « végétarien » que tout le monde saute en l'air et déclare : la viande est nécessaire à la santé.

Les autorités médicales – françaises en particulier – ont clamé depuis un demi-siècle cette « nécessité », prétextant la « moindre valeur » des protéines végétales par rapport aux protéines animales ; beaucoup de gens croient savoir, parce qu'on le leur a dit à l'école, que ces « deux types » de protéines seraient radicalement différents et que la viande apporterait un « je ne sais quoi » en plus irremplaçable. Le corps médical fait aujourd'hui lentement marche arrière :

 

BLOCKQUOTE

(...) D'où l'idée inexacte qui a longtemps prévalu que seules les protéines animales étaient à même d'apporter la totalité  des acides aminés essentiels.

(...) L'exclusion de la viande, du poisson et des volailles dans l'alimentation peut être considérée comme acceptable sur le plan nutritionnel sous réserve d'une alimentation variée et d'une information correcte en ce qui concerne la complémentarité des protéines. Aucun supplément vitaminique ou minéral n'apparaît  alors nécessaire. Ce type de végétarisme, que justifient diverses considérations éthiques et économiques, ne peut être combattu d'un point de vue médical, même s'il peut paraître plus sûr et plus simple de manger comme « tout le monde » (sic !).

J.L. Schlienger, C. Levy, ___Est-il dangereux d'être végétarien___, Journal Médical de Strasbourg, 1984, 15(7), pp. 490 et 493.

FIN BLOCKQUOTE

 

Je reviendrai sur cette idée de complémentarité nécessaire entre protéines végétales de différentes origines, qui ne concerne que les végétaliens et qui me semble être exagérée. Beaucoup de populations ont vécu pendant des millénaires et vivent encore bien avec une alimentation peu ou pas du tout carnée, parfois pour des raisons morales qui rejoignent les nôtres, sans avoir « une information correcte » sur ce sujet.

 

Les arrière-pensées ne sont pas forcément absentes de l'insistance sur la viande ; en disant que les protéines animales – chères, réservées en grande partie même jusqu'au milieu du XXième siècle aux riches des pays riches – sont les seules valables, on pose l'économie de ces pays en modèle, on dénigre le mode de vie des pays pauvres, et on va jusqu'à faire croire aux gens que ces pays seraient pauvres parce qu'ils ne mangent pas de viande, ce qui est une vraie escroquerie (certains se moquent des « superstitions religieuses » des Indiens avec leurs « vaches sacrées » et l'interdiction faite par le brahmanisme de manger de la viande).

Il y a actuellement un vif débat autour des chiffres publiés par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé, ONU) sur les besoins de chaque individu en protéines. Beaucoup considèrent que ces besoins ont été exagérés, dans un but politique. Ces besoins ont été révisés à la baisse. Pendant longtemps les experts ont clamé que la malnutrition était ___d'abord___ un manque de protéines, mais ce n'est plus aujourd'hui si évident pour tout le monde.

 

23 ENCADRÉ

Et il y en a qui mangent de la viande pour leur santé...

et il y en a d'autres qui n'en mangent pas, aussi pour leur santé.

Depuis que je suis végétarien, et surtout depuis que je suis végétalien, je m'attire les préjugés de viandistes dès que ma santé fléchit (ce qui est d'ailleurs rare). Par exemple telle carie dentaire sera selon eux imputable au végétalisme et non, comme il est probable, à un excès de sucre. Les mêmes affections ne soulevaient aucun problème quand j'ingurgitais, comme eux, de la viande...

Si un jour, par négligence de ma part, j'avais une carence de tel ou tel nutriment (ce qui peut évidemment arriver si je ne fais pas un minimum attention, comme tout le monde d'ailleurs) je doute qu'on essaie d'en comprendre les causes. Non, c'est bien le végétalisme qui sera pour eux responsable et on m'assènera « on t'avait bien prévenu ». Pour les viandistes il n'y a pas de meilleure justification à ce qu'ils font que les « échecs » de ceux qui refusent de participer au grand massacre.

Et moi qui ne tiens pas spécialement à faire outre mesure attention à ma santé, eh bien je me « force » à m'en inquiéter pour qu'ils n'aient pas ce plaisir. Et quelque part je les subis encore.

Martial

FIN ENCADRE

 

Certains pensent au contraire que la viande est un vrai poison, un peu moins fort seulement que l'arsenic ou la strychnine ; beaucoup de non-viandistes, surtout en France, le sont pour leur santé. Ce n'est pas du tout notre point de vue. Il nous semble, tout simplement, après avoir consulté la documentation à ce sujet, en majeure partie issue de médecins qui sont peut-être les plus conformistes et les plus viandistes du monde, à savoir les médecins français, que ne pas manger de viande ne pose aucun problème de santé pour un végétarien, et en pose sans doute quelques-uns pour un végétalien ; et aussi que ne pas manger de viande ___résout___ d'autres problèmes de santé, qui sont aussi importants sinon beaucoup plus que ceux que cela peut poser pour un végétalien. Toutes les statistiques que nous avons vues suggèrent que les non viandistes sont en meilleure santé, vivent plus longtemps, que les viandistes. On peut discuter de ces statistiques, mais il est difficile d'affirmer que ne pas manger de viande est un suicide !

Qu'on soit ou non viandiste, on peut se nourrir très mal. Mais quand un non-viandiste a un problème de santé, tout le monde se rue pour accuser son régime ; alors qu'ils sont beaucoup moins prompts à parler de celui de quelqu'un qui mange « comme tout le monde » quand il prend une attaque cérébrale ou un infarctus, maladies pourtant bien reconnues comme étant probablement en grande partie dues à la consommation de graisses animales.

L'alimentation végétarienne, et surtout végétalienne, a la réputation d'être compliquée. Or l'alimentation végétarienne n'oblige à aucune attention alimentaire spéciale. Un végétarien n'a ni plus ni moins besoin que quiconque d'avoir des idées de diététique ; il prend alors les mêmes risques qu'un  viandiste. Je donne des conseils au sujet des protéines pour les végétaliens, par prudence, ce sont ceux que l'on trouve dans la littérature médicale. Un autre problème  pour les végétaliens est celui de la vitamine B12 ; il y a des solutions. Et précisons que même si c'était compliqué de ne pas manger de viande, ça ne changerait pour nous en rien le problème moral posé. Ne pas avoir un comportement barbare demande parfois des efforts.

 

GRAS___« Quand je ne mange pas de viande je me sens tout mou. »___FIN GRAS

 

Je commence cet article « Santé » par là, parce que je pense que tous les arguments diététiques plus ou moins bien informés que nous lancent les viandistes ne sont en fait qu'un écran de fumée ; derrière il y a ___l'envie___ de manger de la viande, n'importe quelle viande, de manger de l'animal tué. De se sentir quelque part un tigre, même si on est traité « comme un chien » par les autres humains.

« Quel punch le bœuf ! » C’est de la pub pour vendre du bœuf mort[[[Qui est en général de la vache.]]]. Et le bœuf vivant, qui a tant de punch, il mange quoi ? Du bœuf ? Non, de l'herbe[[[Et du lait, ou un substitut, pour les jeunes. Mais, « Quel punch le lait de vache », ça passe mal.]]].

Il y a une religion de la viande comme pour le vin-rouge-qui-forme-le-sang. Beaucoup d'hommes ont peur de perdre leur virilité (de devenir des femmes ?) s'ils ne mangent pas de viande.

Peut-être que la viande contient effectivement des substances excitantes. La littérature médicale reste floue quant à savoir si cette excitation vient plus du sentiment d'avoir fait un bon repas traditionnel avec entrées-légumes-viande-dessert ou de substances réelles. Je pense plutôt que le sentiment de satisfaction qu'éprouvent les viandistes après leur forfait vient tout simplement de l'impression d'avoir prouvé une fois de plus dans le sang leur « supériorité » sur le bœuf (ou le lapin), sacrifié pour eux, de se sentir intégré dans une communauté humaine fondée en grande partie sur cette idée de supériorité, sur l'idée d'un « droit » divin ou « scientifiquement justifié » de massacrer et de torturer les autres animaux.

S'il y a une substance irremplaçable dans la viande, c'est bien ce goût de meurtre. Au niveau chimique, par contre, on ne trouve pas grand chose. Les plus informés des viandistes en citent une : la vitamine B12. Manque de chance, la B12 est d'origine ___végétale___, elle est fabriquée par des microorganismes (champignons ou bactéries). Les plantes vertes n'en ont pas (ou très peu, et aléatoirement, à cause des microorganismes qui y prolifèrent), et si on en trouve dans la viande de vache, par exemple, c'est à cause de l'activité des microorganismes dans son intestin qui transforment l'herbe qu'elle mange. J'y reviendrai. Mais à part la B12, il n'y a rien, il n'y a aucune parmi les soixante ou plus de substances chimiques nécessaires à la vie humaine que l'on ne trouve en quantité suffisante dans les végétaux comme dans les animaux.

 

Ne pas manger de viande évoque souvent une nourriture fade, réduite aux seuls « légumes » cuits à l'eau, aux salades de carotte (cf. ___Astérix chez les Arvenes___). Les végétaux sont dans les restaurants classés en « garniture », la vraie nourriture, pour laquelle on paye, étant la viande. Il y a là une intention psychologique de déconsidérer les végétaux qui ne me semble pas avoir de base objective. La viande elle-même me paraît, à y réfléchir, plutôt fade. Les épices, ce sont des végétaux. La viande crue est vaguement douceâtre. Ce n'est pas pour rien qu'on la fait cuire – ce qui donne un « goût de cuit », comme quand on fait frire des oignons, et qu'on y ajoute de la moutarde (100 % végétale !). Comparé à la viande, le petit ensemble des végétaux que l'on peut déjà se procurer facilement en France fournit une énorme diversité de goûts, des plus subtils aux plus forts.

Loin d'être fade, la biochimie végétale est peut-être même trop « piquante ». Ce n'est pas pour rien que c'est auprès des plantes et non des animaux que l'industrie pharmaceutique s'inspire pour inventer (ou pour extraire) de nouveaux médicaments. La médecine par les plantes, c'est efficace, ça peut même être dangereux. Ce n'est pas dans les animaux qu'on trouve des excitants comme la caféine ou la nicotine. Mais j'arrête, je ne veux pas faire peur.

 

GRAS___Les protéines___FIN GRAS

 

La question des protéines est le grand reproche que l'on fait toujours aux régimes non viandistes. Il s'agit d'une question à la fois de quantité et de qualité.

 

1. La quantité

Il y a des protéines dans tous les êtres vivants, c'est un élément de base de la vie. Dans les animaux, les protéines servent en plus au maintien des parois des cellules, alors que dans les végétaux, ce rôle est tenu par la cellulose, fibre non protéique. Il y a donc souvent moins de protéines dans un kilogramme de végétal que dans un kilogramme de viande. Dans la viande, il y a toujours entre 10 et 25 % de protéines, alors que dans les végétaux, ce taux va de 1 % (laitue) à 35 % dans les graines de soja sèches. Il y en a jusqu'à 50 % dans la levure. On en trouve peu dans les feuilles, beaucoup dans les graines. Comme les graines en cuisant prennent de l'eau, un même volume de nourriture végétale contiendra moins de protéines que la viande ; il faudra donc manger plus en volume (pas en prix ni forcément en calories).

La question de la quantité de protéines nécessaires est, je l'ai dit, controversée. Les chiffres donnés pour un adulte vont de 0,5 à 1 gramme de protéines par kilo de poids corporel et par jour ; pour un adulte de 70 kg, on peut prendre une valeur intermédiaire de 50 g de protéines qu'il serait bon de manger chaque jour. Notons que les Français en avalent en moyenne autour de 100 g par jour, donc largement plus que leurs besoins. Il est probable que cet excès est néfaste à plusieurs titres ; voir par exemple le chapitre ci-dessous sur le calcium.

Il est aussi possible qu'un végétarien, et encore plus un végétalien, aient moins besoin de protéines que les viandistes. En effet, un régime sans viande sera en général plus riche en glucides (sucres), qui seront en plus à assimilation lente, et en fibres, qui ralentissent aussi l'assimilation. Or il y a une relation entre les protéines et les glucides : le corps peut consommer ses propres protéines pour fabriquer des glucides, et toute baisse du sucre dans le sang (hypoglycémie, c'est le « coup de barre » de 4 heures) amène le corps à tirer sur ses propres protéines, à les gaspiller. Sauter le petit-déjeuner, ou ne prendre qu'un café, fait courir plus de risques de carence en protéines par hypoglycémie, qu'être végétalien. Les sucres lents et les fibres, riches dans un régime végétalien, diminuent le gaspillage des protéines. Les personnes en état de malnutrition manquent souvent de protéines ___parce qu'elles manquent de glucides___.

 

2. La qualité.

Les protéines que l'on mange ne sont pratiquement jamais absorbées telles qu'elles, mais sont décomposées lors de la digestion en acides aminés (aa). Le corps s'en sert alors pour fabriquer ses propres protéines. Il faut une vingtaine d'aa différents pour fabriquer les protéines humaines ; pour chaque molécule de protéine, le corps a besoin d'un nombre déterminé de molécules de chaque aa, qui, à ce niveau, ne peuvent pas se remplacer les unes les autres.

La conclusion serait alors que, dans l'idéal, les protéines mangées devraient contenir chaque aa dans la proportion exacte où il sera utilisé. Sinon, pour avoir assez de chaque aa, il faudrait consommer plus de protéines au total, ce qui créerait un déchet. En fait, outre que le corps a une certaine souplesse dans ses besoins, il est capable dans une large mesure de transformer les aa les uns en les autres. Il y en a seulement 8 qu'il n'est pas capable de fabriquer à partir des autres (ou 10 lors de la croissance). Ce sont les aa dits « essentiels ». Pour qu’une protéine soit aussi bonne que possible, il faut donc qu'elle fournisse chacun de ces 8 aa essentiels dans un pourcentage au moins égal au pourcentage d'utilisation. Si elle fournit plus que nécessaire d'un aa essentiel, celui-ci sera simplement converti en un autre aa non essentiel. C'est un peu comme si pour fabriquer un meuble, il fallait pour certains trous des vis bien précises, différentes selon le trou, et pour d'autres trous, on pouvait prendre n'importe quelle vis. Si on a beaucoup de vis, mais qu'il manque un seul type irremplaçable, on ne pourra pas faire de meubles. Mais si on a beaucoup de vis essentielles, on en utilisera certaines dans des trous où on peut mettre n'importe quelle vis. Le problème est un peu compliqué parce qu'il peut y avoir beaucoup de cas de figure différents, mais tous se ramènent à ce même schéma simple.

Le reproche que l'on fait aux protéines végétales, c'est de contenir moins d'aa essentiels que celles de la viande, du lait et des œufs. C'est globalement vrai, mais cela n'a aucune importance tant que le pourcentage de ces aa essentiels reste supérieur aux besoins.

Encore faudrait-il bien pouvoir définir les besoins. Ils varient avec l'âge et la condition physique. Ils sont difficiles à mesurer. On les connaît assez bien pour un grand nombre d'animaux d'élevage ou de laboratoire, parce qu'on a peu de scrupules à les maltraiter. Pour l'homme, les seules données chiffrées que j'ai trouvées sont de l'OMS, de 1973, qui donne, au moins pour l'adulte, des pourcentages de besoin largement en dessous de ce qui est considéré habituellement comme idéal dans la littérature médicale. Dans celle-ci, on prend en général les protéines de l'œuf entier comme référence.

 

aa essentiel[1]

% de cet aa pour 100 g de protéines de l'œuf entier[2]

% de cet aa pour 100 g de protéines utilisées dans le corps d'après l'OMS[3]

Ile

Leu

Lys

soufrés

aromatiques

Thr

Trp

Val

6,5

8,35

7,05

5,65

9,8

5,15

1,5

7,1

1,8

2,5

2,2

2,4

2,5

1,3

0,65

1,8

 

Ainsi, un adulte qui a besoin de 50 g de protéines par jour a besoin de 1,8 % × 50 g, soit 0,9 g, d'isoleucine (Ile) par jour ; s'il trouve ses 50 g de protéines dans l'œuf (8 œufs), il absorbera 6,5 %× 50 g = 3,25 g d'Ile, dont 0,9 g seront utilisés tels quels, et le reste transformé en aa non essentiels, dont il a besoin aussi. S'il consommait des protéines ne contenant que 1 % d'Ile, pour obtenir ses 0,9 g d'Ile, il lui faudrait ingérer plus de protéines, à savoir 90 g. Mais tant que les protéines qu'il consomme ont autant ou plus que le pourcentage indiqué, dans la dernière colonne, de chaque aa essentiel, il lui suffira d'en consommer 50 g par jour pour couvrir ses besoins.

 

 

25 TABLEAU DU BAS

 

Tableau des teneurs (% des protéines totales) en trois acides aminés essentiels pour quelques substances considérées comme alimentaires

 

aa ess.

Besoins (OMS)

céréales

 

légumineuses

 

 

 

 

 

Viande (bœuf)

 

 

Blé

Riz

Haricot

Lentille

Soja

Noix

Levure

Lait

 

lysine

2,2

2,8

3,9

7,35

7,0

6,45

__1,55

6,95

7,75

8,65

soufrés

2,4

3,7

3,25

__1,6

__1,85

2,85

?

2,8

3,35

3,8

Trp

0,65

1,1

1,25

1,0

0,95

1,25

1,0

1,55

1,45

1,1

 

Les chiffres sont en ___italiques___ quand le % est inférieur à 1,5 fois le besoin, en ___gras___ s'il est inférieur au besoin.

-----------------------------------------------------

 

Or c'est en les comparant aux protéines de l'œuf, et non aux besoins, que l'on incrimine les protéines végétales comme étant « déficitaires » en certains aa essentiels ! La référence à l'œuf vient peut-être de ce que les besoins sont bien connus surtout pour les animaux, dans une optique d'élevage, de croissance forte, de rendement maximum en kilos de viande, et non dans une optique de maintien de la santé d'un humain adulte. Or plus la croissance est rapide, plus les proportions d'acides aminés dont on a besoin se rapprochent des proportions qu'on trouve dans la viande et autres produits animaux, puisque la croissance – d'un enfant ou d'un veau – consiste justement à fabriquer de la « viande » (cela n'empêche pas qu'un enfant puisse être végétalien, si on ne cherche pas à forcer sa croissance – j'en reparle plus loin).

La question du déficit en aa essentiels des protéines végétales concerne en fait seulement trois aa : la lysine (Lys), le groupe des deux aa soufrés, et, à un degré moindre, le tryptophane (Trp). La lysine est très abondante dans la plupart des végétaux, du moins si on compare son pourcentage au besoin cité par l'OMS (2,2 %), sauf dans les céréales[[[Céréales : blé, seigle, riz, maïs, etc.]]], où son pourcentage est seulement ___un peu au-dessus___ de ce chiffre (voir tableau hors texte).

Le pourcentage d'aa soufrés est toujours un peu ou beaucoup au-dessus du chiffre OMS (2,4 %), sauf dans certaines légumineuses[[[Légumineuses : haricots, pois, lentilles, soja, arachide, etc.]]] (pas dans le soja). Le tryptophane pose, lui, peu de problèmes (% OMS : 0,65).

Les autres aa essentiels pour l'adulte ne posent pratiquement jamais de problèmes (au moins deux fois le % OMS).

Comme en pratique les deux déficits à considérer sont ceux en lysine et en aa soufrés, et comme les légumineuses, souvent déficitaires en aa soufrés sont très riche en lysine et que les céréales, parfois déficitaires en lysine sont assez riches en aa soufrés, il suffit de mélanger les deux pour obtenir des protéines déficitaires ni en l'un ni en l'autre. C'est la notion de complémentarité des protéines végétales.

Notons que si vous tenez absolument à ne manger que des légumineuses, sans pain, cela n'aura rien de dramatique : leurs protéines auront un peu moins de valeur, il faudra en manger plus, c'est tout. Ca tendra néanmoins à augmenter votre excrétion urinaire d'azote, ce qui n'est pas un bien, sans être une catastrophe.

Le riz est, parmi les céréales, relativement riche en lysine. On ne s'étonnera donc pas qu'il puisse servir de source principale de protéines dans de vastes régions.

Il en va de même pour le soja, assez riche en aa soufrés. Il existe une énorme quantité de préparations diverses à base de soja, originaires d'Asie du sud-est, et que l'on peut faire l'effort de goûter.

 

En fait, il semble que ce n'est qu'en période de croissance que se pose vraiment le problème de la qualité en aa essentiels des protéines, pour la lysine spécialement. Pour apporter tous les aa essentiels à partir de végétaux, sans lait, il faudra un excès global de protéines. Un végétalien enfant a intérêt à préférer les légumineuses et la levure aux céréales comme sources de protéines. La Vegan Society britannique pense qu'un enfant peut être végétalien sans problèmes, et je ne suis pas sûr qu'ils aient tort ; mais cela demande peut-être un certain soin.

 

Notons enfin que, ___si on le voulait___, on pourrait facilement trouver une encore plus grande variété de très bonnes sources de protéines végétales. De nombreuses plantes pourraient servir, pour peu que l'on cherche de bonnes façons de les préparer. Le jus de feuilles, moyennant extraction, concentration et mise en forme, donne des protéines souvent très riches en tous les aa essentiels. Mais l'humanité a préféré chercher des procédés compliqués pour la préparation des charcuteries... Les Asiatiques donnent néanmoins un bon exemple, avec le grand nombre de préparations à base de soja (tofu, sorte de fromage frais de soja, que l'on peut manger assaisonné ; lait de soja, qui n'a pas le goût qu'on attend du lait si on le boit pur, mais qui le remplace remarquablement dans les préparations à base de lait, y compris pour faire des yaourts – on en trouve, assez chers, dans les grandes surfaces Leclerc, Genty, etc. ; beaucoup de gens les trouvent meilleurs ; sauce de soja, dont le goût ressemble au viandox ; tempé ; et d'autres préparations fermentées au goût fort). On trouve facilement beaucoup de produits asiatiques dans les magasins asiatiques.

On pourrait ___aussi___, pour un végétalien enfant, commercialiser des aa essentiels de synthèse. Je le dis parce que tout le monde dit « je ne veux pas de bouffe synthétique », alors qu'une part non négligeable de la méthionine (un aa essentiel soufré) qui compose le Français moyen est d'ores et déjà de synthèse : les poulets sont couramment élevés avec un complément de méthionine fabriqué de toutes pièces par l'industrie chimique à partir sans doute de pétrole, d'acide sulfurique et d'ammoniac, parce que cela revient moins cher et force leur croissance. Le passage par le corps du poulet rend-il cette méthionine « naturelle » ?

 

GRAS___Les graisses___FIN GRAS

 

On peut vraiment se demander si l'avantage d'éliminer les graisses animales n'est pas plus important que les problèmes de protéines dont on nous parle si souvent. La discrétion relative du corps médical sur les ravages des graisses animales met en relief sa malhonnêteté pro-viandistes ; ils disent bien « mangez moins de viandes grasses », mais personne ne les écoute, et l'artériosclérose continue à ravager la population, et les médecins continuent à se demander s'il « n'est pas dangereux d'être végétarien ».

Les végétariens proprement dits – qui mangent du lait et des œufs – ne sont d'ailleurs guère mieux logés que les viandistes en ce qui concerne les graisses. Le problème vient de ce que les acides gras – qui composent les graisses un peu comme les acides aminés les protéines – se divisent grosso modo en deux types : les acides gras (ag) saturés et les ag insaturés. On pense depuis un moment déjà que les ag saturés sont en grande partie responsables des dépôts sur les parois des artères, qui finissent par se boucher par un caillot, ce qui donne entre autres une attaque cérébrale ou un infarctus, ou par se rétrécir (gâtisme, insuffisances cardiaques). Les graisses de mammifère, donc la plus grande partie des graisses animales consommées, sont très riches en ag saturés, et c'est le contraire pour la plupart des graisses végétales et pour l'huile de poisson. Le beurre, lui, est très mauvais de ce point de vue. Les ag insaturés, au contraire, protègent contre l'artériosclérose.

 

Les ag insaturés, par contre, ont le désavantage d'augmenter le besoin en vitamine E, qui les protège dans le corps contre l'oxydation. C'est important, si on devient vieux c'est peut-être en partie dû aux ravages de l'oxygène, qui est toxique, et contre lequel l'organisme se protège par une batterie de substances, dont les vitamines E et C. Notons que les viandistes qui consomment des graisses animales vieilles, douteuses (charcuteries, viandes déstockées) ont aussi des besoins accrus en vitamine E. Les huiles végétales sont riches en vitamine E, certaines plus que d’autres – on préférera l’huile de soja – mais la vitamine E est en partie perdue lors du raffinage, et il vaudra mieux consommer des huiles non raffinées qu’on trouve en magasin bio, même si c’est nettement plus cher (l’huile représente rarement une grande partie du budget).

 

GRAS___La vitamine B12___FIN GRAS

 

C’est la seule substance qui puisse totalement manquer à un végétalien. Un végétarien n’en manquera pas, puisqu’il y en a beaucoup dans le lait. On en a besoin de très peu (1 ou 2 µg par jour), et une carence n’apparaît qu’au bout de quelques années. Mais elle peut être grave et irréversible (dégénérescence nerveuse). Cette vitamine a été découverte suite à des problèmes chez certains végétaliens ; pas chez tous, puisqu’il semble qu’elle puisse être synthétisée dans notre intestin par des bactéries. Mais l’absorption est aléatoire, et il vaut mieux ne pas prendre de risque.

Il y a des préparations végétales fermentées qui contiennent de la B12, par exemple le ___tempé___, à base de soja.

Une autre solution est de prendre un supplément en B12. On en trouve en pharmacie pour trois fois rien (p. exemple vit. B12 Labaz ; on n’a pas besoin d’en prendre autant que dit la notice, un centième de cachet par jour suffit !), mais rien ne garantit qu’elle ne soit pas extraite de foie (le laboratoire Labaz n’a pas daigné nous répondre), ce qui revient au même que de manger du foie.

Une troisième solution est l’algue spiruline, que l’on peut obtenir en magasins diététiques, ou à défaut, à l’adresse que nous indiquons en fin de cette brochure (environ 0,5 g par jour suffisent).

 

GRAS___Les autres vitamines.___FIN GRAS

 

La viande est très pauvre en vitamine A, sauf le foie. Comme la graisse du lait et beaucoup de légumes verts et de fruits sont riches en vitamine A[[[Dans les végétaux, ce n’est pas vraiment de la vitamine A, mais de la provitamine A (carotène), que les vaches et nous sommes capables de transformer en vitamine A, mais pas les chats par exemple.]]], le non-viandiste sera certainement mieux loti que ceux des viandistes qui ne mangent pas de foie. La vitamine A est très importante pour la préservation des cellules, et son action préventive contre au moins certains cancers est largement reconnue aujourd’hui.

La viande est assez riche en vitamine B ; le non-viandiste les trouvera (sauf la B12, pour les végétaliens) dans les céréales, de préférence complètes, et/ou la levure.

Le non-viandiste, le végétalien en particulier, aura facilement plus de vitamine C que le viandiste. La vitamine C, en plus d’être tonique, protège la digestion par ses propriétés antioxydantes contre certaines dégradations dangereuses.

Je parle de la vitamine D dans le chapitre « Calcium », et de la vitamine E dans le chapitre « Graisses ».

 

GRAS___Les fibres___FIN GRAS

 

On pense que la grande fréquence de cancers intestinaux dans les pays occidentaux est due au manque de fibres du régime viandiste. Lors de la digestion se produisent de petites quantités de substances cancérigènes, et un régime végétalien, riche en fibres, dilue ces substances. Les fibres augmentent le transit intestinal et protègent donc contre la constipation. Elles améliorent la flore intestinale. Je manque d’informations sur ce problème important, et c’est, avec la protection contre les problèmes artériels le deuxième avantage « santé humaine » du régime végétalien.

Les fibres ont aussi un inconvénient : elles diminuent l’absorption intestinale, ce qui oblige à manger plus. Comme la nourriture végétale est en général moins chère que la viande (voir le texte Le coût des aliments), ça ne sera pas très grave.

 

GRAS___Le calcium___FIN GRAS

 

Le calcium est important parce que non seulement il est nécessaire pour la formation et le maintien des os, mais aussi pour l’équilibre nerveux.

Les seuls aliments vraiment riches en calcium sont les produits laitiers. Non seulement les viandes en contiennent peu, mais en plus elles en augmentent les besoins parce qu’elles sont riches en phosphore. Le phosphore est nécessaire, mais en pratique on en a toujours trop. Cela augmente la perte de calcium dans les urines.

Il est souvent admis qu’un excès de protéines diminue l’absorption du calcium ; le régime viandiste est peut-être ainsi doublement néfaste sur le sujet du calcium, par l’excès de phosphore et par l’excès de protéines qu’il engendre souvent.

Les végétaux sont parfois d’assez bonnes sources de calcium. Tout le calcium d’une vache vient de là. Cependant, beaucoup contiennent des quantités non négligeables d’acide oxalique, qui en diminue l’absorption (rhubarbe, épinards, oseille, pommes de terre). Il est bon de manger pas mal de légumes frais (feuilles) variés.

Il vaut mieux ne pas abuser de la levure, à cause de sa richesse en phosphore.

L’utilisation du calcium dépend de la vitamine D. On n’en trouve en quantité que dans l’huile de foie de poisson, mais on en fabrique aussi nous-mêmes, sur notre peau, sous l’action du soleil. S’exposer donc modérément au soleil (sans se laver tout de suite après). La vitamine D se stocke dans le corps, ce qui permet de passer l’hiver.

 

GRAS___L’iode.___GRAS

 

Un manque grave d’iode se traduit par un goitre, hypertrophie de la thyroïde (dans le cou). Un manque moins grave peut donner une absence de tonus (frilosité, etc.).

Les végétaux contiennent peu d’iode, sauf s’ils poussent près de la mer. La viande, sauf la chair des poissons de mer, en contient peu. L’emploi du sel iodé (la plupart du sel vendu) règle probablement le problème. Sinon on peut se rabattre sur les algues de mer. Il n’en faut sans doute pas beaucoup.

 

GRAS___Les produits nocifs végétaux.___FIN GRAS

 

Les végétaux sont très variés chimiquement et beaucoup sont toxiques. Il faut éviter de manger sans savoir. Même ceux que l'on consomme traditionnellement peuvent être toxiques, surtout s'ils ne sont pas bien préparés. La plupart des légumineuses sont toxiques crues, parfois dangereusement. La moutarde, etc. sont néfastes à haute dose. Se méfier des moisissures, qui sont souvent cancérigènes ; par exemple certaines qui se développent sur les arachides mal entreposées (aflatoxines, cancers du foie en Afrique). Le chou, là où on en mange beaucoup, induit des déficits d'iode.

Tout ça n'est pas grave. On a seulement intérêt à manger varié.

 

Les végétaux contiennent souvent des substances qui diminuent l'absorption ou l'utilisation de certains nutriments. J'ai mentionné l'acide oxalique (chapitre « Calcium ») ; il y a aussi l'acide phytique, présent dans les plantes avec les fibres, et qui amène certains pontes à déconseiller le pain complet, qui en a plus que le pain blanc. L'acide phytique diminue l'absorption du calcium, du fer, etc. Mais : « Chez le consommateur habitué à une alimentation végétale riche en acide phytique, il apparaît progressivement une activité phytasique dans la flore digestive, ce qui permet une utilisation satisfaisante du calcium alimentaire malgré l'ingestion d'acide phytique »[[[___La Science Alimentaire de A à Z.___]]].

Les tanins (thé, cacao, et dans une moindre mesure certains fruits et légumes verts) diminuent l'absorption des protéines et des vitamines B12 et B1. Le soja mal cuit contient une substance qui diminue l'absorption des protéines.

 

GRAS___Les pesticides.___FIN GRAS

 

On ingère des pesticides quand on mange des végétaux, sauf s’ils sont bios, mais les animaux d’élevage aussi, et les éleveurs ne leur donnent pas de la bouffe bio. On connaît le phénomène de concentration dans les chaînes alimentaires, et il y a à parier, bien que je n’aie pas vu de chiffres, que la viande et le lait sont nettement plus riches en résidus de pesticides divers que les végétaux qu’on peut manger à la place. De plus, comme le passage par le corps d’un animal est un gaspillage de ressources (il faut plusieurs grammes de protéines végétales pour obtenir un gramme de protéine de viande), le viandisme impose à l’agriculture de hauts rendements ; d’où nécessité accrue d’utilisation de pesticides (en passant, peu de gens se sont demandés s’il était souhaitable d’imposer la mort et la souffrance à des insectes – l’idée qu’ils puissent souffrir quand on les empoisonne ne passe même pas par la tête).

 

Un tableau pour résumer.

Dans ce tableau, j’indique les avantages (« + ») et les désavantages (« - ») qui me semblent ressortir de ce que j’ai dit plus haut pour chacun des types de régime pour la santé, pour divers types de besoins. « 0 » signifie ni avantage ni inconvénient. Il me semble avoir été objectif. Il y a d’autres éléments qu’il faudrait discuter, mais je n’ai pas d’information sur tout.

 

 

Viandiste

Végétarien

Végétalien

Protéines

0

0

0 ou -[4]

Graisses

-[5]

0[6]

+

B12

+

+

-[7]

Fibres

-

0[8]

+

Calcium

-

+[9]

0 ou -[10]

Iode

+[11]

0[12]

0[13]

Pesticides

-

0[14]

+

 

David

 

 29-31 Les chats, les chiens, et la viande

 

Je ne mange pas de viande pour ne pas tuer d’animaux, j’insupporte que d’autres en mangent, que des humains en mangent, que d’autres animaux en mangent, que presque tous les chiens et les chats en mangent.

 

Les chiens et les chats font partie des animaux familiers, de ces animaux auxquels les humains donnent à manger, et donnent à manger des choses différentes de ce qu’ils mangeraient dans la nature.

 

Les chats mangent dans la natures des oiseaux, des souris et d’autres petites animaux, et les mangent crus et entiers : plumes ou poils, chair, os, contenu de l’estomac (végétal entre autre, et non négligeable étant donné que ces petits animaux mangent au moins une fois leur poids par jour).

 

Les humains leur donnent à manger le plus souvent des boîtes de conserve (on ne va pas quand même passer trop de temps pour leur nourriture !), cuites ; soit tout viande, soit repas complet : viande, produits animaux, farines, et protéines végétales (évidemment sans mentionner que c’est du soja – alors que ça en est souvent étant donné son bon rapport qualité-prix – pour ne pas faire peur, pour ne pas faire aliment pour bétail). Certains ne leur donnent au contraire que de la viande crue de boucherie, steak haché, foie ou poumons, chair pure…, ce qu’ils pensent meilleur pour eux.

 

Le chat ne doit pas, ne peut faire de rapport entre le goût de la souris et le goût de la boite, ni entre celui du beef haché et de la souris. Je parlerai de l’aspect nutritif ensuite.

 

Le seul point commun entre la boîte minou, le cadavre de souris et le beef haché est que tous trois sont de la chair d’animal, et ça un chat ne le sait pas ; l’humain, qui lui a normalement en général une certaine aptitude à réfléchir et à avoir un certain recul, le sait, et c’est vrai. Mais l’humain sait aussi qu’il n’y a pas les mêmes composants chimiques dans les animaux et dans les végétaux, et même certains savent que les protéines végétales sont différentes des protéines animales, alors que c’est faux. Il y a simplement quelques substances qui ne se trouvent que dans les produits animaux et aussi quelques substances qui ne se trouvent que dans les végétaux. Toutes les substances que l’on peut trouver à la fois dans les produits animaux et dans les végétaux sont les mêmes, une molécule est une molécule, il n’y a pas pour chaque sorte de molécule une avec  « âme » et l’autre sans « âme » (une animale, une végétale et aussi une minérale ?), à moins que ce soit là l’énigme de la vie…

 

Il s’agit de toutes façon ici d’animal sans vie, d’animal mort, de cadavres (la mastication et la digestion « tuant » de toute façon les « aliments »).

 

Tout se passe comme si on ne pouvait pas analyser chimiquement cette matière qu’est la viande, et comme si on ne pouvait en comparer la composition avec celle des végétaux, il y a là assez souvent un espèce de tabou de l’ordre du religieux ; ni chercher de quelles substances chimiques l’organisme du chat ou de l’humain a besoin (ce qui n’est certes pas très facile et qui demande aussi des expériences qui peuvent être dangereuses pour les expérimentés…).

 

Les chats font beaucoup plus de rapport entre les élastiques (avec qui ils « jouent » pendant des heures, qu’ils mordillent, qu’ils lancent en l’air, qu’ils font semblant d’ignorer pour mieux jouer, qu’ils repèrent très facilement à l’odeur…) et les souris (avec qui ils "jouent" aussi pendant des heures, qu’ils mordillent, …), qu’entre les boîtes et les souris.

 

Dès que l’on touche à la bouffe (aussi et peut-être surtout à celle des humains), et dès que l’on touche à tout ce qui est naturel (c’est encore pire pour les animaux sauvages), tout le monde saute en l’air. Toucher à la viande dans l’alimentation des animaux carnassier, dits carnassiers avec tout ce que ça implique de noblesse pour beaucoup de gens (le lion n’est pas par hasard le roi des animaux…), c’est donc encore pire ; s’efface tout de suite toute notion de souffrance et de mort devant ce devant quoi tout le monde ou presque s’incline : la nature (pourtant tout le monde ou presque aussi cherche à éviter la souffrance et la mort, les siennes, celles des gens qui lui sont proches …).

 

Comme sont « définis » les animaux carnassiers on a très facilement l’impression que les végétaux leurs sont toxiques.

 

C’est bien là cette énorme croyance dans l’effet de la viande, cette « effet bœuf » slogan d’une publicité bien connue, la vitalité, la force et l’endurance… (du bœuf ?). Il s’agit de trouver un rapprochement entre toutes ces qualités dites du bœuf (animal vivant) et la chair de son cadavre (matière au contraire flasque et par définition inanimée) ; et aussi avec le fait d’en manger, de s’en mettre dans l’estomac après l’avoir broyée avec ses dents, de la digérer par divers procédés chimiques.

 

L’exemple de la boîte pour chat à la souris (voir encadré) illustre bien ce que je dis sur les motivations des gens, combien leurs arguments se référant à la nature sonnent faux, sans qu’ils ne veuillent pour autant en démordre. Le goût du chat n’a pas l’air non plus d’aller dans le sens de l’humain.

 

Donner de la boîte à un chat, c’est aussi lui enlever le « plaisir » du jeu, c’est aussi donc l’éloigner de ce qui est naturel pour lui, et ça c’est encore un exemple où le plus souvent les gens se foutent de ce naturel là, mais plutôt de l’argument que c’est plus simple, plus simple pour eux évidemment.

 

Donner de la boîte à un chat, c’est aussi lui enlever le « plaisir » du jeu cruel entre lui et la souris, entre un animal qui a faim (ou non d’ailleurs) et un autre animal passant par là, voué à la souffrance et à la mort, réduit à de la nourriture après une longue agonie (à laquelle d’ailleurs le chat semble rester complètement insensible). Donner de la boîte à un chat c’est aussi heureux pour la souris et pour moi, ce qui lui évite de souffrir atrocement, ce qui n’évite pas de mort par contre (vu que le bœuf de la boîte est aussi un animal tué), qui n’évite pas non plus toute souffrance (vu que le bœuf souffre aussi beaucoup pendant son élevage). Le bœuf n’a pas plus envie de mourir que la souris.

 

Je viens de calculer rapidement combien dans sa vie un chat tue d’oiseaux et de souris, en comptant deux de chaque (ce qui me semble sous-estimé) par jour pendant dix ans (les chats dans la nature vivent moins vieux), ça représente  plus de dix mille animaux. Je suis assez suffoquée. Et encore plus de penser qu’en fait, dans la tête de presque tout le monde, ça ne dira rien d’autre que : c’est toujours ça de moins pour ce qui est des souris ; et : il faut bien conserver l’équilibre écologique pour ce qui est des oiseaux.

 

M’embête de « faire » jouer au petit chat avec une ficelle, de l’entraîner à attraper les souris, à être vif et adroit dans cette activité (j’aime bien aussi, évidemment, comme j’aimerais bien emmener à la campagne le chat avec qui je vis).

 

J’entends toujours parler du plaisir du chat d’être à la campagne, d’un plaisir comme absolu, mais jamais du déplaisir voire de la souffrance atroce des oiseaux et des souris de se faire déchiqueter vivants…

 

J’entends aussi souvent parler du plaisir de la chatte de faire des petits, de les porter, de les allaiter ; et par des gens qui en feront tuer une partie ou la totalité, mais jamais du déplaisir des petits ou de la mère.

 

Le fait de garder un chat en appartement offusque beaucoup moins les gens en général que le simple fait même de parler de ne pas lui donner à manger de la viande.

 

Un chat ou un chien en appartement va pour les gens avec sa domestication, va dans le sens des humains ; comme les chats en voiture, les chiens en ville dans la rue en laisse (même les crottes de chien dans la rue, pourtant ils trouvent aussi que c’est dégoûtant), vont dans le même sens que les humains ; mais ne pas manger de la viande ne va tout de suite plus dans le sens des humains.

 

J’entends tout le temps dire les gens qui ont un animal familier, qu’il est intelligent, c’est encore dans le sens des humains, c’est un critère pour les humains.

 

Les gens ne s’offusquent pas seulement pour les chats (voire pas du tout pour les chats) quand on leur parle de nourriture sans viande. Ils sautent en l’air comme par définition, parce que ça ne va pas dans leur sens, ni dans celui de la nature ; pas une seule fois on nous a demandé si ce pouvait être possible nutritivement parlant (pour le chat) et pas trop difficile pratiquement parlant (pour nous).

 

La domestication non plus n’est pas naturelle. Les chats dans la nature doivent passer tout leur temps à se chercher de la nourriture et à se chercher un coin tranquille. La domestication leur évite tout ça. Un chat dans la nature ne joue peut-être pas, sauf les petits. Il chasse, et ce n’est pas un jeu. Il a cet instinct pour survivre, pour se nourrir. Domestiqué, il est nourri par quelqu’un comme il est nourri par sa mère ; il reste comme un petit chat, et quand il chasse il s’amuse avec sa proie. Domestiqué, il garde cet instinct parce qu’on ne fait rien pour le lui faire perdre ou l’atténuer : souris mécaniques, fierté et félicitation du « maître » quand il tue un oiseau… (d’être élevé depuis tout petit avec des souris, ce qui n’est certes pas simple, un chat ne les chasse plus). Domestiqué, il peut aussi vomir n’importe où, et il sera rarement félicité pour ça (et ce peut être des restes de souris qu’il vomit !).

 

Pour les chats :

Le chat ne peut pas ne manger que des végétaux, ce n’est pas pour cela qu’il lui faut manger des animaux. Il y a dans la viande trois nutriments (au moins) dont il a besoin qui n’existent pas chez les végétaux ou qu’il ne peut pas assimiler dans les végétaux :

 

la vitamine A

la taurine (quel joli nom !)

l’acide arachidonique

 

Ces différents produits peuvent se synthétiser à partir de minéraux (aussi naturel que les animaux et les végétaux, ce qu’on a tendance à oublier), chimiquement… (la chimie fait aussi beaucoup sauter en l’air et surtout quand il s’agit de nourriture…).

 

Il existe en Angleterre et aux Etats-Unis un supplément pour chats regroupant ces trois produits manquants dans les végétaux, parce qu’il y a, au moins dans ces deux pays, des gens qui se soucient non seulement des chats qu’ils nourrissent, mais aussi de ceux qui leur « servent » de nourriture.

 

Ce supplément peut être commandé aux Etats-Unis (Harbingers of a New Age, PO box 146, Swisshome, OR 97480, USA), il n’est pas très cher. C’est une poudre dont il faut donner environ 2 g par jour, avec des recettes à faire soi-même (fournies avec le produit). Pour les chats, le passage se fait globalement aussi bien qu’entre deux marques de boîtes. Si vous ne comprenez pas bien l’anglais, contactez-nous.

 

Ces recettes contiennent de la levure, qu’il est de toute façon conseillé de leur donner pour sa grande teneur en protéines (ce qui permet déjà de leur donner moins de viande). Elle est en général très appréciée par les chats ; il en existe en "bonbons" pour chats, qui sont réputés pour les « faire courir ». On en trouve en paillettes et bien moins chère au rayon diététique pour humains dans les supermarchés, et encore moins chère et bio dans toutes les coop bio (et meilleurs à mon goût). Les chats le mangent très bien en général, saupoudrée sur leur nourriture ou même pure (avec un  bol d’eau à côté !).

 

Pour les chiens :

Les chiens, contrairement aux chats (et comme les humains) peuvent ne pas manger de viande sans avoir besoin de complément de synthèse. En plus ils ont besoin proportionnellement à leur quantité de nourriture de moins de protéines que les chats (il est d’ailleurs donné couramment aux chiens au moins moitié viande moitié riz ou autre féculent). En plus, sur un plan purement pratique, un chien mange le plus souvent très facilement ce qu’on lui donne (ce qui ne veut pas dire que je tienne à ce que les humains en profitent pour les empoisonner, même si en général je ne supporte pas bien les chiens !).

 

Il existe en France un aliment complet sans viande pour les chiens, aliment sec à base de céréales à servir en y ajoutant de l’eau. Ce produit s’appelle Happidog (à différencier d’un autre produit qui s’appelle Happydog, qui n’a rien à voir) et est disponible à : La Centrale Verte, 25 bd de Strasbourg, 94130 Nogent/Marne, tél. (1) 43 94 25 93.

 

De donner à manger végétarien à un chien ou végétarien supplémenté à un chat ne leur fait sûrement pas prendre plus de risques que celui qu’ils ont de se faire coincer la patte quelque part ou de se faire écrabouiller par une voiture ; mais bien sûr personne ne voudra reconnaître que ce peut être comparable.

 

Me désole que les chiens et les chats mangent de la viande ; que sous prétexte qu’ils soient naturellement carnivores, leur vie doive sacrifier la vie de plusieurs autres animaux ; comme celle de presque tous les humains, sous prétexte qu’ils soient omnivores. Aussi que sous prétexte lui d’être un chat ou un chien et moi d’être un humain, nous ne soyons pas « mangeables » par d’autres humains ou d’autres animaux (nous le sommes pourtant bien dans d’autres pays et dans la nature !). Et personne n’ose même trouver ça dégueulasse.

 

Ne donner que de la viande aux chiens et aux chats est de toute façon mauvais pour leur santé, tout le monde le sait. Même s’il est un peu moins facile que pour les humains de nourrir chats et chiens sans viande, ce n’est pas pour cela qu’il ne faudrait même pas vouloir, ni en entendre parler, ni y réfléchir. J’ai écrit ce texte pour essayer de remettre en question certaines notions en juxtaposant un certain nombre de contradictions, et pour informer sur des produits qui existent.

 

               Françoise.

 

 

30 (encadré en haut)

 

« D’après Kane, étant donné que le minuscule corps de la souris procure au chat tous les acides gras et animés nécessaires… c’est pour lui, du point de vue nutritionnel, l’aliment idéal. Oui, mais à condition qu’elle soit cuite. En effet, la souris est porteuse de bactéries et de parasites. Alors pourquoi un industriel entreprenant ne se mettrait-il pas à cuire des souris, à mouliner ces petites bêtes et à les mettre en conserve ? D’abord, il est probable que le consommateur ne courrait pas après. Et puis, il se peut que le chat n’en raffole pas non plus. Une étude canadienne, qui remonte à quelques années, montre que le chat préfère la nourriture en boîte, même de qualité ordinaire, plutôt que de manger des souris. Et, pour des raisons que l’on ignore, il préfère aussi le cuit au cru… »      Sélection du Reader’s Digest, La grande bouffe des matous, juillet 1987.

 

(fin encadré)

 

30 (encadré en bas)

 

Longtemps, l’alimentation du chien fut à base de céréales cuite à l’eau (mouée) ou de pain préparé avec des farines d’orge, de seigle et de blé, avec parfois quelques tripailles (tripée) ou abats écartés de la consommation humaine, comme cela est rapporté dans la littérature à propos des chiens de Philippe le Bon (1427) ou de Louis XV, puis par Madame de Sévigné ou Lamartine.

La viande, notamment d’âne ou de mulet, était réservée aux molosses des armées ou aux « chiens de cerfs ». Elle n’est régulièrement utilisée qu’à partir du milieu du XIXième siècle. (…)

               Diététique du chien et du chat, p. 7

               R. Wolter, Ed. Masson, 1988

 

31 (encadré)

 

[A propos du chien et du chat] En fait, l’ostéofibrose est beaucoup répandue et rend compte de troubles variés. En pratique, l’affection est si souvent liée à une consommation exclusive de viande (laquelle est prise pour l’aliment idéal du carnivore), qu’on l’a désigne communément sous les termes de « syndrome du régime tout viande » (all meat disease). L’excès protéique d’un tel régime ne peut qu’aggraver les conséquences du déséquilibre phosphocalcique (Walker et Linkswiller, 1972) puisqu’il entrave l’assimilation du calcium. En outre, il s’accompagne de carences en cuivre, iode, vitamines A et B2, également néfastes à l’ostéogénèse.

                                             Même source, p. 121

(fin encadré)

 

31 (bande dessinée]

 

D’après La triste histoire du loup végétarien de Gotlib

 

32 Coût de l’alimentation

 

Comparer les coûts est un problème compliqué. Je me limiterai au coût des protéines, car elles sont la justification principale qu’on donne au plan nutritif pour manger de la viande.

 

La nourriture donnée à un animal sert à sa croissance, quand il est jeune, à produire du lait, des œufs, et d’autre part simplement à entretenir sa vie. Cette dernière fonction de la nourriture fait que la viande, le lait, les œufs, contiennent moins d’éléments nutritifs que la nourriture donnée à l’animal. Ainsi, pour obtenir un gramme de protéine de bœuf, il faut plus de 10 g de protéines végétales.

 

On peut certes objecter que le poisson pêché n’a rien coûté à l’homme à nourrir et que la vache digère l’herbe, ce que l’homme ne peut pas. N’empêche, se nourrir de produits animaux est de façon générale un grand gâchis, et de vies d’animaux, et de nourriture d’homme. La production agricole végétale actuelle suffirait pour nourrir la planète, mais elle ne suffirait largement pas si chacun mangeait autant de viande que les Français.

 

Ces mauvais rendements se traduisent dans le prix de détail. La viande est chère, tout le monde le sait. On dit aujourd’hui « travailler pour gagner son beefsteack ». La viande était vue autrefois comme un luxe, elle est devenue une « conquête » du Français, fier du « droit » acquis de fonder sa bouffe sur le massacre. Alors ceux qui contestent cet ordre ignoble se font traiter de « privilégiés », comme les blancs sud-africains doivent traiter d’ingrats ceux de leurs enfants qui contestent l’ordre raciste.

 

Les non viandistes sont en effet privilégiés : en refusant de tuer, ils évitent aussi de gaspiller leur argent. 50 g de protéines coûtent (prix moyens, approximatifs) :

 

aliment

prix

au kilo

%

comestible

% protéines

(partie comest.)

prix 50 g

protéines

pain blanc

9 F

100

7

6,45 F

pain complet1

14 F

100

8

8,75 F

riz blanc

10 F

100

7,6

6,60 F

pâtes2

7 F

100

13

2,70 F

lentilles

10 F

100

24

2,10 F

soja jaune3

6 F

100

35

0,85 F

levure4

40 F

100

45

4,45 F

lait5

4 F

100

3,5

6,70 F

comté

40 F

90

30

7,40 F

œuf6

16 F

90

13

6,85 F

bœuf (côte)

50 F

90

17

16,30 F

saucisson

60 F

95

25

12,63 F

poulet vidé7

15 F

80

21

4,45 F

poisson entier

20 F

65

18

8,55 F

 

Le pain complet bio a une image de produit de luxe, « chichiteux », sous prétexte qu’il est plus cher que le pain blanc, mais il fournit des protéines au même prix que le poisson entier et moins cher que le saucisson qui a une image très « prolo ». Il fournit en même temps des glucides, des fibres, etc., contrairement à la viande. Pour payer ses protéines globalement au même prix que le non viandiste, le viandiste ne devrait manger que du poulet de batterie.

 

Avec les économies qu’ils font sans y penser, les non viandistes peuvent se permettre par exemple de travailler moins, ce qui est un vrai luxe, de privilégiés, ou de s’acheter des confitures bio ou autres babioles de nantis. On n’est pas végétariens parce qu’on est des privilégiés, on est privilégiés parce qu’on est végétariens. Ca fait rager les jaloux.

 

               David

 

1 Bio.

2 Les pâtes, même non complètes, sont, contrairement à ce qu’on croit, une bonne source de protéines d’assez bonne qualité.

3 Facile à trouver à ce prix dans les magasins asiatiques au moins à Paris et à Lyon (quartier au sud du début du cours Gambetta).

4 De 25 F en coopérative bio à beaucoup plus cher en marque en supermarché.

5 De 3 F en UHT demi-écrémé à 6 F et plus.

6 Environ 16 oeufs pour 1 kg, coquilles comprises.

7 De batterie.

 

32 Film photo

 

« Tout d’abord, nous avons un support ; soit papier pour les tirages, ou acétate, ou acétate de cellulose, ou en polyester. Sur ce support, nous couchons une gélatine contenant des cristaux de bromure d’argent et, en plus pour certains films couleurs ou papier, des colorants.

 

La gélatine est une substance protéique. Elle est obtenue par traitement spécial de différentes substances animales : os, peau, tendons.

 

Suivant les régions de provenance des déchets d’animaux, la gélatine aura des propriétés très différentes (c’est pour cette raison que certains fabricants photographiques ont leurs propres troupeaux). Cette gélatine sert de liant pour retenir les cristaux de bromure d’argent.

La gélatine photographique est ni plus ni moins la même que l’on trouve chez le charcutier, en sachant que la gélatine photographique est de meilleure qualité que celle que nous consommons ».

 

                              (source : centre KODAK d’information, Paris.)

 

33 La signification sociale de la viande

 

(texte inspiré en grande partie des chapitres traitant du même sujet dans le livre Le beefsteack de soja)

 

Il semblerait que la grande majorité des gens cherchent à se donner un environnement, un comportement et un type de consommation qui tendent à les différencier en apparence de la classe sociale à laquelle ils appartiennent, pour afficher tendanciellement ceux des classes supérieures1. Evidemment, les différenciations de chacun ont toutes globalement une même orientation. Une société est ainsi composée d’un ensemble de classes qui luttent non pas entre elles, mais plutôt pour accéder au statut de celle de l’échelon supérieur, ce qui permet une sorte de consensus perpétuant l’ordre social.

 

Et les objets et leur consommation ne répondent pas prioritairement aux besoins et à leur satisfaction, mais se présentent plutôt comme porteurs de signification sociale. La consommation qui est une "institution sociale contraignante"2 (pléonasme) qui dicte des comportements destinés à afficher un rang social : chaque objet est aussi et surtout choisi pour ce qu’il a de superflu, ou par le "jeu" de la mode, pour conférer prestige et sens social.

 

Le choix du consommateur est dans un premier temps inconscient lorsqu’il effectue un choix de standing (consommation de symbole), puis "conscient" et "rationnel", en fonction de critères techniques ou économiques, par exemple. Schématiquement, le consommateur sait pourquoi il va choisir de la viande de bœuf, de mouton, de porc… mais il ne sait pas pourquoi il a déjà choisi de manger de la viande.

 

On peut se demander quel mécanisme confère aux objets et aux aliments un statut valorisant ou non. Pourquoi la chair d’animal jouit-elle d’une telle considération dans l’imagerie et les goûts populaires, pourquoi "gagner son beefsteack quotidien" est-il devenu l’expression d’une bonne partie de la population occidentale ? Le principe essentiel d’analyse qui se présente est celui du degré relatif de rareté des objets ou aliments. "A chaque niveau de la distribution, ce qui est rare constitue un luxe inaccessible ou une fantaisie absurde (…), et devient banal et commun et se trouve relégué dans l’ordre du nécessaire, de ce qui va de soi, par l’apparition de nouvelles consommations, plus rares, donc plus distinctives"3. En toute logique, les objets les plus rares sont aussi les plus chers. Inversement, ceci bien évidemment en dehors des considérations de mode.

 

En ce qui concerne les aliments, leur rareté est déterminée essentiellement par la place qu’ils occupent dans les chaînes alimentaires, au sens écologique du terme. Les aliments sont transformés avec une grande déperdition : de façon simplifiée, 100 kg d’herbe se transformeront en 10 kg de lapin, qui se transformeront eux-mêmes (si pas de chance) en 1 kg de renard, ou fourniront 10 kg de la vache qui produira, par l’intermédiaire du lait, 1 kg de veau. On trouve donc, nécessairement, moins de renard et de veau que d’herbe. 1 kg de céréales a donc un prix inférieur à 1 kg de viande. Et la plupart des gens préfèrent manger de la viande plutôt que du pain.

 

Les produits animaux occupent donc le sommet de la pyramide alimentaire ; ce sont les aliments les plus rares, donc les plus distinctifs. A un niveau plus détaillé, on explique fort bien le statut social et alimentaire des différents poissons, par exemple, selon leur place dans les chaînes alimentaires : la sardine mange du plancton, et le saumon mange des sardines. Celle-là est "disponible" en plus grande quantité que celui-ci, et par conséquent possède une image de marque, un statut social, moins valorisant. La sardine a donc l’honneur d’être mangée par le tout-venant, et le saumon, par les classes aisées, ou lors d’occasions exceptionnelles. Il en va de même avec la lotte, le brochet, ou le thon frais, poissons haut de gamme et au goût si fin. Goût plus agréable, en tout cas, que celui de n’importe quel légume cru, qui, lui, n’est pas prestigieux ! Car le goût dépend de bien des choses…

 

Autre constatation intéressante : on peut dégager un groupe de viandes porteuses de plus d’aspirations (veau, mouton, voire bœuf), bourgeoises, plus chères, et surconsommées par les classes de haut rang social, et un groupe de viandes les moins prisées (porc, volailles), populaires et bon marché. Là encore, certaines viandes sont réputées meilleures que d’autres sans que ce soit le fait du hasard, sans que des déterminations individuelles entrent vraiment en ligne de compte.

 

Le statut social de la viande se détermine donc en relation étroite avec son prix, et les animaux étant plus rares sur le marché que les végétaux, leur consommation est plus valorisante. Il apparaît assez clairement que le très fort attachement qu’éprouvent la majorité des gens pour la consommation d’animaux ("la viande est un aliment noble !") provient, au moins en partie, de ce qu’elle est un moyen de s’affirmer socialement : "Je ne suis pas rien, je peux me payer de la viande à chaque repas !". Attachement à rapprocher de celui qu’ont beaucoup de gens pour leur voiture ou pour leurs enfants, pour les mêmes raisons. Il s’agit là d’un signe extérieur qui permet de "marquer" sa place dans l’échelle sociale, tout en se démarquant, croit-on du moins, du milieu auquel on appartient. Signe extérieur normalisé, reconnu par l’ensemble de la société.

 

               Yves

 

1 J. Baudrillard. Pour une critique de l’économie politique du signe.

2 Baudrillard, op. cit. p. 10.

3 P. Bourdieu et M. de St Martin, Anatomie du goût, p. 20.

 

 

34-36 L’Animal, l’Homme, la Nature, la Société : et moi, dans tout ça ?

La nature est perçue le plus souvent comme une harmonie, une complémentarité de relations entre les règnes minéraux, animaux et végétaux. Les gens se la représentent comme un Système, où tout à une place bien définie ; chaque chose, chaque être a une fonction dans ce Grand Tout, n’existe que pour et par ce Grand Tout [<1> Les mots comme Système, Nature, Société, Homme, Culturel… sont écrits avec des majuscules alors qu’ils n’en prennent pas habituellement, lorsque les réalités qu’ils recouvrent sont sacralisées.]. Ils ne voient pas la nature comme un fabuleux désordre, comme un gros tas de cailloux (la Terre) peuplé d’êtres vivants qui, en tant qu’individus, vivent pour eux-mêmes. Non, ils la voient comme une mécanique huilée au fonctionnement déclaré à priori harmonieux [<2> Qu’y a-t-il donc d’harmonieux dans un incendie de forêt, dans une sécheresse ou une crue ? où est l’harmonie lorsqu’un chat mange une souris ? Cf. la nouvelle Douce nuit dans le recueil Le K de Dino Buzzati, éd. Livre de poche, 1975.], dont lesdits êtres vivants, tout comme les objets inanimés, ne sont que les rouages, nécessaires certes, mais sans importance propre. C’est cette mécanique qui leur importe, c’est d’elle, de la Nature, qu’ils se préoccupent lorsqu’ils parlent d’équilibre écologique. Ce qu’ils appellent Nature n’est que la représentation qu’ils se font de la nature (le milieu qui les environne), à laquelle ils reconnaissent une volonté, une intention (« la Nature nous a créé pour… »), et des Lois Naturelles [<3> Je ne parle pas de ces « lois » constatatives comme par exemple la « loi » qui veut qu’il faille respirer pour vivre encore. On l’utilise comme on peut, et c’est tout. Par contre, une « loi » comme : « la sexualité est indissolublement liée à la reproduction » n’existe que pour qui ferme les yeux sur le monde réel qui l’entoure. Si l’homosexualité, par exemple, était effectivement contre-Nature, il serait dans la nature même des gens de ne pas s’y prêter.] auxquelles se soumettre (la Sélection Naturelle pour les darwinistes sociaux, l’Entraide et la Symbiose pour les tenants de l’Écologie sociale…[<4> Cf : Sociobiologie ou Écologie sociale de Murray Bookchin, édité aux Ateliers de Création Libertaire, Lyon, 1983.]).

Ils font de la nature-réalité, la Nature-idée, Nature-religion. De la même façon que, pour de nombreux mystiques, l’univers devient Cosmos, et la terre, Notre Mère la Terre. Le Cosmos ou la Nature deviennent ainsi de ces êtres vivants monstrueux qui n’existent que dans l’imagination de leurs créateurs humains.

Et la Nature est posée. Elle est posée à l’égal d’un dieu ; elle est sacralisée. Elle est dite immuable, ses « lois » sont devenues règles d’or qu’il faut respecter.

Elle est idolâtrée, et surtout, utilisée : le mot « naturel » est employé dans la pub pour sa charge émotionnelle positive : « La chaleur naturelle du bois » (allumettes), « La chasse c’est naturel »… et pour la même raison, par beaucoup de mystiques.

Et le label « naturel » sert à légitimer toutes choses. Notamment à propos du viandisme : « Notre dentition est adaptée à une alimentation carnée, donc c’est naturel de manger de la viande, donc je ne vois pas où est le problème. » On entend aussi fréquemment des phrases du genre : « La Nature est comme ça. Les animaux se mangent entre eux. C’est naturel. Nous aussi on est des animaux. » Je ne vois simplement pas pourquoi je poserais comme principe d’imiter systématiquement les autres animaux (humains compris), ni pourquoi les carnivores plutôt que les herbivores. Et je ne vois pas non plus en quoi le fait qu’elle soit naturelle rendrait la prédation charmante.

 

De même que certains disent que Dieu a créé l’Animal et l’Homme pour ceci et pour cela, d’autres (parfois les mêmes) affirment que la Nature les a fait comme ci ou comme ça, pour ci ou ça. Ainsi beaucoup diront qu’ils sont omnivores (la Nature les a fait naître omnivores), qu’il s’agit là de leur être, et semblent envisager comme une impossibilité ou une perversion de cesser de manger de la viande. Ce serait en quelque sorte « contre Nature », contre leur nature, à l’encontre de leur essence.

Il s’agit là d’un renversement de logique fréquent. Il se trouve que les êtres humains peuvent manger de la viande comme ils peuvent ne pas en manger. Ils « peuvent » corporellement, physiquement, biologiquement. Comme pour bien d’autres choses, ils sont relativement indéterminés et ont un grand éventail de choix.

Or le retournement de logique dont je parle consiste à transformer une possibilité (potentialité) en obligation, une liberté en une restriction de cette liberté. « Je peux manger de tout » devient « Je dois manger de tout » ou « Il faut que je mange de tout ». On retrouve le même processus lorsque des végétariens s’efforcent de (se) convaincre que manger de la viande ou des produits laitiers est une aberration au point de vue santé.

Tout se passe comme si les humains, naturellement peu déterminés et par là-même relativement « adaptés » à réagir avec un large éventail de choix à une situation donnée, se sentaient inadaptés à cette adaptation même, insécurisés par leur liberté de choix, et s’efforçaient alors de restreindre « artificiellement » cet éventail de choix, en se surdéterminant. En se donnant (en choisissant, donc) une image d’eux-mêmes plus limités qu’ils ne le sont en réalité, et en s’efforçant de coller au plus près à cette image.

Mais le procédé permet en fait de choisir tel ou tel comportement dans une situation donnée en se disant « il faut » ou « c’est ainsi » au lieu de « je choisis ». C’est en fait choisir tout de même en se donnant l’illusion de ne pas choisir.

 

Pour en revenir à l’idée de Nature, il existe une conception mystique qui pour être caricaturale, n’en exprime pas moins clairement ce qui reste souvent informulé. Elle ne reconnaît même plus de réalité propre aux animaux non humains, ce qui est l’aboutissement logique du Système-Nature : à savoir que les individus animaux n’ont pas d’âme (traduction en langage non religieux : n’ont pas d’individualité, pas de réalité propre), et que c’est l’espèce, en tant qu’ensemble des animaux qui la composent, qui en a une. C’est l’espèce qui est détentrice de spécificité au regard des autres espèces, et non l’individu au regard des autres individus (de la même espèce ou non). C’est alors l’Espèce qui reprend à son compte la vie des individus la constituant, qui prend vie au détriment de ces individus. Elle est ainsi personnalisée, elle qui n’a pas d’existence tangible, qui n’est qu’un concept.

Mais cette interprétation/conception de la réalité est aussi reprise par bien des scientistes, sous une forme scientiste. Ainsi, dans L’Homme et la Mort [<5> Edgar Morin, L’Homme et la Mort, coll. Points, éd. du Seuil, 1976, p. 68.], Edgar Morin affirme que, face à la mort, « (…) l’individu (animal) agit comme spécimen et manifeste dans ses réactions (…) non pas une intelligence individuelle, mais une intelligence spécifique (c’est-à-dire propre à l’espèce, nda), c’est-à-dire un instinct. (…) Autrement dit, c’est l’espèce qui connaît la mort, et non l’individu. » Il explique ensuite la douleur que peut, par exemple, causer au chien la mort de son maître par la domestication qui « individualiserait » l’animal. Il explique donc, mais sans jamais expliciter, que lorsqu’il semble vivre pour et par lui-même, ce n’est que parce qu’il est au contact de l’Homme, « l’être suprêmement individualisé » ! Ce ne sont que des lieux communs que l’on retrouve partout et à toutes les sauces, et qui signifient surtout la volonté générale de considérer les animaux comme aussi peu existants que possible.

C’est banal, et cette vision des choses est bien omniprésente, ancrée en chacun de nous, même si elle est rarement clairement formulée. C’est apparu on ne peut plus clairement, récemment encore, lorsqu’un loup s’est fait abattre en Savoie. L’indignation générale ne se rapportait pas à la disparition d’un loup en tant qu’être vivant qui ressent diverses choses (dont la douleur cuisante des balles) et aurait préféré sans doute vivre encore, mais à la disparition du dernier représentant de l’Espèce Loup, à la disparition d’une Espèce. Autrement dit, d’un organe de cet organisme qu’est devenue la Nature.

C’est cette vision de la Nature qui, comme la notion même de Société, autorise la banale comparaison avec la fourmillière, ou plutôt, avec la vision qu’ont les hommes sociétaires de la fourmillière : coexistence harmonieuse et complémentaire de plusieurs sortes de fourmis : les ouvrières, les guerriers, la Reine, la vie de chaque individu fourmi étant entièrement conditionnée par sa fonction et subordonnée à la vie de la Fourmillière (quel idéal !). Peu importe alors que l’on écrase une fourmi, une autre prendra la relève et la Fourmillière ne s’en apercevra pas. Là encore, beaucoup soutiendront que la fourmi individu n’existe pas réellement, au même titre que les cellules de mon corps ne vivent pas pour elles-mêmes. Qu’en savons-nous ? Qu’en savons-nous, que la fourmi ne s’arrête pas quelques instants par-ci par-là pour goûter le soleil, qu’elle n’agit pas aussi pour elle seule[<6> « … Tout au moins pour les fourmis, j’ai très bien pu (…) mettre en évidence le fait que toutes les ouvrières d’une fourmillière ne semblent pas aptes au travail ou n’y ont aucune inclination, si bien qu’il n’y a guère au travail, en réalité, que 20 p. 100 des ouvrières. Sur l’ensemble grouillant d’une pareille population, il n’avait pas été possible de s’en apercevoir jusqu’ici. » Marguerite Combes, « Le mystère des sociétés animales », dans Le Mystère animal, Plon, 1939, pp. 226-227.] ?

Ce que je pense, c’est que ni la Fourmillière, ni la Nature ne bougent, ne voient, ne ressentent le monde environnant, ni ne vivent, ni ne meurent. Qu’elles ne vivent pas au sens biologique.

 

En tout cas, l’escamotage de l’individu animal au profit de l’idée de Nature est bien réel et commun : un ami ne traite pas ses arbres fruitiers, non pour ne pas tuer de petites bêtes, mais pour ne pas aller contre. Sous-entendu, contre la Nature ! Contre les Lois Naturelles, contre l’Ordre des Choses.

Pareillement, il préfère chasser à l’arc qu’au fusil : la chasse, c’est naturel, et l’arc c’est plus naturel que le fusil ; on souffre peut-être plus et plus longtemps d’une blessure par flèche que par balle, mais la souffrance est hors de propos ici. Elle est du domaine du réel, alors que la notion de Nature est une vue de l’esprit.

Par ailleurs, les animaux peuvent aussi bénéficier de leur statut de rouage naturel : les animaux sauvages acquièrent une sorte de droit à la vie du fait de leur appartenance à la Nature, ce qui n’est évidemment pas le cas des machines à viande. L’opposition à la chasse est ainsi plus répandue qu’aux élevages en batterie.

 

L’idée de Nature, c’est-à-dire donc la représentation que nous avons habituellement du monde « naturel » qui nous entoure, est celle d’une époque et d’un lieu, c’est une représentation sociale, qui a aussi une fonction sociale… Par exemple, trait remarquable, elle ne comprend ni l’Homme ni ses réalisations, qui sont du domaine de la Société.

L’homme est pourtant bien un animal et donc bien, comme tel, issu de la Nature. Pourquoi les réalisations des Hommes sont-elles alors déclarées artificielles, et la digue que construit le castor, naturelle ?

Cette différence tient-elle à ce que l’Homme crée ce qu’il réalise ? Mais les digues de castors se sont sans doute perfectionnées et adaptées au cours des âges. Lentement, certes, mais ce n’est pas là une distinction fondamentale. Ou à ce que l’Homme transforme les matériaux ? Mais le castor coupe le bois, l’écorce, l’élague, le transporte et y agglomère d’autres matériaux.

En quoi les molécules chimiques artificielles ne sont-elles pas naturelles ?

A partir de quand le préhominien et ses réalisations deviennent-ils artificiels ?

 

L’idée de Nature rappelle celle du Paradis chrétien, en ce qu’elle considère que l’Homme, de par son intelligence, sa conscience de soi et ses capacités de choix, et plus généralement de par l’ensemble de ses vertus propres, serait sorti de la nature. Que ce soit en croquant une pomme ou en construisant des villes et des institutions sociales ne change pas grand chose : il s’agit bien de la même idée farfelue que l’Homme serait une sorte d’erreur dans l’Ordre des Choses, en tout cas une exception radicale, qu’il ne serait pas une chose, au contraire du reste de la Création. Ce qui est farfelu ici n’est pas de considérer les hommes comme plus que des choses, mais bien plutôt de ranger tout ce qui n’est pas humain dans un même paquet ordonné, un paquet de choses, et au-delà de ce simple aspect, de ranger, caser, étiqueter.

C’est typiquement anthropocentrique : l’Homme (c’est-à-dire tous les humains remisés eux aussi dans un même paquet appelé l’« Homme ») a une place à part dans le monde, il est infiniment différent par essence du reste du monde.

Grâce à ce clivage naturel/social (= naturel/artificiel), l’Homme apparaît donc en dehors de la Nature. Il vit en Société, et l’animal vit dans la Nature. L’Homme appartient à la Société, et l’animal appartient à la Nature. Ils en font partie. En opposant Société et Nature, Homme social et Homme naturel[<7> Cf. le célèbre « L’Homme est bon, c’est la société qui le corrompt. » de J.-J. Rousseau.], l’Homme est posé en dehors de la Nature, et la différence entre l’Homme et l’Animal est créée.

Elle est soigneusement entretenue dans tous les aspects de la vie. Il y a les Droits de l’Homme, il y a les Droits de l’Animal, comme il y a les Droits de l’Enfant et les Droits de la Femme : dans la société aussi, chacun a sa place, sa fonction, ses droits et ses devoirs, son identité précisément définis.

Par ailleurs, les notions de Nature et de Société s’étant créées sur les mêmes bases et sur le même modèle hiérarchique et statutaire que la Fourmillière, à savoir la négation de la vie individuelle, les analogies sont sans équivoque :

Nature : entité existant par elle-même, harmonieuse, au sein de laquelle les espèces (ou selon différents degrés d’abstraction : les différents règnes, les écosystèmes…) sont complémentaires. Les individus qui composent ces espèces sont interchangeables et sans valeur au regard du Système.

Société : entité existant par elle-même, harmonieuse (ou qui devrait l’être), reposant sur les corps de métiers (ou races ou classes ou autres) complémentaires, au sein desquels les individus ne sont que rouages interchangeables.

La place dévolue aux individus animaux dans l’idée de Nature correspond précisément à celle que se dévoluent eux-mêmes les humains dans celle de Société.

 

Et la notion de Nature vient en renfort pour légitimer la notion de Société et la réalité qui en découle : tour à tour et selon les besoins du moment, les deux notions s’opposent ou se superposent ;

Elles se superposent lorsque la Société est donnée pour une transposition de la Nature au domaine de l’Homme. Les deux notions étant basées sur les mêmes postulats, la comparaison est simple et montrer que l’organisation de la Société est (ou devrait être) calquée sur celle de la Nature n’est pas très difficile non plus. C’est le cas tant des darwinistes sociaux que des tenants de l’Écologie sociale, qui tous se réfèrent aux tendances naturelles, soit à la compétition soit à l’entraide, pour édicter des modes d’organisation, des règles de vie, des morales.

Et les deux notions s’opposent lorsque la Société est conçue pour pallier aux insuffisances de la Nature et à l’inadaptation de l’Homme à la vie en – Société ! Ainsi sont justifiés les tabous, les interdits : les lois et les morales sont là pour faire échec à l’agressivité de chacun, à la bestialité (contre Nature !) des relations homosexuelles ou d’inceste, et que sais-je encore… La Société est censée alors jouer un rôle de régulation et de contrôle, et en transformant l’Homme Naturel en Homme Culturel (ou Social), est censée lui permettre de vivre à plusieurs (c’est-à-dire en Société, puisque les mots sont piégés).

Aujourd’hui revient souvent le mot d’ordre « Vivre en harmonie avec la Nature », qui selon que ce sont des écolos, des gens de gauche ou de droite, des anars ou autres qui l’utilisent, a des sous-entendus idéologiques sensiblement différents. Mais dans tous les cas, il s’agira plus ou moins formellement de renoncer à l’exploitation destructive de la Nature (vies, paysages, ressources diverses mêlées). Il s’agit en fait de gérer le monde de façon responsable, rationnelle, économe ou efficace (selon les valeurs sur lesquelles on veut mettre l’accent). C’est ménager son cheval pour aller loin, c’est ne pas tuer les esclaves à la tâche parce qu’on en a besoin. C’est ne pas causer la « mort des Espèces » ni la rupture des « Équilibres écologiques » traditionnels pour mieux exploiter et tirer profit des vies animales et végétales. Il est possible que cette attitude vis-à-vis de la Nature soit, dans ses conséquences, génératrice de moidre souffrance. Mais elle reste toujours lourde de mépris envers les êtres vivants et s’intègre parfaitement dans une logique anthropocentrique de rationalisation de l’exploitation et de l’oppression de la vie (des vies).

 

Car, encore une fois, ce que beaucoup élèvent au rang de Réalités Primordiales, qu’il s’agisse de la Nature ou autres, ne sont que des créations de leur pensée, des abstractions réductrices du réel, de purs concepts, mais auxquels on donne vie et substance aux dépens de la réalité. Ces constructions intellectuelles sont bien utiles…

En moi, la plupart des gens voient… un Homme, représentant de l’Humanité (ou à un autre niveau, une Femme représentante de la Féminité, ou un Enfant représentant de l’Enfance…). Ils voient en moi quelque chose, et du coup ne me voient plus, moi, si ce n’est par l’intermédiaire de cette chose, de ce statut. Et le loup qui se fait descendre, il ne le conçoivent pas non plus en chair et en os, réel, mais bien plutôt comme un loup, seulement un loup, une abstraction, un représentant de l’espèce des loups.

La perte de vue de la singularité des individus humains et animaux au profit de globalités mystiques est la base première à leur exploitation. C’est le même principe qui subordonne les individus au bien de la Société, rebaptisé pour l’occasion « Bien Commun », et qui subordonne les vies animales ou végétales au bon fonctionnement des Écosystèmes (fonction « régulatrice » de la chasse, par exemple). Les animaux et autres ne vivent alors plus pour eux-mêmes, pour leur propre profit, animés par leurs propres motivations, mais deviennent les instruments d’un Ordre qui leur est supérieur. Pour peu qu’on le respecte, il suffira alors de ne pas endommager cet Ordre. Ainsi se trouvent non pas seulement oubliées, mais niées dans leur importance en soi les vies, les sensations ou sentiments…

Avec une telle conception des choses, il devient alors plus facile, puisqu’en parfait aveugle, de tuer, torturer, encager…

Yves

 

Les traditions

Les fêtes populaires, familiales ou religieuses donnent lieu à d’innombrables sacrifices d’animaux. Ces assemblées de bons vivants stoppent la vie de millions d’animaux élevés, engraissés et tués spécialement pour elles. La culture et les traditions populaires, familiales et religieuses ne sauraient souffrir de si petits détails.

(sources : anniversaires, commémorations, réunions…)

 

 

37 Les animaux dénaturés

Ce livre donne à réfléchir sur la différence entre le statut de l'humain et celui de l'animal. Tout commence par la découverte d'une « tribu » nommée TROPIS. Ces êtres ressemblent à l'animal tout en ayant de grandes affinités avec l'humain. Tout au long du livre, il s'agira de chercher si ce sont des humains ou des animaux.

Les personnes nommées dans le but de découvrir la nature exacte du TROPIS se heurtent à la définition de l'humain. Celle-ci est inutile car elle ne peut permettre de dire si les TROPIS font ou non partie de l'humanité. Étrange de se dire que, finalement, nous ne savons pas ce qu nous distingue réellement des animaux. Force est bien de constater que nous ne nous demandons jamais ce qui précisément définit l'humain (il est vrai que c'est bien plus facile de se définir par sa catégorie socio-professionelle ou par son ethnie plutôt que par le terme plus ambigu qu'est le mot « humain »). Il nous suffit d'être, il y a dans le fait d'exister une sorte d'évidence qui se passe de définitions. Dans ce livre, l'humain devient un véritable problème pour lui-même car il ne sait plus ce qu'il est, et, en même temps, sait qu'il ne le sait pas. Les chercheurs ne peuvent plus se contenter des « solutions » que leur offraient leur religion, leur culture, leur éducation, aussi différentes soient-elles. Dans ces définitions apportées, ils remarquent que rien n'est fondé, que tout découle d'interdits, de tabous ou d'exigences. Ceux-ci, au cours du temps, ont été perfectionnés. On leur a trouvé des causes non plus magiques ou totémiques mais religieuses ou philosophiques. Il devient alors plus difficile pour l'humain de les nier ou de s'en séparer pour vraiment se chercher. Jamais nos exigences ou nos interdits ne sont fondés sur une base irréductible, c'est pourquoi il est si dur d'appeler les TROPIS humains ou animaux.

Mais, au fond, pourquoi cherchent-ils tant à savoir si les TROPIS sont des humains ? Ne pourraient-ils pas les laisser vivre à leur manière, selon leurs désirs, comme ils l'avaient fait jusqu'à ce que les humains apprennent leur existence ?

Si l'on se demande où réside la pertinence de ces catégories disjointes que sont l'animalité et l'humanité, et si l'on rappelle alors que l'humain est un animal, la seule réponse est que, selon toute apparence, il y a d'abord nous et ensuite les autres, et que l'entreprise de classer assigne à son auteur tout l'espace en deçà d'une barrière dont l'au-delà enferme tous les autres confondus dans une même barbarie.

L'humain veut absolument savoir ce que sont les TROPIS, car alors, humains ou animaux, ils seront utilisés à des fins différents. Animal, l'humain s'en nourrira, le parquera, l'exploitera, le vivisectionnera avec la conscience tranquille puisqu'il aura été définit comme animal. Mais s'il est humain ? Quel crime contre l'humanité !

 

Corinne

 

Amour ?

Ne pas faire souffrir mon voisin ne signifie pas pour autant que je l'aime. Avec les animaux c'est pareil.

Les animaux (et autres) peuvent évidemment apprécier l'amour, mais ça ne significe pas qu'il suffit de les aimer pour ne pas les faire souffrir. Combien d'animaux souffrent de ces humains qui les dorlottent puis les abandonnent, de ces humains qui les admirent en photo ou au zoo puis qui portent leurs peaux, de ces humains qui aiment les animaux (qui bichonnent avec tendresse leur chat/chien/canari) et qui les mangent, de ces humains qui les violent sans tenir compte de leur envie, de ces humains qui parlent d'amour avec leur cages et leur laisses ?

J'aime bien minette, le cobaillou et quelques autres, et c'est à peu près tout. Éventuellement je pourrais en aimer d'autres si j'en avais l'occasion. Par contre, j'essaye de prendre en compte tous les animaux, sans distinction.

 

Martial

 

La cochenille

 «Sans même le savoir, beaucoup de Français consomment des insectes : la cochenille qui colore de (rouge) carmin nombre de nos aliments (charcuteries, confiserie), médicaments (sirops, pilules) et cosmétiques (rouge à lèvres et à joues) n'est autre qu'un broyat de pucerons que les péruviens élèvent sur des cactus.

 

(source GEO, sept. 1987)

 

38 Manger de la viande / tuer des animaux

Pendant longtemps je n'ai pas fait le rapport, je n'ai pas vu le rapport, entre « manger de la viande » et « tuer des animaux ». Je mangeais de la viande et ne tuais pas d'animaux. Je savais pourtant très bien que la viande est de la chair d'animale mort, et pas mort de maladie ou de vieillesse, mais tué en bonne santé. Mais je ne les tuais pas, ces animaux ; quelqu'un d'autre les tuait, et indépendamment de moi. Ils m'étaient offerts. Ils m'étaient présentés, tués et découpés dans les magasins, assaisonnés et cuits par mes parents.

Je mangeais de la viande et ce n'était pas de ma faute si des animaux étaient tués ; comme si, si je n'en avais pas mangés, ils auraient été tués quand même ; comme si des animaux étaient tués comme ça, indépendamment des mangeurs de viande. Un peu comme si la viande pouvait ne pas provenir d'animaux tués et que ce ne soit pas de ma faute qu'il en existe provenant d'animaux tués ; comme pour certains produits comme la margarine du commerce qui a un petit pourcentage de produits animaux alors qu'il pourrait très bien ne pas y avoir. Ce n'est pas moi qui demande qu'il y en ait, comme ce ne serait pas moi qui demanderais qu'il y ait de l'animal mort dans la viande.

 

La viande, je n'avais pas demandé que ça existe, mais comme ça existait, non seulement ça me paraissait logique d'en manger mais je pensais qu'en manger ne changeait rien. Je ne voyais pas que c'était plusieurs vies différentes ; et que, ne pas manger de viande pouvait en épargner quelques-unes. C'était comme s'il y avait des animaux de toute façon tués, comme si ça ne dépendait pas de la demande.

 

ENCADRE

L'être humain se sert sans arrêt des êtres vivants, humains et surtout non humains. Il mange déjà leur chair, il les élève même uniquement pour qu'ils fabriquent de la viande, comme des machines à qui on donnerait du grain à la place du pétrole, et qui fabriqueraient de la viande à la place du plastique (que ce soit en pseudo-liberté ou en batterie). Il se sert aussi de leur peau pour s'habiller et pour fabriquer des objets. Ils se sert de divers produits de leur corps pour faire des cosmétiques, du cirage (pour entretenir le cuir...), de la colle, des bijoux. Il se sert de leur force pour des gros travaux (charrue par exemple), pour le spectacle-sport-fric (des courses de tiercé aux batailles de coqs). Il se sert de leur corps pour tester des produits dessus. Il en écrabouille avec sa voiture en le sachant et/ou sans s'en apercevoir. Il s'en fout. Il sait qu'il fait souffrir et qu'il tue, qu'il fait tuer, et il continue. Plus généralement, il se fout complètement des animaux, sauf peut-être de son chat et du dernier représentant d'une espèce. Il a plaisir à rouler en voiture et à manger de la viande et c'est tout. Il se fout de la souffrance des autres, même de celle qu'il fait lui, de celle qu'il pourrait éviter directement. Il ne remet pas en question son plaisir.

FIN ENCADRE

Je ne me voyais vraiment pas intervenir dans ce grand tout, ni même en avoir la possibilité ; je ne savais pas que beaucoup d'autres gens ne mangeaient pas de viande, et que beaucoup plus encore et même tout le monde pourrait ne plus en manger.

Je ne me voyais pas pouvoir faire ce choix de ne plus en manger, comme s'il était réservé à une certaine élite ou plutôt à une certaine catégorie de gens un peu originaux, dans le mauvais sens du terme, idéalistes / irréalistes.

Si ça m'était passé par la tête de penser que c'était dégueulasse, je n'aurais même pas osé en parler. Je n'osais parler que de ce qui était bien, je me montrais toujours être bien, je n'osais même pas me formuler ce que trouvais mal, ce qui me faisait mal...

Pourtant c'est plus qu'évident : c'est par définition que la viande est de la chair d'animal tué, que chaque morceau de viande a été une partie du corps d'un animal vivant en bonne santé (pas forcément tant que ça).

 

Horrible.

Tout le monde sait bien ce que veut dire tuer, et tout le monde ou presque trouve ça horrible. Et pourtant très peu de gens trouvent horrible de manger la viande. Ils trouvent horrible le paysan qui tue un poulet, les métiers dans les abattoirs, et un peu moins le métier de boucher. Personne ne se demande pourquoi ils font ces « horreurs ».

L'horreur est dans chaque personne qui mange de la viande. On a bien l'habitude de voir toujours l'horreur ailleurs, de la voir en quelqu'un de particulier autre que soi, ou de la voir dans un grand chiffre aussi loin de soi. On voit l'horreur du paysan qui tue et l'horreur des 145 000 poulets tués, tout en ne trouvant pas horrible de manger de la viande « soi-même ». On se banalise d'une part, et on ne se voit pas, on ne voit pas ce que l'on fait.

On « fait les courses » pour le repas, on n'achète pas de cadavre ; on ne mastique pas du cadavre, on se nourrit.

 

Dire que la viande est du cadavre n'est pas bien compris. Cadavre, c'est dans la tête des gens et aussi dans la mienne, corps mort allongé sur le bord de la route, corps dans un cercueil, corps d'un oiseau déchiqueté par un chat, corps mort au milieu d'un pré... C'est corps mort à enterrer, ce n'est pas corps mort à découper pour manger. Un cadavre, c'est l'horreur de la mort. C'est un corps que personne ne penserait à découper, à faire cuire pour le manger. On est bien habitués à la différence, « faut pas tout mélanger ».

La viande n'a plus aucun rapport avec l'animal vivant, alors que le cadavre, on aurait envie qu'il revive. Le cadavre est près de la vie, il en a la forme mais plus le souffle. Pourtant la viande aussi reste un peu de l'animal vivant dans la tête des gens, elle en garde les qualités et il n'y a pas de meurtres.

 

J'avais écrit une phrase un peu slogan qui me semble ne pas pouvoir être comprise par beaucoup de gens : « Je ne mange pas de cadavre même bien découpé et bien présenté dans les rayons d'un magasin » ; le sens m'en paraissait très clair. Et puis, je me suis vue avec beaucoup de gens avoir la réaction de me dire : « mais il n'y a pas de cadavre dans les magasins » ou « en tout cas je n'en ai jamais vu » ou « je ne vois pas de quels magasins il s'agit »...

 

Je mangeais de la viande parce que mes parents en mangeaient et qu'ils me nourrissaient, comme ils m'habillaient et m'emmenaient à l'école. Je n'aurais jamais pensé pouvoir choisir mes vêtements, ma nourriture, etc. Ils m'ont habituée à beaucoup  de choses, certaines dont je suis contente et d'autres pas, je me suis débarrassée de certaines, je me bats contre d'autres, et j'en laisse aussi certaines plus ou moins dans un coin. Je ne mange plus de viande...

 

Je mangeais de viande parce que c'était comme ça, ça se vendait, s'achetait, se mettait au frigo, se faisait cuire et avait un bon goût, un goût habituel ; et ça donnait des forces et était indispensable pour rester en bonne santé, pour pouvoir bien travailler, comme on me disait.

Pourquoi d'ailleurs on me disait ça, parce qu'on pensait que c'était vrai ? Parce qu'on pensait qu'il fallait faire attention si on n'en mangeait pas et qu'on ne me faisait pas confiance pour ça ? Parce qu'on ne voulait pas que me vienne à l'idée de ne pas en manger ? Et pourquoi ? Pour ne pas avoir dans la famille quelqu'un qui sort un peu de la norme ? Pour légitimer ces meurtres ? Pour légitimer qu'on en mange soi-même ? Pourquoi légitimer... ?

J'en mangeais aussi et tout bêtement parce que c'était bon, je pouvais aussi m'arrêter juste à ça.*

 

Françoise

 

39 Dernières nouvelles

Aux États-Unis, certains chercheurs étudient le moyen de réduire artificiellement la richesse en protéines de la viande, de façon à permettre aux gros mangeurs de continuer à se gaver sans risques...

Dossier viande, éd. Messidor

 

39 Obéissance, conformisme...

Obéissance et conformisme se rapportent tous deux à l'attitude de l'individu qui abandonne à une source extérieure à lui l'initiative de son action ou de sa réflexion. L'une et l'autre sont des formes puissantes de l'influence sociale.

L'obéissance à l'autorité survient à l'intérieur d'une structure hiérarchique dans laquelle l'auteur de l'action estime que la personne placée (qu'il place) au-dessus de lui a le droit de la lui prescrire. Par exemple, tel enfant ira à l'école parce que ses parents le lui auront ordonné. L'obéissance subordonne un statut à un autre.

Le conformisme, lui, détermine la conduite des gens de statut égal. Le conformisme est de l'imitation, avec parfois quelques variantes pour se différencier ! Cependant, la distinction la plus nette entre l'obéissance et le conformisme se place après l'action, c'est-à-dire qu'elle est révélée par la façon dont les gens expliquent leurs actes. Tous nient le conformisme au profit du choix personnel. S'ils mangent de la viande, ils le revendiquent souvent avec insistance en invoquant le bon goût ou autre. Ils minimisent la part de la pression du groupe dans leur décision. Dans l'obéissance, les individus expliquent leur comportement en rejetant toute implication personnelle et en l'attribuant à une exigence extérieure à eux, imposée par l'autorité (parents, docteurs, chefs en tout genres). Alors que dans le conformisme la personne soutient que son autonomie n'a pas été compromise par le groupe, la personne obéissante affirme que la sienne n'a pas eu à intervenir et qu'elle ne peut être tenue pour responsable de ses actes.

 

Martial

___Aidé dans la rédaction de cet article par le livre___ Soumission à l'autorité ___de Stanley Milgram, éd. Calmann-Lévy (1974).___

 

40-41 « Sensiblerie »

Entendu dans la bouche d'un adulte, mère de deux enfants : « Mes filles aiment beaucoup les animaux. Heureusement, je crois qu'elles n'on pas fait le rapport avec la viande qu'elles mangent ».

Ce rapport, on le leur expliquera plus tard, en même temps que l'inexistence du Père Noël. En attendant, voici l'image qu'on donne aux enfants des animaux :

[img : Blanche-Neige]

Les enfants gobent cette image, parce qu'elle est agréable. Elle évoque tout plein de sensibilité et d'amour. D'autre part, comparée à la réalité, elle est ridicule. Elle est faite pour l'être.

 

Phase 2 : on explique aux enfants que la nature est pleine de carnage et de compétition ; que les animaux sont en général soit méchants soit indifférents, et que si nous on les bouffe, c'est forcé, et que de toutes façon c'est normal, ils ne méritent que ça, puisqu'ils se bouffent entre eux. C'est une image aussi fausse que la première, mais comme elle est « dure », alors que la première est « douce », on ne se moquera pas de celui qui la met en avant, car il montre ainsi qu'il « n'est plus un enfant ». On s'arrange alors pour identifier toute sensibilité envers les animaux à la première image ; on l'appelle alors « sensiblerie ».

Les enfants, comme beaucoup d'animaux sont capables d'affectivité, d' amour, de haine, de cruauté et d'indifférence envers à peu près tout : un lézard, un frère, un chat, ou un jouet. L'altruisme dont ils font souvent preuve peut s'appliquer à un animal comme à un humain. L'éducation qu'on leur fourgue sert entre autre à remplacer en grande partie la notion de bon/mauvais qu'ils peuvent avoir, pour eux-mêmes ou pour les autres, par la notion de socialement permis/interdit. C'est seulement alors qu'ils comprendront par exemple que c'est faire preuve de sensibilité que de se préoccuper des conditions de vie des pauvres mais que c'est de la sensiblerie que de se demander si les raticides ne tuent pas les rats dans d'horribles souffrances :

[img : citation Encyclopédie de l'hygiène alimentaire]

 

Pendant la guerre, c'est de la sensiblerie que de ne pas vouloir tuer des humains.

Bien sûr, dit comme je le dis, cela ressemble à un complot pour manipuler l'enfant. Ce n'est sans doute pas un complot au sens propre. Mais comment rendre compte du fait que tant de végétariens racontent que quand ils ont voulu cesser de manger de la viande, la pression de leurs parents contre eux a été formidable ? Comment rendre compte de la mauvaise foi énorme du corps médical, des « éducateurs », qui affirment contre leur propre logique la nécessité de manger de la viande ?

Comment rendre compte de l'indifférence complète de la quasi-totalité des gens envers les conditions d'élevage des animaux et envers leur abattage ?

Comment expliquer que quand je parle de ces problèmes devant les gens d'abord on ne me comprend pas, ensuite on se moque doucement de moi, et, si j'insiste, on devient agressif ?

 

On a l'impression que parler du crime quotidien massif que commettent les gens contre des êtres sensibles revient à transgresser un tabou. Se préoccuper des animaux rappelle la sensibilité brute qu'on a tous eue dans notre enfance ; c'est un acte asocial. C'est un acte qui dit qu'on veut porter son regard hors de la société, vers des choses et des êtres qui existent autrement que par un statut social. C'est aussi un acte gratuit : jamais les animaux ne voteront pour nous, jamais ils ne nous mettront au pouvoir. On en peut attendre d'eux aucune gratitude. La rapacité est fortement encouragée socialement ; celui qui baise les autres est admiré, celui qui se fait baiser est méprisé.

J'ai demandé un jour à une écolo dans une coop bio si les shampooing qu'elle amenait étaient testés sur les animaux. Elle a cru tout naturellement que je voulais qu'ils soient testés ; des fois que ça pourrait me donner des boutons ! Ça, c'est bien vu, c'est être un consommateur averti, qui se défend, pas un con.

 

David

 

(encadré en bas)

Quel enfant n'a jamais été dégoûté ou horrifié un jour par le fait de manger de la viande, de manger cette chair de certains animaux, cette chair qui ressemble tant à celle de son petit chien, à celle de son papa, et à la sienne ? Et quel enfant n'a jamais joué à mettre de la javel sur des fourmis ou à couper un ver de terre en morceaux, pour voir ce que ça fait, ou ne s'est jamais énervé après un chat, à lui tirer la queue ou à le tabasser, ou un de ses copains ? Et quel adulte pleurerait de voir arriver sur la table un poulet rôti préparé pour lui ou de voir une photo de vaches alignées en batterie la tête dans un seau ? Et qui serait assez fort pour ne pas s'énerver quelquefois devant quelqu'un qui mange de la viande, devant les justifications merdiques, devant leur tel mépris des animaux ?

 

41 Si je m'occupais d'un enfant

Si je m'occupais d'un enfant, je ne lui donnerais pas de viande. Les gens me diraient : « D'accord que tu fasses ce choix de ne pas manger de viande ; mais tu n'as pas le droit d'imposer ton choix à un enfant qui n'est pas en âge de décider ».

Ils sont culottés les gens. Ne pas donner de viande à un enfant serait lui imposer un choix ; le faire participer sans qu'il le sache à l'abattage des animaux, lui faire manger de la chair d'êtres bien vivants tués pour ça, en lui cachant souvent la nature de ce qu'il mange, en lui cachant le rapport entre le lapin dans son assiette et le lapin en peluche dans son lit, ce ne serait lui imposer aucun choix. C'est le choix banal, le choix que fait tout le monde, c'est « aucun choix ».

Même avant que je n'aie appris à dire « oui » ou « non », on m'a placé sans que je ne le sache dans le circuit de la violence. On m'a fait manger la chair des veaux qu'on me faisait caresser dans les prés. Ça me dégoûte. Et quand j'ai compris ce que c'était, et que j'ai voulu refuser, on m'a forcé, pendant plusieurs années. Et j'ai fini par céder, par oublier.

 

David

 

42 « Il est interdit de... »

 

Rien n'est autorisé au chat de rue. Sauf sa mort. Les textes du règlement sanitaire départemental (article 99.6) qui régissent sa non-existence[[[Le chat errant, dit la loi, est un « res nullius », une chose qui n'appartient à personne.]]] ne sont qu'accumulation d'interdictions.

Défense de vivre d'abord : « Il est interdit de laisser vaquer les animaux domestiques dans les rues, sur les places et autres lieux de la voie publique[[[À l'hôpital Edouard-Herriot (Lyon), l'administration rémunère un capteur professionnel de la société « France-Capture ». Celui-ci travaille la nuit, il est payé au nombre d'animaux capturés. Les animaux sont ensuite conduits à la SPA qui les euthanasie.]]], ainsi que dans les halles et marchés ».

Défense de manger ensuite : « Il est formellement interdit de jeter ou de déposer des graines ou de la nourriture en tous les lieux publics pour y arrêter les animaux errants, sauvages ou devenus tels, notamment les chats... »[[[Un millier de personnes à Lyon nourrissent les chats errants, les tatouent et les stérilisent parfois et tuent les portées à la naissance (pas dans tous les cas). Beaucoup de personnes nourrissent les pigeons et les mouettes citadins. Ces personnes ont quelquefois/souvent à « supporter » les insultes, injures et menaces (de la part des voisins, passants, etc.).]]]. Et poursuit le législateur : « La même interdiction est applicable aux voies privées, cours et autres parties d'un immeuble lorsque cette pratique risque de constituer une gêne pour le voisinage ou d'attirer des rongeurs »

 

Seule la mort du chat est autorisée. Dans certains cas, elle est même recommandée. L'article 120 du même règlement demande que soit prises « toutes mesures »... Si la pullulation de ces animaux est susceptible de causer des nuisances ou un risque de contamination pour l'homme.

La loi, enfin, oblige les municipalités à capturer les chats errants, à les mettre en fourrière. Et à les détruire tout de suite.

Leur souffrance est sans fin, les chattes nichant chaque saison.

 

D'après ___Le Progrès___, 12 avril 1981

 

 

42 VIANDE = MEURTRE

Pour les besoins du cinéma...

 

Les films qui comportent des scènes de violences, de tortures et de meurtres sur des animaux nous proposent des images très réelles. Et pour cause !

Les animaux dressés spécialement pour la figuration sont loués pour des sommes qu'une majorité de producteurs de films veulent et/ou ne peuvent débourser. Aux USA et en Europe (officiellement) les « animaux de cinéma » sont protégés. Mais rien n'empêche un producteur de les utiliser dans des séquences révoltantes, dès l'instant qu'il tourne dans des pays où les animaux ne sont pas (ou peu) protégés (exemples classiques : Espagne, Italie, Mexique...).

Des chevaux, des chats, des chiens, des oiseaux (ou d'autres animaux si besoin est) sont mutilés et tués après bien souvent une longue agonie douloureuse. Par exemple, l'avènement des westerns a signifié le commencement d'atroces calvaires pour les chevaux : le « running W », système consistant à relier les pattes d'un cheval par un fil à un pieu situé hors du champ de la caméra. Le cheval galope, le fil se déroule et quand il est à bout, l'animal culbute. Neuf fois sur dix, le cheval meurt. Inventé par « Hollywood », le « running W » a été interdit en 1940, mais un certain nombre de réalisateurs continuent à l'utiliser[[[La prochaine fois que vous regarderez un western, observez bien de quelle manière les chevaux tombent. S'ils s'abattent sur le poitrail, s'ils roulent ensuite sur le sol et font le mort, c'est qu'il s'agit d'animaux « cascadeurs ». Ce sont des chevaux bien entrainés. Ils sont rares et chers. Si au contraire, vous voyez le cheval culbuter, il s'agit généralement d'un cheval ordinaire, un cheval « à finir ».]]]. Quand il s'agit d'animaux, le trucage consiste à faire croire, trop souvent, aux spectateurs que les animaux sont mutilés, souffrent et meurent « pour de faux »... D'après France Dimanche n°1614, 1977

 

 

Signalons aussi l'utilisation des animaux à la télévision et dans les publicités (par exemple rappelez-vous la pub pour la marque Benetton où des moutons ont été peints).

 

 

43 Et les vêtements en cuir et en laine ?

 

Le fait de porter des vêtements en cuir et en laine que l'on a déjà achetés cautionne-t-il l'exploitation des animaux ?

D'un point de vue ___marchand___ (on vit malheureusement dans un système d'argent), je ne le pense pas puisque l'achat a déjà été fait antérieurement et que continuer à porter ces vêtements évite un nouvel achat, donc la production de nouveaux vêtements issus de la souffrance animale. On peut dire que le port de ces vêtements n'ajoute pas une souffrance. Une fois usés les vêtements en cuir ou en laine pourront être remplacés par d'autres en synthétique ou en coton (par exemple) à moins que l'on ait l'opportunité de récupérer des vêtements en cuir ou en laine qui ont déjà été achetés. Mais alors pourquoi ne pas récupérer de la viande ?

Si d'un point de vue marchand on peut effectivement ne pas surajouter de la souffrance, il n'en demeure pas moins par contre qu'on perpétue la valeur ___d'usage___ des animaux (en plus, les autres ne risquent pas de se poser des questions si tout le monde fait comme eux).

Le fait même de penser à manger les animaux, de les reléguer à des composants de chaussures, et cetera, sous-entend que les animaux n'existent pas, qu'ils ne sont là que pour le profit et l'usage des humains. Je lutte contre cela.

 

Exploiter les animaux, ce n'est pas seulement les tuer personnellement, c'est aussi les acheter sous forme de veste, de chaussure ou de viande. Mais bien plus que cela encore : quand on porte des chaussures en cuir récupérées, on perpétue d'une certaine façon l'exploitation animale. Si les gens qui récupèrent le cuir (et autre) font attention à ne pas surajouter de la souffrance, ils portent néanmoins le produit de la souffrance d'animaux.

Mais tout n'est pas si simple puisque la production de vêtements en synthétique inclut aussi, dans des proportions mal définies, la souffrance d'animaux (par exemple la pollution industrielle et chimique). Ajoutons à cela la souffrance des travailleurs exploités pour les fabriquer.

À ce niveau, et en l'état actuel de mes connaissances, j'ai fait le choix de tendre à remplacer systématiquement les objets/vêtements/produits que j'utilisais (ou utilise) qui contiennent des substances animales. Pour beaucoup d'entre eux c'est très facile, pour d'autres c'est impossible (photos par exemple), alors j'essaie de m'en passer (avec plus ou moins de succès selon).

 

Martial

 

 

ENCADRE

Je n'apprécie pas que l'on parle de gaspillage lorsque l'on parle de la mort d'êtres (humains ou animaux). Le gaspillage s'applique à des objets auxquels on a attribué une valeur marchande ou d'usage. Ce n'est donc pas par souci des animaux que l'on parle de gaspillage, mais seulement parce qu'il y a eu gâchis d'objets appartenant aux humains.

FIN ENCADRE

 

43 Animaux sauvages ou non

 

« Le commerce illégal d'animaux sauvages qui s'étend sur toute la terre, représente un marché de 1 à 1,5 milliards de dollars par an. »

 

___D'après___ Le Progrès ___, 21 août 1988___

 

« Le commerce légal (ou illégal) d'animaux « domestiques » (ou non) qui s'étend sur toute la terre, représente un marché de plusieurs milliards de dollars par an et une source de souffrance énorme... non chiffrable. »

 

___D'après___ LA RÉALITÉ ___, édition inachevée

 

 

43 Le doux angora

 

L' « angora » est exclusivement la fibre textile du lapin blanc à poil long du même nom. Depuis longtemps la France occupe la première place mondiale des producteurs, elle « produit » environ  deux cents tonnes par an. Tous les trois mois environ, le lapin (ou plus souvent la lapine, car elle est plus « productive ») est ___épilé___ et fournit jusqu'à 1 kg de mèches par an. Il est communément admis maintenant que la fourrure est un commerce de souffrance et de mort, malheureusement un grand nombre de gens préfère ne rien entendre des autres produits animaux (cuir, laine, etc.) qui tous sont obtenus en échange de la vie de millions d'animaux.

 

___D'après___ Science et Vie ___, septembre 1988___

 

 

44 Produits cosmétiques et hygiéniques

 

Parlons d'abord des ingrédients.

La plupart des crèmes, fonds de teint, savons, rouges à lèvres et fards à paupières contiennent des graisses animales. Plus de 20 000 baleines sont tuées annuellement, dont la graisse sert à la production de savons, produits cosmétiques et lubrifiants. L'instrument le plus cruel dans ce massacre c'est le harpon à charge explosive : éventrées et horriblement mutilées, les baleines se débattent parfois des heures avant de mourir. Un autre produit provenant des baleines est l'ambre gris utilisé dans beaucoup de parfums. Cette substance grisâtre et cireuse est prélevée dans l'intestin des baleines tuées.

Souvent les parfums contiennent aussi de la civette, une sécrétion des glandes odorifères du chat musqué – en Éthiopie, d'où ces animaux proviennent, il existe même des fermes spécialisées dans la production de civette ; les chats musqués y restent enfermés toute leur vie dans des cages beaucoup trop petites, sous des conditions de vie inimaginables – ou encore du castoréum, provenant du castor, et du musc. Pour plus de commodité, les castors aussi bien que les chevrotins fournisseurs de musc sont tout simplement abattus par les chasseurs convoitant leurs précieuses sécrétions glandulaires.

Œstrogène (extrait de l'urine des juments maintenues constamment enceintes), placenta, escargots écrasés, extraits d'embryon ou de fœtus et huile de vison sont encore d'autres matières couramment utilisées par les fabricants de produits de beauté.

 

 

Analysons ensuite les méthodes d'essai.

Tous les produits chimiques (colorants, agents conservants, etc.) contenus dans les produits de beauté sont essayés au moins une fois au cours de leur développement sur des animaux pour voir s'ils sont nuisibles, et, si oui, dans quelle mesure.

Pour se rendre compte si un produit n'irrite pas les muqueuses, on utilise surtout des lapins : on leur met par exemple du shampoing dans les yeux. Étant donné que les glandes lacrymales du lapin produisent beaucoup moins de liquide que celles de l'homme, la substance reste dans l'œil en état concentré pendant des jours et des jours, provoquant de graves irritations et souvent même la cécité.

Pour contrôler si le produit n'irrite pas la peau, celle des animaux d'essai est entaillée ou enlevée jusqu'à la chair vive, on applique ensuite le produit à tester (crème, colorant pour cheveux, etc.) sur la plaie. De graves brûlures en sont souvent la conséquence. Pendant toute la durée du test, les animaux sont ligotés afin qu'ils ne puissent pas se gratter ou se lécher.

Lors du test de toxicité, on vérifie la toxicité du produit par application d'une dose déterminée soit en l'introduisant au moyen d'une onde dans l'estomac des animaux, soit en les forçant à inhaler le produit, soit encore en l'injectant dans les muscles, les veines ou la cavité abdominale. On observe ensuite les spasmes, paralysies et autres réactions. Après quelques jours, les animaux – s'ils sont encore vivants – sont tués et on analyse les dégâts causés. Lors du test DL-50, la dose est progressivement augmentée jusqu'à ce qu'elle cause la mort de la moitié des animaux constituant l'échantillonnage.

Ce n'est qu'après toutes ces tortures qu'on en vient aux tests sur le consommateur. Et là, les méthodes s'humanisent : soudain, il suffit d'essayer le produit quelques semaines sur la peau intacte, au lieu de le mettre dans les yeux ou sur des plaies. Là on tient compte aussi de l'usage auquel le produit est destiné, c'est-à-dire qu'on n'oblige personne à avaler un rouge à lèvres ou un flacon de bain-mousse.

 

 

Les alternatives.

Il y a des fabricants de produits cosmétiques qui n'emploient pour leurs produits que des ingrédients végétaux et minéraux : ces producteurs se sont engagés à ne pas faire de tests sur les animaux et n'utilisent aucune matière première ayant été soumise à de tels tests.

On pourrait objecter que ces maisons n'offrent pas les garanties nécessaires en ce qui concerne l'innocuité de leurs produits.

N'ayez pas de crainte : les essais sur animaux ne sont prescrits (bien qu'indirectement) que pour les produits contenant des ingrédients qui pourraient être nuisibles. Si un produit est donc admis sur le marché sans avoir fait l'objet de tests sur les animaux, c'est que les ingrédients qu'il contient ont été jugés inoffensifs. Par contre, les produits que l'on teste d'abord sur les animaux contiennent des substances jugées susceptibles d'être nuisibles. En outre, une preuve de non-toxicité obtenue par des tests sur des animaux ne présente encore aucune garantie que ce produit est sans danger pour les humains.

Les tests sur les animaux ne servent donc nullement à la sécurité du client, ils n'ont que fonction d'alibi pour les producteurs.

En utilisant des produits de beauté non testés sur les animaux, vous avez donc la garantie qu'ils ne contiennent pas d'ingrédients dangereux. Ainsi, en achetant ces produits, vous contribuez à l'abolition des tests sur animaux, et vous utilisez un produit qui présente à coup sûr beaucoup moins de risques pour votre santé que les produits usuels.

 

___D'après un tract du Beauty-Center Claudine Haupert, 31, rue Marie-Adélaïde, L-4757 Pétange, Luxembourg___

 

 

45 Stériliser les chats

Faire opérer sa chatte plutôt que de chercher à caser ses futurs petits, faire castrer son chat plutôt que se réjouir que ce soit un mâle, ce serait déjà économiser quelques vies, des êtres vivants, économiser de la souffrance, limiter ce gaspillage, ces meurtres ; ce serait peut-être aimer les chats, aimer les vies, aimer la vie... Chaque petit chat à venir n'est rien d'autre qu'un chat de la SPA qui sera tué après quinze jours de refuge, qu'un chat de rue qui mourra de faim ou écrabouillé sous une voiture ou qui finira dans un laboratoire, qui souffre, qui souffrira.

 

C'est évidemment plus simple de faire de la pb à un ami pour un chaton de sa chatte adorée que pour un chat de rue ou de la SPA tout maigre, un de tous ces chats parmi lesquels il faut choisir, en sachant que les autres... C'est plus facile de culpabiliser un peu l'ami en question pour qu'il accepte le chaton qu'on sera « obligé » autrement de tuer que de se culpabiliser soi-même de laisser sa chatte procréer ; de participer à ce gaspillage qu'on pourrait justement éviter directement, individuellement ; et tout ça plus ou moins justifié par l'existence du « naturel », absolu et bon, parlant de maternalité et de puissance virile, à qui plutôt on fait dire ça, au nom des instincts, « comme ça » ; et on prend évidemment plus en compte ces « instincts » que l'envie de vivre de chaque chaton, parce qu'on classe les choses « comme ça » quand ça arrange, et autrement quand ça arrange autrement.

Et on arrive facilement quand même, quand il s'agit de son propre déplaisir, à « aller-contre », c'est à dire : faire castrer son chat pour ne pas avoir un chat tout moche de s'être battu, pour ne pas avoir à se faire des soucis pour lui quand il part une semaine pour draguer, faire opérer sa chatte pour ne pas être emmerdé avec des chatons à tuer, pour ne pas avoir à faire ça soi-même, parce que les vétos ne veulent pas le faire, qu'il n'existe personne de reconnu socialement pour le faire, autrement ce ne serait  qu'un mauvais moment à passer comme pour les animaux qu'on mange et l'abattoir... C'est bien loin d'être pour chaque chaton, pour chaque chat, pour qu'ils souffrent le moins possible et vivent tant qu'ils peuvent.

 

Bien sûr, un chaton ne peut pas comprendre qu'on va le tuer, et se mettre à gueuler qu'il ne veut pas, ou à donner des raisons pour lesquelles il ne veut pas, il ne parle pas et n'a sûrement pas ce recul sur la vie que peut avoir un humain ; mais il a pourtant envie de vivre. Beaucoup d'humains en profitent pour considérer les animaux comme des sous-êtres ; considérer leur vie comme négligeable, et en profitent surtout pour les tuer, et certains d'entre eux vont même jusqu'à penser que les animaux ne ressentent pas la douleur.

Et, on surprend le chaton comme ça dans sa vie, on l'enlève, on le met dans un sac avec un gros caillou et on le jette au Rhône, ainsi on ne le verra pas souffrir de l'eau qui lui entre dans les poumons ; et ce n'est pas abstrait, c'est que je la sens ta vie, que je sais ce que c'est la souffrance, que je la ressens chez moi et chez les autres, que je l'évite pour les autres et pour moi, que je ressens ça de manière assez proche des autres êtres vivants.

 

Et même si je peux assez souvent oublier tous ces chats, toutes ces souffrances et tous ces meurtres, je cherche aussi assez souvent à ne pas faire partie de cette ambiance générale de tous les jours qui les produit ; et à ne pas non plus dans le cas contraire, le justifier bêtement, par réflexe, chercher à camouffler mes contradictions...

S'il n'y avait pas de gens abandonnant leur chat, s'il n'y avait pas de voitures pour les écrabouiller, s'il n'y avait pas de labo pour les vivisectionner, s'il n'y avait pas un certains nombre de chats non opérés, tous les chats qui vivraient, vivraient assez longtemps ert souffriraient assez peu... Mais les chats déjà tuent et font souffrir d'autres animaux, d'autres animaux aussi ; alors si le problème est réglé pour les chats, il reste toujours celui des autres.

 

Françoise

 

- La stérilisation c'est habituellement l'ablation des testicules ou des ovaires ; mais il existe une possibilité qui change moins l'animal : la vasectomie et l'hystérectomie.

- Certaines SPA donnent des bons de stérilisation gratuits chez certains vétos pour les chats de rue. Renseignez-vous ; le véto peut avoir la consigne d'éuthanasier dans certains cas.

 

 

46 Dans d'autres pays

Le nombre de végétariens en Grande-Bretagne serait de 6% de la population et aux États-Unis de 16%. Le mouvement est également fort au Canada, en RFA et en Australie. Ces végétariens s'opposent à l'oppression et à l'exploitation des animaux. Les associations telles la Vegetarian Society et la Vegan Society en GB (« vegan » = végétalien en anglais), ainsi que l'ALF (voir encadré) ont de nombreux membres.

Faute d'être aimés par tous - les mangeurs de viande restent quand même la majorité – les végétariens dans ces pays sont au moins pris en compte. Leur vie quotidienne en est simplifiée. On ne s'étonne pas quand ils disent par exemple « Je ne mange pas de viande pour ne pas tuer d'animaux ». En GB et aux États-Unis, on trouve des rayons végétariens dans de nombreux supermarchés, et les grands fabriquants alimentaires commencent à faire attention à ne pas perdre inutilement des clients, en veillant par exemple à ce qu'ils mettent dans leurs produits (comme les graisses d'animal qu'on trouve en France dans la plupart des potages de légumes en sachet). Les Mac Donald's et autres servent des repas végétariens. La vitamine B12 pose peu de problèmes pour un végétalien, car de nombreux produits de consommation courante comme le lait de soja en contiennent en additif, extrait de cultures microbiennes. On trouve des préparations toutes faites pour nourrir un chien sans viande, et on peut commander directement un supplément pour un chat (alors qu'en France, il faut le commander aux États-Unis).

Également pour ne pas perdre de clients, les grands partis politiques se mettent à parler des « droits de l'animal » dans leurs programmes.

Les végétariens en GB sont encore plus nombreux parmi les jeunes ; il y aurait 1,4 millions de gens de moins de 16 ans en GB qui « sont végétariens ou évitent la viande ».Une campahne (« CHOICE ») a été lancée récemment pour que toutes les cantines scolaires donnent un choix d'au moins deux repas végétariens de qualité chaque jour ; The Vegetarian estime que de 10 à 25% des élèves dans une cantine typique sont végétariens ou veulent l'être (parfois jusqu'à 50% dans certaines cantines). Les végétariens britanniques se plaignent de la mauvaise qualité des repas qui leur sont servis et de ce que seulement 84% des cantines leur en proposent ; alors qu'en France, il faut sans doute beaucoup chercher pour en ttrouver une qui en ait l'idée.

1. The Vegetarian, mars-avril 1989, p. 29. Chiffres cités comme représentant les « végétariens et végétaliens pratiquants ».

2. Même source, p.4.

David

 

(encadré en bas)

Dans un Canard Enchaîné (juillet 1988) :

Fort comme un bœuf :

Un végétarien a été pris d'un furieux coup de sang anti-viande qui lui a fait briser les vitrines de deux boucheries, sur son lieu de vacances.

Le Parisien Libéré (19 juillet) précise : « Le jeune homme a expliqué qu'il avait déclaré une guerre systématique aux bouchers parce qu'il ne supportait pas que l'on tue des animaux pour manger leur viande. »

Interpellé par les gendarmes, le hooligan du riz complet vient malheureusement de voir son horizon bouché.

Le Canard fait dans l'humour...  

 

(encadré à droite)

L'ALF :

Le mouvement de défense des animaux doit en Grande-Bretagne beaucoup aux activistes de gauche et aux punks. L'ALF (Animal Liberation Front) est très actif en GB, aux USA et au Canada dans des opérations comme les sabotages de boucheries, de magasins de fourrure, de labos de vivisection, etc. Leurs actions sont conduites dans l'optique de ne jamais blesser ou tuer des humains ; ce qui n'empêche qu'en Grande-Bretagne depuis 1946, date de naissance de l'ALF, il y a pratiquement en permanence plusieurs militants de l'ALF en prison (trente actuellement, cent depuis 1976). Ronnie Lee, ex-porte parole du groupe de soutien de l'ALF, vient d'être condamné à dix ans fermes dans le procès de neuf peersonnes au total pour des actions contre des magasins de fourrure (38 ans fermes au total pour les neuf). Pour eux, le végétarisme va de soi, alors que peu de membres de la SPA française, voire de la Ligue Française Contre la Vivisection, le sont (on trouve même des annonces pour des boucheries sympas « amies des animaux » dans les bulletins de la SPA – sans doute amies des chiens et chats seulement).

L'ALF est une organisation sans structures, n'importe qui qui fait une action peut s'en réclamer, à condition bien sûr d'être végétarien ; il existe néanmoins un groupe de soutien actif, pour la défense juridique des militants qui se font prendre et pour les relations avec la presse. L'ALF n'est ni cautionné ni, je crois, formellement condamné par les organisations légalistes comme la Vegetarian Society ou la Vegan Society.

Le FLA - Front de Libération des Animaux – existe en France, mais a peu de membres.

 

 

Les végétariens en accusation :

Le Pontefract&Castelford Express informe ses lecteurs :

L'armée croissante des végétariens est peut-être responsable de lamise au chômage de 19 travailleurs de Pontefract.

Le gérant de l'abattoir « Borthwick and Sons Water Lane » a accusé le changement dans les habitudes alimentaires.

« De plus en plus de gens deviennent végétariens et les ventes de viande sont en baisse » a-t-il déclaré. Les établissement Borthwick ont dû récemment également fermer d'autres branches à Birmingham et à Nottingham en raison de la baisse des ventes.

Traduit de Vegan Views numéro 41 (hiver 1987)

 

 

47 « Je respecte les végétariens »

première partie -

Ton respect se borne à préserver ce que tu es. Comment pourrait-il en être autrement lorsque les villes sont chargées de tous les symboles que tu prepétues. Observe autour de toi, le viandisme est imposé aux animaux comme à ceux qu'il écœure : les odeurs et les corps cuits ou crus des animaux ont envahi depuis longtemps l'espace que je partage avec toi. Toi, tu ne les observes pas, ils font partie de ton décor, c'est une partie de la banalité. Une de plus. Essaie un peu de te promener en faisant attention à toutes les formes de viandisme exposées. Il y en a beaucoup. Soupçonnes-tu seulement le millième de ce qu'elles provoquent chez ceux qui sont différents de toi ? Certainement pas. Alors ne me parle plus de respect s'il te plaît, je ne le vois pas. Avant de m'imposer ton « respect » hypocrite, observe un peu les animaux que tu manges. Je n'ai nul besoin de ce que tu appelles respect. Ni les animaux tués pour toi, ton plaisir et ton ignorance. Je rejette ton respect car il ne tient compte d'aucune réalité. Ni de ce que tu es, ni de ce que je suis, ni de ce que sont devenus des animaux à cause d'humains comme toi : des sous-êtres comestibles. Je ne suis pas végétarien ou végétalien pour moi-même, c'est la prise en compte de l'autre qui me préoccupe. Et toi tu voudrais me respecter sans respecter les animaux ?

 

Deuxième partie -

Ce n'est pas toujours simple d'éviter les postillons viandés, les bises au rouge à lèvre contenant des graisses animales, les odeurs de corps cuits ou crus d'animaux qui te donne envie de gerber, les mains graisseuses d'après le repas (si tu manges avec des viandistes), etc. Dans tous les cas, prudence : le « respect » envers les végétariens/végétaliens se borne souvent à te servir des légumes cuits avec la viande, à te vanter les mérites de ses chaussures en cuir, à oublier de te dire qu'il y a du lait dans le gâteau qu'il t'a offert, à continuer à considérer « son » chien comme un sous-être malgré ce que tu peux en dire... à continuer à voir dans les animaux des sous-êtres (commestibles ou autre).

Mais si tu as supporté tout cela, ne crois pas que tu as tout enduré ; les viandisres sont les spécialistes tout terrain de la reconnaissance des autres : pour épater (ou non d'ailleurs) ses amis il parlera de toi comme « son » végétarien ou « son » végétalien. On te regarde comme un être curieux, voire bizarre, tout bonnement parce que tu n'es pas « comme tout le monde », surtout lorsque tu ne crains pas de l'affirmer. On se moque de toi parce que tu déranges, on te flatte pour mieux t'enfoncer après. On te demande d'être parfait dans tes convictions sans que cette exigence soit réciproque ; tel viandiste ne voudra pas manger du cheval (tant mieux) parce que ça l'émeut (et les autres ?) On te parlera des plantes que tu manges (le fameux : « et les carottes râpées ? ») sans soupçonner ta réflexion sur ce sujet. On n'essayera pas de comprendre ton intérêt pour les animaux (et autres), trop souvent pour ne pas se mettre en cause. Alors on l'évitera, tu deviendras « fanatique » parce que tu refuses le viandisme, qu'il te soit justifié avec du mépris ou avec le sourire (le fameux : « je ne mange pas de la viande qu'une fois par semaine » ; les animaux doivent sans doute être très sensibles à ce genre d'argumentation).

Ne crois pas enrichir beaucoup de gens avec tes critiques, ils les considéreront comme des menaces.

Qui a dit que les végétariens/végétaliens étaient respectés ? Des viandistes certainement.

 

Martial

 

(encadré en haut)

Le viandisme m'isole d'énormement de gens. Parfois cela me gêne. Quand je pense qu'il y a des millions de gens avec le ventre plein de bidoche, qui parlent, sourient sans s'interroger et réflechir sur le fait qu'ils ont commandité un meurtre pour cause de plaisir. C'est dégueulasse. Et le plaisir des animaux ? Hors de propos évidemment, idem pour celui que l'on acquiert quand on en tient compte.

 

Gavage

Le département d'Agriculture américain développe une drogue, le cholecystotenin, qui donne aux cochons un appétit presque illimité en bloquant les hormones qui signalent à l'animal qu'il a assez mangé.

Reporterre n° 7, juillet-août 1989

 

48 Poulet congelé

 

J'ai trouvé récemment dans une benne un poulet congelé. Il était froid, encore tout congelé, il avait dû être jeté moins d'un quart d'heure avant.

Il était tout petit, de la taille un peu d'un chat, je l'ai d'ailleurs bien vu ressembler très précisement à notre chat à qui on aurait arraché la fourrure, les poils de sa peau.

J'ai eu comme réaction, l'envie de le réchauffer, de le serrer contre moi. M'est venu l'idée de le mettre dans une couverture pour protéger sa peau mise à nu de ses plumes, ou de lui passer quelque chose de gras sur le corps, pour atténuer le contraste entre l'air et cette surface très sensible.

Je l'ai pensé comme encore vivant, pouvant vivre, revivre. Ses pattes coupées à ras demandaient un pansement. Il était comme malade ou accidenté.

J'ai aussi eu comme réaction de vite aller l'enterrer, de le prendre et de lui chercher un coin tranquille, de le cacher comme on est habitué à cacher la mort (et la souffrance).

J'ai eu la réaction de le prendre parce que j'étais sûre qu'il n'était pas bien dans cette benne, en epnsant que je pouvais lui trouver un endroit où il serait mieux, alors que c'était déjà fini, que s'il y avait quelque chose à faire, c'était trop tard pour lui.

J'ai pensé aussi le laisser dans la benne, le faire tomber au fond, le cacher, et aussi ne pas en parler à David, de ne pas lui infliger de le voir, pour ne pas encore lui rappeler ça auquel on est déjà confronté presque partout dans la rue et dans les magasins, alors qu'on était assez bien tous les deux à fouiller dans les bennes.

J'ai voulu le prendre pour ne pas le gaspiller, en tant que nourriture, en tant que matière ayant une valeur nutritive, pour le donner à quelqu'un qui en aurait fait tuer (par exemple acheté) un autre pour le manger, pour sauver la vie de cet autre dans le futur, un peu en échange de celle de celui que j'avais devant moi.

Je me suis assez surprise à le voir comme un cadavre recroquevillé, ayant été tout mutilé. J'ai vu un animal qui avait été vivant, qui était mort, qui avait été tué.

Je l'ai finalement pris.

 

J'ai pensé ensuite que j'aurais pu le voir, et que presque tout le monde l'aurait vu comme une nourriture, un truc à faire cuire, qui sera bien craquant en sortant du four, qui sentira une bonne odeur mettant l'eau à la bouche ; un truc qui flattera les yeux, le nez, la bouche et l'estomac.

 

J'ai cherché, nous avons beaucoup cherché « quoi en faire », nous avons beaucoup hésité. Aucune solution n'était de toute façon maintenant acceptable, maintenant qu'il était mort.

On a choisi de le donner « à manger » ; le problème ensuite était de choisir à qui, de trouver/décider ce qui était le « moins » horrible et/ou « le plus utile ».

On pouvait le donner à quelqu'un mangeant de la viande, à quelqu'un qui en aurait effectivement acheté un autrement, mais c'était assez difficile de se faire comprendre, et ça me faisait chier d'avoir ainsi à respecter/cautionner un mangeur de viande.

On pouvait le donner au chat avec qui on vit, mais me dégoûtait de m'occuper de le cuire pour qu'il se conserve mieux et pour mieux le découper en morceaux.

Je pouvais le manger, nous aurions pu le manger, certains d'entre nous, pour s'éviter d'avoir à mpanger autre chose, des plantes ; il devait y avoir meuilleure solution et nous n'y avons pas vraiment pensé.

Nous avons pensé le donner pour un chat ou un chien, à quelqu'un habitué à lui donner de la viande fraîche.

À un chien parce qu'il y a moins besoin de lui préparer, ou à un chat parce qu'il peut plus difficilement se passer de viande. Ne me plaisait pas beaucoup d'imaginer ce petit corps se faire violement déchiqueter et goulûment avaler par un chien.

 

J'ai ressenti un profond dégoût, à ce que ce soyons nous, justement sensibles aux problemes des animaux tués pour la viande, qui nous retrouvions amenés à déchiqueter un poulet pour notre chat, pour éviter quelques boîtes-minou à la viande qu'ils nous fait déjà chier de lui donner, une nouvelle bonne révolte contre l'ordre des choses imposant d'avoir à faire un choix entre le chat et la souris, imposant le choix tout fait du chat aux dépens de la souris ; que nous soyons amenés à nous occuper de ce poulet congelé, que nous ayons à nous torturer pour faire un choix...

 

Nous l'avons gardé environ deux mois au congélateur, le temps d'en parler entre nous et d'en parler un peu autour de nous. J'étais assez mal à l'aise de l'avoir, comme ça, chez nous, un peu comme si j'avais un mort sur la conscience, un cadavre dans un placard accessible...

Nous l'avons finalement porté dans un terrain vague pas très loin de chez nous, que nous connaissions pour être très habité par des chats, nous l'avons posé pour que ces chats s'en nourrissent, le déchiquettent sans que nous les voyons faire.

Nous sommes retournés sur ce terrain quelques jours plus tard, il ne retait plus rien, même pas un os et même pas le sac de congélation dans lequel il était, qu'on avait juste ouvert pour que les chats le repèrent à l'odeur. Nous avons pensé que des voisins l'avaient peut-être pris pour eux ou que les chats l'avaient traîné et que le sac s'était envolé.

Il n'y avait pas de possibilité de bonne solution, ce poulet était mort.

Tout ça est bien sordide.

 

Françoise

 

49 Des relations limitées

 

C'est drôle de constater que les viandistes peuvent être intéressants sur certains côtés. Ils nous agressent tellement avec leur mépris voilé ou affiché des animaux qu'ils nous en feraient presque oublier qu'ils ne sont pas que des viandistes. C'est vrai, j'ai passé de bons moments avec certains d'entre eux. Habituellement, je remarque (rapidement ou non) chez les gens que je côtoie les limites au-delà desquelles il ne faut pas aller sous peine de conflits très durs, voire de ruptures. Idéalement je n'aime pas cela, je préfèrerais de beaucoup ces merveilleux moments passés avec des individus où il n'y a ni tabous, ni limites (ou si peu). Ce qui n'empêche pas le désaccord d'ailleurs. Se comprendre c'est déjà beaucoup. Mais malheureusement ce genre de relations privilégiées, parce que rares, nécessitent du temps et de la volonté de part et d'autre. On n'a pas toujours le temps ou l'envie de prendre le temps. C'est dommage sans doute. On peut évidemment faire des efforts pour mieux écouter et parler (à défaut de se comprendre sans rien dire). Si on avait des relations profondes avec tous, de l'epicier au passant, ce serait « parfait » mais aussi, je suppose, très éprouvant pour y arriver. Hélas on en est très loin. Les relations profondes sont aujourd'hui cachées voire inexistantes.

 

Quand je parle avec un viandiste, on parle souvent de sujets autres que les animaux. Parce qu'il n'y a pas que ça et aussi parce qu'il y a eu précédemment un essai. Essai massacré par le trop fameux « on est différent, on se respecte ». Je veux savoir pourquoi on est différent, pourquoi on peut s'entendre sur certains sujets et s'opposer sur d'autres. Sans confrontation, nos différences ne sont que de grossiers murs bâtis pour nous séparer et non pour nous enrichir l'un l'autre.

 

Je n'ai à ce jour jamais rencontré quelqu'un qui me dise froidement : « je mange des animaux, ça ne me gêne pas car ils n'existent pas, ils sont pour moi ». Ce qui ne veut pas dire que je n'aurais rien à lui dire. J'ai toujours discuté avec des gens qui viandistaient en n'ayant, quand même, pas un mépris total envers les animaux. Ce qui me semble contradictoire avec le fait de manger des animaux.

Mais lorsque je veux formuler cette critique élémentaire, je sens un braquage du style : « tu vas nous faire chier longtemps avec tes grapillages ? Passe ton chemin, tu ne m'embrigaderas pas dans tes idées ». Je ne veux embrigader personne, je veux comprendre. C'est vraiment moche d'interpréter et de confondre une amorce de dialogue avec une polémique. Quand on dialogue, on soulève des problèmes et on essaye de les analyser, puis de les résoudre. Quand on polémique, on bataille pour avoir le dernier mot et écraser l'autre. À propos des animaux on croit souvent que je polémique. Pourtant je fais des efforrts de communication, ce qui semble être visible sur d'autres sujets. Il est d'autant plus simple de reléguer ce que je dis à une polémique, qu'une polémique ce n'est qu'une polémique... c'est à dire un combat où le plus important n'est pas de comprendre et de confronter mais de gagner. Ce qui soulage l'esprit semble-t-il des gens, puisque je deviens un ennemi. Est-ce qu'il est fréquent de discuter avec son ennemi ? Hélas non car sinon on pourrait penser qu'il y en aurait moins.

 

Souvent les viandistes semblent étonnés que je tente de reparler avec eux des animaux. Ils semblent étonnés que je veuille repousser les barrières qui nous séparent. Pourtant, idéalement, il ne viendrait à l'idée de personne de fréquenter quelqu'un sans qu'il y ait un apport réciproque. Peut-il y avoir réellement un apport réciproque quand on a fixé à l'avance les limites de cet apport ? Peut-être, mais à force de maîtriser et de contrôler ce que l'on veut faire partager, on ne partage plus rien. Il me semble hypocrite de prétendre vouloir se connaître en s'enlevant les moyens d'y parvenir.

 

Martial

 

49 Tout s'achète

 

En France (par exemple) il existe un certain nombre de magasins et d'élevages spécialisés dans la vente d'animaux. Ces animaux sont mis au monde et élevés spécialement pour être vendus. Les animaux qui sont en magasin, vivent entassés dans des cages, dans un environnement stressant, bruyant, avec des éclairages mal adaptés et sans coins intimes où ils pourraient se réfugier. Ils sont exposés comme objets marchands aux regard des gens. Ceux-ci ne voyent pas en eux, outre la somme qu'ils « coûtent », que des masses mobiles, agréables à regarder et susceptibles d'embellir leur habitat. Parfois il arrive que les humains achètent ces animaux parce que chez eux ils pensent pouvoir leur apporter (et recevoir d'eux) tout ce dont ils ont besoin (soins, tendresse). Ils ne font pas attention qu'en prenant ces animaux, ils permettent aux commerçants et aux éleveurs de continuer à vendre des êtres vivants. Les animaux exhibés dans les marchés ou autres ne sont pas mieux lotis.

 

50 La tête contre les murs

 

Si les actes ne peuvent aller contre le biologique sans l'anéantir, la pensée, elle, le peut, même si c'est quelquefois pour se retrouver la tête contre les murs.

Mais on peut encore choisir la mort, car c'est ce qui rester            a toujours la moindre souffrance, la moindre cruauté envers autrui et soi-même.

Être végétarien, végétalien, ce n'est que refuser un peu la célèbre maxime disant qu'il faut tuer pour vivre. Je suis contente de ne pas trop en rajouter, d'essayer de reduire ce nombre de morts. De m'approcher de cet idéal de vivre sans causer de souffrance à autrui, sans user d'autorité envers lui ; que ma vie ne signifie pas l'horreur, qu'elle ne soit pas inhérente, liée inséparablement, à des souffrances ou morts d'autrui.

Mais il reste les plantes, ces êtres vivants...

Ce n'est pas que je me dise que j'en fais déjà assez, non, on peut toujours en faire plus. Je pourrais ne manger que des plantes tombées de l'arbre, comme les fruits, ou de grosses plantes, dans le souci d'en tuer le moins possible.

Ce n'est pas que je juge les plantes juste bonnes à me nourrir.

Ce n'est pas que je pense qu'elle ne souffrent pas. Par contre, je suis effectivement dans le doute à propos et cela m'aide sûrement pour en manger.

Mais rien ne peut justifier ce massacre quotidien, ni le goût, ni même ma vie.

On peut trouver des gens pensant que qu'aucune idée ne mérite la mort d'un être (bien que ce soit là encore d'un être humain que l'on parle). Mais la vie d'un humain, elle, se passe de toute critique, et alors, tout est permis. Des meurtres peuvent se perpetrer sans bruits, dans le calme le plus complet ; personne n'osera émettre un cri, aussi petit soit-il.

Non. Je ne peux accepter que des animaux ou des humains soient tués pour moi (ni pour d'autres d'ailleurs) et ça me gêne de manger des plantes, même si j'en mange.

Je pourrais aussi faire de la recherche ou inciter des gens à le faire pour créer synthétiquement les substances nécessaires pour vivre. Cela nécessite du temps mais mais ce n'est pas impossible (plusieurs vitamines sont déjà fabriquées grâce à la chimie). Malheureusement, ce genre de recherche dépasse les capacités que je me donne ; en outre, elles ne sont pas dans l'interêt des systèmes existants  qui préfèrent payer pour le nucléaire plutôt que pour une moindre souffrance de la vie.

Mais j'ai aussi la satisfaction, en ne mangeant pas d'animaux, d'éviter par là-même d'innombrables morts de plantes. Tous les animaux que l'omnivore mange sont des animaux qui se nourissent du règne végétal, et non pas d'air et de sels minéraux, comme le font les plantes en général.

Avant de tomber dans une assiette, l'animal a mangé un nombre effroyable de plantes. Se nourrir directement de végétaux en tue un nombre considérablement moins important que de se nourrir avec des animaux.

À chaque fois que quelqu'un mange de la chair animale, c'est à chaque fois énormément de plantes qu'il ingurgite de façon indirecte.

 

Corinne

 

 

50 Quels intérêts?

 

Un être sensible a intérêt à ce qu'on ne le fasse pas souffrir. Les raisons avancées pour justifier le contraire ne tiennent pas. Les intérêts dépendent de réalités, de la souffrance notammente, et non d'idées qui seraient censées, même la plus ténue d'entre-elles, primer la réalité la plus aigue. Donc, l'intérêt de soi manifesté sans partage par les humains doit être mis en balance avec celui du principal intéressé (!) ; ils sont généralement disproportionnés. Éviter la souffrance est un intérêt majeur, celui duquel découlent les autres. L'intérêt des prédateurs à ne pas profiter de leur position de force pour faire souffrir les autres est faible. Mais ces autres ont beaucoup a y gagner. Le profit de l'humain, en particulier, est petit ; le gain de ceux qu'il exploite serait immense.

Il y a peu d'intérêt, mais il y a peu de déplaisir aussi pour l'humain à ne pas manger d'animaux. Il est donc a priori étonnant de voir régulièrement agiter une batterie d'avantages pour l'humain : cela va d'une meilleure santé automatique à une promesse d'élévation passant par une position morale supériorisée. Bien de gens venus au végétarisme sont persuadés que cela a révolutionné leur vie et cherchent à recruter là-dessus. Peu de mots sur les animaux. Presque tous ces avantages supposés se rapportent aux objectifs de « mieux vivre » de celui qui renonce à la viande. Ceux-ci présentent chez tous une uniformité qui n'égale que leur flou, car l'usage est de « se réaliser » dans des pratiques qui remettent aussi peu que possible en cause la vision dominiante de l'individu, unique et clos, prêt à se jeter dans la transcendance pour éviter les autres. Ce qu'ils nomment végétarisme est alors simple outil d'un espoir personnel pour soi-même, au même titre que le yoga par exemple.

Il l'est d'autant plus que l'abandon du viandisme suscite la peur de dévoiler des choses qui touchent à la base de la « personnalité » (cf. « Les réactions que nous rencontrons »). Il est significatif que le végétarisme, censé être la conséquence d'une vision différente, soit souvent un moyen pour l'éviter, tout en étant prétendu la créer ! Cela devient une véritable rétribution : en restreignant l'usage de sa puissance - qui de fait subsiste – l'humain est censé en recevoir une plus vaste, porteuse d'une signification qui lui manque lorsqu'il se conduit... comme une bête ! C'est la morale chrétienne, qui définit la place de l'animal et en général celle de l'autre par le Salut individuel : l'autre n'en est que l'ennemi ou à la rigueur l'outil, mais n'est jamais à prendre en compte pour lui. Chacun pour soi et Dieu ou la Nature pour tous. C'est clair vis à vis des animaux, quand on parle de santé ou d'affinement sensible et moral : ils restent des prétextes. Cela trahit l'agrippement à un faux « équilibre », censé être une sorte d'égalité dans la différence, alors que le réel état des choses actuel est la juxtaposition d'un peu de plaisir et de l'horreur. Les faits sont au ras de terre ; vouloir y coller une dimension « verticale » est une imposture. Une autre conséquence du maintien de ces barrières est que, si les fameux changements espérés n'arrivent pas, ce qui advient souvent, l'humain dépité pour lui se remet à manger de la viande.

Ce n'est pas pour nous que nous ne mangeons pas d'animaux, mais pour eux ; cela ne nous donne rien et leur donne beaucoup. De même, notre position ne nous interdit pas de penser aux autres prédateurs, et à ce que nous pourrions faire pour faire cesser la souffrance qu'ils occasionnent. L'état des choses n'est pas sacré, il est ce qu'on le fait. Autant que possible pour le moins pire.

 

Philippe

 

51 La moindre des choses

 

Quand je vois tout ce qu'il y aurait à faire, à lutter ou simplement à vivre, j'ai l'impression d'une sorte de frustration d'avoir eu à consacrer tant de temps à cette brochure ; une impression de disproportion.

Pour la plupart des gens, manger ou ne pas manger les animaux ne peut pas être un sujet sérieux, même quand on leur dit que pour nous c'en est un ; nous nous trouvons souvent face à un dialogue de sourds étonnant, quand la personne en face ne veut même pas croire que pour nous ce puisse être un problème sérieux. Comme s'il n'y avait aucun moyen de le dire ; et si au détour d'une phrase nous comparons – ce qui nous paraît tout évident – le fait de tuer un animal au fait de tuer un humain, ils se scandalisent, non pas que nous puissons penser que ce soir comparable – pour eux, il est bien évident que nous ne pouvons le penser – mais que nous faissions ainsi de la provocation de mauvais goût. Cest cette incrédulité qui engendre la frustration, qui nous amène à passer tant de temps à dire une chose si petite, si évidente, qui est que les animaux sont des êtres, sensibles, tout le monde le sait, que c'est détruire une vie, anéantir un être, et que cela ne peut quand même pas être justifié par des arguments si petits, si minuscules, comme « ça a bon goût » - ou pire, « on l'a toujours fait ».

Quand on est face à quelqu'un qui ne pense pas comme soi on a toujours tendance à se dire à un moment ou à un autre qu'on ne peut être sûr d'avoir raison, que c'est peut-être l'autre qui a raison. Mais ici l'autre ne dit pas « je ne pense pas comme toi ». Il dit : tu ne penses pas ce que tu dis. Comment pourrait-il y avoir discussion quand l'autre nie qu'il y ait même désaccord ? Et on est obligé de se pincer, de se dire « je ne rêve pas », et de se dire que oui, sur ce point-là au moins, on peut être sûr que l'autre a tort, on est sûr que quelque chose marche mal dans leur système, car ils sont amenés à nier une chose évidente pour nous, que nous pensons effectivement ce que nous disons.

 

Comme des fous, ils ne veulent pas voir une partie de la réalité, et ils ne veulent pas voir que d'autres voient une chose qu'ils ne voient pas. Leur système est cohérent, il est étanche, mais il n'est pas simple. Ils ne nient pas que « la boucherie » ce soit « une vraie boucherie », puisqu'ils utilisent le même mot ; ils ne nient pas qu'ils commettent une violence, ils ne nient pas que c'est parce qu'ils mangent les animaux que d'autres en tuent. Ils aiment les lapins, puisqu'ils en font les héros de leurs histoires enfantines ; ils aiment les lapins, et ils en mangent... Ils ne nient rien, ils n'en tirent simplement aucune conséquence : ils ne voient pas qu'il faut, et qu'il est simple, d'arrêter le massacre.

Quand quelqu'un se comporte comme un fou, mais qu'il n'est pas fou – et c'est peut-être le cas de tous les « fous » - il faut essayer de comprendre pourquoi. Nous avons essayé de l'analyser dans cette brochure. Tant bien que mal, car cette folie, qui touche tant de gens, et qui est si énorme, nous dépasse.

La domination des humains sur les animaux est un des rares domaines qui met à peu près tout le monde d'accord, c'est un des pivots d'un consensus social sur le dos d'êtres extérieurs à la société. C'est la seule hiérarchie qui paraisse aujourd'hui aux gens comme stable. C'est le seul domaine où on peut aller jusqu'à tuer, à dominer totalement un autre être pour un motif futile, sans aucun danger de retournement de situation ; le seul domaine où on est le plus fort par définition.

 

En attendant, ces gens, qui dans tant d'autres domaines sont parfois sincères, sérieux, attentifs, il faut vivre avec. J'ai passé du temps dans ma vie à lutter avec eux contre le racisme et le sexisme, contre l'oppression des humains, pour les Kanaks, etc. Je voudrais encore aujourd'hui pouvoir me sentir motivé pour le faire. Mais je n'y arrive pas. Car cette chose si petite m'obsède, je n'arrive pas à en détourner mon attention : comment peuvent-ils manifester contre un meurtre quand ils tuent si facilement tous les jours ? Comment peuvent-ils vouloir la paix dans le monde quand ils ordonnent chaque jour un massacre pour leur ventre ? Comment peut-on vouloir que l'homme cesse d'être un loup pour l'homme, et en reste un pour les lapins ? Comment peut-on émettre le moindre jugement sur le monde qui va mal, sur ce monde que depuis tant de temps tant de gens voudraient plus juste et plus heureux, quand on ne fait pas cette chose si petite qu'est de cesser de manger de la viande ? Il me semble que d'une certaine façon ils se disqualifient par avance. Cela me paraît irréel qu'ils veuillent ainsi régler de grands problèmes, difficiles, sans régler ce petit problème, si facile à résoudre au niveau de chacun, celui du massacre des animaux pour la viande. Une seule personne qui cesse de manger de la viande, cela représente en moyenne plusieurs dizaine de morts de moins par an. C'est tellement plus rentable que la plus rentable des manifestations.

 

Pour moi l'acharnement des mangeurs de viande contents de l'être à ne pas voir l'évidence, à nier jusqu'à nos pensées, est un symptôme du fait que la viande, en définitive, est un des ciments les plus puissants de la société, une de ses bases les plus intouchables. Et la viande, c'est aussi le massacre le plus grand, le plus cruel, le plus insensé et le plus gratuit que l'humanité ait jamais commis. Mais pour moi, la boucherie des animaux reste un très petit problème, reste le moindre des problèmes : car pour vouloir penser clairement, pour vouloir désirer un monde meilleur, pour moi, cesser de manger de la viande, c'est tout simplement la moindre des choses.

 

David

 

51 Incendies

 

L'été ne fait pas forcément le bonheur des animaux de la forêt. Les incendies qui ravagent des centaines d'hectares de végétation détruisent aussi des animaux. Un mégot jeté négligemment dans les broussailles suffit à embraser les sousbois et à provoquer la mort de milliers d'êtres vivants.

 

52-53 Points de vue

de Dominique, Philippe, manu et alain

Ils se sont intéressés à nos textes au moment de leur écriture ; ils donnent ci-dessous leurs points de vue.

 

Après la lecture d'une parte des textes qui composeront ce livret, il nous semble intéressant d'en dire quelques mots.

Il nous a semblé que tous les arguments en faveur du végétarisme étaient centrés uniquement sur la cause des animaux qui sont les victimes les plus évidentes du carnivorisme. Nous aimerions rappeler que ce régime (animaux et sous-produits animaux) est la cause de la plupart des maladies cardiaques qui surviennent dans nos pays, et tuent plus que toute autre maladie ; on peut y ajouter aussi la responsabilité de la plupart des cancers du sein et du colon, directement liés à ce régime riche en graisses et pauvre en fibres. Contrairement à l'idée reçue, l'intestin humain n'est GRAS___pas___FIN GRAS conçu pour digérer de la viande car il est trop long, les animaux carnivores ont eux un intestin très court, ce qui rend le transit très rapide, ce qui évite un trop long contact avec les toxines cancérigènes ; l'humain a un intestin de végétalien, c-à-d. long. Aux antibiotiques et aux hormones (légales ou non) que ces animaux morts contiennent, il faut ajouter diverses contaminations dues aux contacts répétés avec la saleté des abattoirs, l'urine, la merde, les boyaux, etc.

Aussi, le business de la consommation d'animaux dans les pays riches est directement lié à l'exploitation systématique des pays du Sud, qui produisent toute la nourriture destinée à nos élevages intensifs et qui entraîne lisères et famines dans la majeur partie du globe.

Toutes ces cultures intensives dans les pays pauvres... appauvrissent les terres, créent des dommages écologiques irréparables et brisent l'équilibre naturel qui régnait sur terre depuis bien longtemps. Les éboulements de terrain et les inondations ne sont que quelques catastrophes parmi d'autres liées à ces monocultures centrées exclusivement sur le profit de quelques capitalistes du Nord et de nous tous également qui profitons de l'exploitation des 2/3 des habitants de notre planète.

Le cycle entier, de la production à la consommation des animaux, est entièrement voué à la suprématie des quelques États les plus riches contre l'ensemble des habitants de la planète (les animaux et nous tous compris).

 

Une seconde chose nous est venue à l'esprit en lisant quelques textes qui semblent être en gros « contre la nature », et aussi les ethnies, races, groupes, sociétés d'individus (humains et animaux) et uniquement pour l'individu avec un grand I.

La nature nous semble cruelle et pourtant c'est bien l'homme qui est le plus grand des tyrans que la terre ait jamais connu. Nous réagissons comme nous le pouvons, avec notre culture, pleins de compassion envers les animaux qui eux n'ont trop que faire de nos considérations. Nous ne devons pas sans cesse intervenir et modifier la nature et les divers modes de vie qu'ont les animaux. Vouloir les empêcher d'être « cruels » serait encore porter atteinte à la liberté des animaux qui occupent cette terre depuis bien plus longtemps que nous...

Aussi, loin de nier l'importance primordiale que l'on doit apporter à chaque individu et œuvrer pour la liberté totale de toutes et tous (animaux compris), nous ne pensons pas pour autant qu'il faille se désintéresser de la sauvegarde de telle race de phoques, ou de telle ethnie quelle qu'elle soit. cela irait à l'encontre même desdits individus. Et nous attachons beaucoup d'importance à l'association de tous ces « individus » en sociétés, groupes, peuples et à leurs réalisations résultant de leur union solidaire et amicale ; seuls, notre « liberté » n'a pas de sens, et c'est grâce à l'organisation du plus grand nombre d'humains dans le seul but de mieux vivre, s'aimer, se proteger, qu'il nous sera possible d'accomplir de réels progrès au bénéfice de tous, avec personne au-dessous ni au-dessus de nous. Les autoritaires disent qye la liberté totale mène à l'oppression de l'un sur l'autre et au chaos, c'est faux (évidemment !) Il n'y a pas d'oppressions et de chaos pire que ceux que nous subissons ces jours-ci.

 

alain et manu

 

Importances?

J'avoue mal saisir, d'une certaine manière, pourquoi arrêter de manger les bêtes vous paraît, en général, une décision d'importance vitale, qui semble mettre en jeu toute votre existence. Vous, c'est la plupart des gens, ceux qui ne mangent pas de viande comme ceux qui en mangent. Je crois que vous êtes à même de prendre chaque jours d'autres initiatives moins chargées de sens mais bien plus contraignantes, sans attraper de migraines à penser dessus. Vous travaillez, vous militez, vous vivez... (moi aussi ; je ne suis pas exempt de migraines).

J'ai cessé de manger de la viande il y a déjà quelques temps, sans difficultés, ni décisions bien tranchées, ni bataille intérieure ou même extérieure (ce qui, là, dépendait moins de moi il est vrai). C'était dû pêle-mêle au désir de ne plus participer à un grand rituel de la société - que je ne remettais alors pas en cause pour les autres -, à l'influence de ma sœur, au constat que ne plus manger de viande me permettait de meuilleures performances en montagne, car il y avait alors moins d'acide lactique dans mes muscles (c'est un important produit de décomposition de la viande dans le corps)... Ça n'a pour ainsi dire rien changé - malheureusement devrais-je dire ? - à mon existence.

Je me suis vécu, ou du moins ai essayé de me sentir vivre, tour à tour comme croyant et non-croyant. J'ai senti une immanence sur-naturelle, j'ai eu envie de me jeter, au-délà de toute promesse risible (Bible, Église, etc.) dans son trou noir. Je l'ai aussi haïe. Je me suis senti indifférent. J'ai pensé des projets sur les autres et l'organisation que je voulais leur imposer, me l'imposant dans les lignées du fascisme Européaniste, puis de l'anarchisme (car penser un ordre c'est toujours vouloir l'imposer aux autres...). Ça allait donc d'une Europe en guerre, mosaïque d'où devrait surgir, sous la pression, des formes inédites de rapports institutionnels, aux pires poncifs de la « démocratie directe ». Je me sens assez en dehors, sauf dans des moments de colère, de l'envie de me laisser aller à croquer une bête que j'aurais tuée ou fait tuer, et pendant longtemps je l'ai fait avec conscience de ce que cela signifiait de souffrance.

Rares sont les revirements qui ont été en moi le fruit d'une décision tranchée mûrement réfléchie ; et en général ils ne concernent que des choses très ponctuelles. Je me sens de toute façon assez incapable de réflechir posément et fermement sur une question, dirons-nous, existentielle. Je me sens subir, je suis porté par un courant fait des multiples intéractions qui me heurtent. Je peux comprendre aussi bien un faf qu'un anar, un libre-penseur qu'un intégriste, un viandiste qu'un anti-viandiste. Il reste que je vois tous les jours les gens se déterminer les uns les autres à l'aide de ces schémas, comme je les vois se considérer hommes et femmes, enfants et adultes, patrons et ouvriers, reggae et punks, et quoi encore. La liste est immense. Et compterait-elle autant de définitions que d'étants sur cette terre (donc j'élargis bien au-delà des humains) que je soupçonnerais encore ces définitions d'être des carcans, des rabots, en tout cas des choses très colorées mais qui ne me rapprochent pas plus de l'être qui s'en couvre ou s'en voit couvert qu'un dictionnaire du Who's Who. Mais toute la société, toute cette organisation de rapports et de pensée des uns vers les autres que nous vivons, est basée sur ce kaleïdoscope tranchant et un tantinet débile. Que tu manges de la viande me fera mail, surtout si je t'aime bien ou si c'est un être que que j'aime bien que tu manges, mais en quoi est-ce que ça me détermine précisément ce que tu es, et même où tu es, sur la carte imaginaire qu'on nous a inculqué être le monde ? À peine si j'arriverai à percevoir une éventuelle distance de toi à moi, sans parler d'une position (sans carte, sans bussole, comment la déterminer ?) Et à quoi bon ? Le mur de nos peaux ; de nos pensées, de nos organisations moléculaires n'est-il pas assez haut et infranchissable, pour qu'en plus tu sois un anar, un faf, un chiite, un viandiste ? Mais vous vous obstinez à voir ça ; et rien que ça. Peur de ce qu'il y a derrière, et qui ne me paraît guère plus réjouissant (et qui pourtant n'est peut-être encore rien !) ? C'est d'abord pour cela que pour vous manger ou non de la viande est une grave question : vous pensez, végétariens et viandistes, être différents par cela jusque dans vos corps, vos âmes, et surtout votre droit à vivre ; ce que vous déterminez comme l'intérêt de votre vie au monde ! ...Cela m'effraie. Et ainsi vous pensez passer un pas en cessant – ou en vous mettant – à manger les bêtes.

Alors qu'il est si simple de le faire, de choisir tout bonnement si vous avez envie de faire souffrir un peu plus ou un peu moins. Ça n'a rien à voir avec changer de vie, en général. N'en attendez donc pas non plus des révélations ni des solutions ; c'est comme tout : ça ne va pas chier plus loin que ce que c'est tout bonnement ! Ça ne m'a rien apporté, rien enlevé ; pas même de la bonne conscience, ou une autre échelle de valeurs. Ça n'est pas pour moi matière à militantisme (qu'est-ce qui l'est ?), et si jamais je cède à l'amusement de mettre sur mes lettres des papillons « Je ne mange pas de viande pour ne pas tuer d'animaux », je m'énerve contre moi, parce que ce n'est rien de ce que je vis. Je me débats suffisamment dans la glu du monde pour ne rien ressentir de tels slogans ; ni honte ni fierté.

 

Philippe

 

Le végétarisme, c'est cesser d'être « nombrilistes », c'est cesser de ne montrer de l'intérêt qu'à ce qui se passe dans les limites de notre petit corps.

C'est cesser de nous intéresser uniquement à ce qui nous passe par la bouche et qui a bon goût, à ce qui nous habille et qui est joli, à ce qui rentre sur notre compte en banque.

C'est cesser de vivre à 90% pour ça, plus un passetemps quelconque.

C'est cesser de nous faire submerger par la vie quotidienne que l'on nous propose, par ces étalages de viande et d'autres aliments ou de vêtement qui nous empêchent de marcher tranquillement sur les trottoirs.

Le végétarisme c'est cesser de se fermer les yeux au nom du progrès du niveau de vie, du progrès tout court, de l'économie, etc. C'est cesser de se faire engloutir dans ce système dans lequel nous ne sommes plus que des consommateurs, des êtres passifs, qui acceptent ainsi les pires maux.

Le végétarisme c'est cesser de se regarder le nombril, c'est s'apercevoir que ce qui a fait partie du repas et qui a bon goût, c'est un animal qui a souffert et a été tué, c'est un animal mort.

 

Dominique

 

54 Renseignements pratiques

Produits hygièniques et cosmétiques non testés sur des animaux et ne contenant pas de substances animales :

 

Produits du Beauty Center : savons, shampoings, crème à raser, lait démaquillant, crèmes, rouge à lèvre, dentifrice, maquillage, etc. (certains produits contiennent du miel et dérivés). Beauty Center, Claudine Haupert, 31 rue Marie Adélaïde, L. 4757 Pétange, Luxembourg.

Marques Biokosma et Weleda : savons, dentifrice, crèmes, etc. (vendus en magasins diététiques et pharmacies).

Produits cosmétiques du Body Shop, à Genève, Grenoble, Nantes, Paris... ou par correspondance aux 3 Suisses.

Marque Ecover : lessive, produit vaisselle, poudre à récurer, etc. (vendus en magasins diététiques et supermarchés).

Marque La Maison Verte : produits domestiques (vendus en supermarchés).

De façon générale, éviter tous les produits marqués « Nouveau », qui viennent de repasser toute une batterie de tests.

 

Vitamine B12 : l'algue spiruline, ainsi que les autres sources « naturelles » de B12 ne sont plus considérées comme fiables (voir les Cahiers antispécistes lyonnais n° 3). Il vaut pieux prendre le supplément disponible en pharmacie (une fraction de comprimé par semaine suffit) ; ou consommer des produits supplémentés (il en existe un grand nombre – corn flakes, jus de fruits, déjeuners chocolatés, etc. - dans tous les supermarchés ; souvent avec l'indication « 12 vitamines plus fer »).

 

« Substitus » alimentaires aux produits d'origine animale (pour qui en a envie) :

Soyavit (protéines de soja texturées, texture de viande)

lait de soja (« lait » d'origine végétale)

desserts divers au lait de soja (Provamel, Soja Styla...)

tofu (fromage de lait de soja, qui peut remplacer certaines utilisations de la viande et du fromage selon le cas ; faire frire en fines tranches ou couper en cubes dans la salade)

tofumé (tofu fumé)

pâté végétal (frais, se rapproche de la terrine, et en boîte, du pâté)

yaourt au soja (très bon goût, parfumé ou nature, se trouve en supermarché)

tamari (sauce de soja ; peut ressembler au viandox)

tempé (soja fermenté ; faire frire en fines tranches)

et aussi des préparations telles que les escalopes de blé, les saucisses végétariennes, raviolis végétariens, etc.

le jus d'oignons cuits (à faire soi-même)

 

Ces différents produits - qui ont aussi leur goût propre – sont disponibles dans des coopératives biologiques, les magasins diététiques, les magasins asiatiques et dans des grandes surfaces. Il existe une grande diversité d'aliments d'origine végétale (voir livres de recettes et magasins).

 

De nombreux produits contiennent des substances animales (gâteaux en boîte, conserves, bonbons...). Si vous voulez les éviter, lisez attentivement leur composition.

 

Fourrure synthétique : disponible notamment dans les magasins de prêt-à-porter féminin, n'a rien à voir avec celle des années 70 ; ressemble à s'y tromper.

 

En vrac : il existe beaucoup de produits sans substances animales : chaussures (pataugas, espadrilles, Doc Martens, et autres) ; vêtements et vestes (en nylon, coton, soline et autre) ; pulls et chaussettes (en acrylique ou coton) ; couettes, polochons, coussins et matelas (mousse, kapok et autres) ; ceintures, bracelets, sacs à dos, sacs à main, valises, bracelets pour montre, trousses, portefeuilles, portemonnaie, etc. (coton, synthétique, plastique et autres).



[1]Les aa ont tous une abréviation en trois lettres : Ile = isoleucine, Leu = leucine, Lys = lysine ; les aa soufrés sont deux aa, la méthionine (Met) et la cystéine (Cys) ; on les regroupe, car le deuxième peut dans une certaine mesure remplacer le premier. Il en est de même pour les deux aa aromatiques, la phénylalanine (Phe) et la tyrosine (Tyr.

 

[2]La science alimentaire de A à Z, Jean Adrian, Régine Frangue, Ed. Lavoisier Tec & Doc, 1986.

 

[3]Protéines alimentaires, J.-C. Cheftel, J.-L. Cuq, D. Lorient, Ed. Lavoisier Tec & Doc, 1985. Dans la science alimentaire de A à Z, il y a pratiquement les mêmes chiffres, seulement légèrement encore plus bas.

 

[4]« - » pour les enfants, sauf attention spéciale.

 

[5]Sauf si la plus grande partie de ses graisses animales viennent du poisson.

 

[6]« 0 » et pas « - » à condition qu'il ne remplace pas les protéines de la viande entièrement par des protéines du lait ou des œufs.

 

[7]Nécessite des sources particulières.

 

[8]Mêmes remarques que pour les graisses.

 

[9]S'il mange une quantité non négligeable de produits laitiers. Le problème de la vitamine D se pose pour tout le monde, sauf pour les viandistes qui mangent de l'huile de foie de morue.

 

[10]« - » s'il mange trop de levure, à cause du phosphore.

 

[11]S'il mange du poisson de mer.

 

[12]Si on ne mange ni sel iodé ni algues.

 

[13]Idem note précédente.

 

[14]Mêmes remarques que pour les graisses.